‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 213 sur 352 · HABIT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

HABIT RELIGIEUX

Maïs entrons en quelque détail , et voyons plus en particulier quel est le mystère du saint habit que nous portons en qualité de religieux. Voyons quels en sont les engagements , quels en sont les avantages , comment il nous instruit de nos obligations , comment il condamne nos relâchements, de quelle manière il nous honore , et de quelle manière nous rhonorons, ou nous le déshonorons , sel on Tespri qui nous anime, et la bonne ou mauvaise édiGcation que nous donnons au dehors. De tout ceci , nous pourrons tirer des leçons très-salutaires , et de puissants motifs pour allumer toute notre ferveur dans la pratique de nos devoirs.

Qu*est-ce que Thabit religieux ? c'est , pour user de cette expression, une espèce de sacrement : je veux dire que c'est un signe visible des dispositions intérieures et des sentiments invisibles de Tâme religieuse. Le religieux touché de Dieu , et sentant l'efficace de cette parole évangélique , Bienheuretuc les pauvres, ne se contente pas d'une pauvreté en esprit, mais embrasse réellement la pauvreté de Jésus-Christ, par un dépouillement absolu de toutes choses ; et c'est pour en faire une profession ouverte qu'il se revêt d'un habit pauvre , afin de donner ainsi à entendre que toute la fortune du monde ne lui est rien, qu'il y a renoncé, et qu'il n'aspire qu'aux richesses immortelles qui lui sont réservées dans le ciel. Le religieux , disciple d'un Dieu humilié,et coimaissant toute la vanité du faste et de l'orgueil humain, s'attache à Thumilité de Jésus-Christ; et c'est pour en faire une déclaration publique qu'il se revêt d'un habit modeste et humble , afin de témoigner par là combien il est ennemi de tout ce qui s'appelle pompes du siècle , combien il les méprise , et qu'au lieu de chercher à paraître et à se distinguer par un faux éclat, toute son ambition est de tendre sans cesse vers l'héritage éternel , d'y briller dans la splendeur des saints. Le religieux mort à lui-même, ou désirant d'y mourir, et sachant quelle est la corruption des sens, et combien il importe de les tenir dans la sujétion, prend pour son partage la mortification de Jésus-Christ ; et c'est pour notifier le choix qu'il fait, qu'il se revêt d'un habit grossier et pénitent-, comme s'il disait : Que les mondains, idolâtres de leur chair, la flattent et l'entretiennent dans une mollesse criminelle; pour moi je suivrai mon Sauveur crucifié, et chaque jour je me chargerai de sa croix, et la porterai sur mon corps.

A cet habit religieux, les personnes du sexe ajoutent le voile; ce voile sacré que Tertullien compare à un bouclier, qui sert de défense à l'âme contre tous les scandales où elle pourrait être exposée, et contre tous les assauts de la tentation qu'elle aurait à soutenir. Mais quoi qu'il en soit de la pensée de ce Père , ce qui est certain , c'est qu'en se couvrant de

ce voile, une vierge chrétienne fait une protestation authentique et solennelle de la résolution on elle est de fermer désormais les yeux à tous les objets terrestres et profanes; d^étouffer dans elle les deux désirs les plus pernicieux, et néanmoins les plus ordinaires, qui sont le désir de voir et le désir d'être vue, de s'ensevelir toute vivante, et de se cacher dans l'obscurité de la retraite, pour n'être plus du monde et n'avoir plus de rapport avec le monde; de ne s'occuper que du soin de plaire à son divin époux , et de le gagner; de se dévouer uniquement à Dieu, et de n'avoir plus de conversation et de commerce qu'avec Dieu.

Voilà , dis-je, de quoi l'habit religieux est un témoignage sensible; voilà ce qu'il signifie et ce qu'il annonce. Et de là même ce respect qu'il inspire communément aux gens du monde , qui le regardent comme un habit d'honneur : je dis comme un habit d'honneur, car s'il y a des habits pour le seul usage et la seule commodité, il y en a aussi pour marquer la distinction et la dignité. Ainsi voyonsnous les rois porter dans les grandes solennités le manteau royal , comme le symbole et le caractère de la majesté de leur personne ; ainsi voit-on les souverains pontifes vêtus de leur habit de cérémonie qui les fait reconnaître entre tous les prélats de l'Église ; ainsi les bienheureux même dans le ciel ont-ils, selon l'expression de l'Écriture, un vétemeni de gloire, proportionné au degré de leur béatitude et de leur sainteté. Or tel est par comparaison l'habit religieux ; et c'est ce qui en fait l'ornement et le prix. Car le prix et l'ornement d'un habit ne doit point précisément consister dans la matière qui le compose , mais dans le ministère auquel il est affecté, mais dans la condition, dans l'élévation, dans le rang et la prééminence qu'il représente. D'où vient donc que l'habit de la religion avec toute sa simplicité et toute sa pauvreté , est cependant si respectable et si honorable ? ce ne peut être que parce qu'il représente des amis de Dieu , des hommes spécialement engagés et consacrés à Dieu , des serviteurs et des servantes de Dieu par état , des épouses de Jésus-Christ, des vierges de Jésus-Christ, des pauvres de Jésus - Christ , de fidèles imitateurs de Jésus -Christ, dont ils ont pris les livrées, et à qui seul ils font gloire d'appartenir.

Ce sont là en effet les premières idées que le monde conçoit d'une personne religieuse, à en juger par son habit. Mais allons plus avant; et de tout cela que doit apprendre le religieux ? que doit-il conclure ? quel retour doit-il faire sur lui-même, qu'at-il à se reprocher, et de quoi doit-il se confondre ? C'était la pratique de saint Bernard ; il se remettait sans cesse devant les yeux les devoirs de sa pro fession , et il se demandait : Où étes-vous venu, et pourquoi y étes-vous venu? Solide réflexion, et

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