‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 227 sur 352 · PENSÉES DIVERSES SUR L'ÉTAT REUGIEUX · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR L'ÉTAT REUGIEUX

la sorte, à travers les murs qui lui servent de rempart contre le monde , et où elle se tient close et à couvert, le bruit de tout cela pénètre enûn jusqu*à ses oreilles , son cœur n'en est pas plus ému , ni son repos plus altéré : pourquoi? parce qu'elle n'a personnellement aucune part à tout cela. Ce n'est pas néanmoins qu'elle soit absolument insensible à tout ce qui arrive parmi le monde. Elle s'y intéresse assez pour recommander à Dieu les affaires publiques ; assez pour s'employer auprès de Dieu en faveur de ceux qu'elle sait être, ou dans l'égarement, ou dans la peine, et avoir plus besoin de l'assistance divine : mais du reste a-t-elle satisfait là-dessus à ce que la charité lui inspire , elle reprend tranquillement ses exercices ordinaires et ne s'inquiète pas davantage , s*appliquant l'oracle du Fils de Dieu et se disant à elle-même : Laissez les morts ense^ velir leurs morts, (Matth. , 8.)

Il est donc vrai , et ce n'est point une contradiction de dire , que si dans un sens nul n'est plus sujet ni plus dépendant que le religieux, nul aussi dans un autre sens, et un sens très-réel , n'est plus libre ni plus indépendant.

La demeure, le vêtement , l'aliment , c'est à quoi saint Paul veut qu'un chrétien borne ses espérances en cette vie, et c'est aussi , à plus juste titre, où la pauvreté religieuse doit se renfermer. Mais

en cela même il faut distinguer trois choses : le nécessaire, le commode, le superflu : le nécessaire que la raison demande , le commode que la sensualité recherche, le superflu dont l'orgueil se pare et qui entretient le faste. Or quelle est la différence du mondain et du religieux? C'est que l'homme du monde sans se resserrer précisément à ce qui suffit, et ne le comptant pour rien , prétend avoir toutes ses commodités , et aller jusqu'à l'abondance et à la superfluité; au lieu que le religieux , fidèle observateur de la pauvreté qu'il a vouée , s'en tient au pur nécessaire. D'où vient encore une autre différence très-essentielle; car comme le commode et le superflu n'ont point de bornes, et qu'au contraire le simple nécessaire par lui-même est limité , il arrive de là que les gens du monde ne goûtent jamais ce qu'ils ont, étant sans cesse agitésde nouveaux désirs , et voulant toujours être plus à leur aise et dans une plus grande abondance, tandis que le religieux , qui a su se fixer, use tranquillement de ce que son état lui accorde; il est content, parce qu*il ne souhaite rien davantage , et il ne souhaite rien davantage parce qu'il est content. A force de vouloir être heureux, on cesse de l'être; et dès que Ton consent à l'être moins , surtout qu'on y consent par principe de religion , c'est alors qu'on lest véritablement et solidement.

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