SUR LA PÉNITENCE DU COEUR
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ferme et inébranlable, est-ce le fruit d*une revue courte et superficielle , d'une confession faite légèrement et à la hâte , de quelques prières récitées par mémoire et prononcées avec indifférence , de quelques propositions ou de quelques velléités qui n'engagent à rien de particulier ni ne décident rien ? Sous cet appareil trompeur, la plaie reste toujours dans rame , et si Ton a jeté sur le feu quelques cendres pour le couvrir, il est toujours dans le cœur aussi ardent que jamais. La suite le montre bien , et dès la première occasion on n'éprouve que trop combien l'on tenait encore au péché, et combien peu il avait perdu de son empire. Mais vérité surtout terrible pour tant de mourants. Ils font assez entendre de soupirs et de regrets. On voit la tristesse répandue sur leur visage ; on lit dans leurs yeux le trouble qui les agite, et la frayeur dont ils sont saisis. Ils réclament la miséricorde du Seigneur, ils déplorent amèrement la perte et le mauvais emploi qu'ils ont fait de leurs années. Mais de savoir s'ils sont pour cela pleinement dégagés des liens du péché, il n'y a que vous, mon Dieu, qui le puissiez connaître , puisqu'il n'y a que vous qui puissiez démêler les replis du cœur, et en découvrir les sentiments. Ce que nous savons, c'est que, malgré toutes ces marques de repentir, la pénitence de la plupart des pécheurs à la mort a toujours paru suspecte aux Pères de l'Église et aux maîtres de la morale chrétienne : pourquoi? parce qu'ils ont toujours craint que ce ne fût pas une pénitence de cœur, c'est-à-dire une pénitence où le cœur se fût détaché réellement et sincèrement du péché.
Second point. Sans la pénitence du cœur, point de vrai attachement à Dieu , ni par conséquent de réconciliation avec Dieu. Je l'ai dit, et c'est un principe universellement reconnu, que la pénitence, en nous détachant du péché , doit en même temps nous rapprocher de Dieu. Telle est la doctrine expresse de saint Augustin, lorsqu'il nous enseigne que la pénitence est renfermée en deux mouvements tout contraires, l'un de haine, Tautre d*amour : de haine par rapport au péché , et d'amour à l'égard de Dieu. De haine, voilà le détachement du péché, et d*amour, voilà l'attachement à Dieu. Je n'examine point quel doit être le degré de cet amour : il me suffît que sans quelque amour, ou parfait ou commencé, il n'y a point de pénitence recevable au tribunal de Dieu. Or qui ne sait pas que c'est le cœur qui aime, le cœur qui s'affectionne, le cœur qui s'attache : et de là qui ne conclut pas que, de la part du pécheur pénitent , il ne peut donc y avoir de véritable attachement à Dieu que par la pénitence du cœur? Faisons du reste tout ce qui nous peut venir à l'esprit de plus généreux, de plus héroïque et de plus grsind ; sacrifions nos biens , mor-
tifions notre chair, versons notre sang , donnons notre vie : tout cela , sans l'action du cœur, n est point s'attacher à Dieu ni aimer Dieu; et, par une suite évidente , tout cela n'est point conversion à Dieu, ni pénitence. Qu'est-ce donc? c'est, pour user des expressions figurées de l'apôtre, courir en vain, et battre l'air inutilement. C'est pour cela même aussi que Dieu , par la bouche des prophètes , rappelant les pécheurs et les invitant à la pénitence , ne leur recommandait, à ce qu'il paraît , rien autre chose que de revenir à lui de cœur, de rentrer dans leur cœur, de se faire un cœur nouveau, parce que, n'étant point à lui de cœur, c'était n'y point être du tout.
Vérité que le roi prophète avait bien comprise lorsque, reconnaissant les désordres où la passion l'avait conduit , et voulant en obtenir de Dieu le pardon , il lui disait : Si pour vous apaiser et pour me réunir à vous , vous demandiez , Seigneur, des victimes , j'en aurais assez à vous offrir : mais que serait-ce pour un Dieu, que le sang des animaux, et quelle estime feriez-vous de tous les holocaustes ? Le grand sacrifice qui doit vous plaire, 6 mon Dieu , poursuivait ce roi pénitent, c'est celui de mon cœur. Sans cette offrande , toutes les autres ne vous peuvent être agréables : mais un cœur contrit et humilié devant vous, mais un cœur qui se tourne vers vous, qui se donne à vous, voilà ce que vous n'avez jamais méprisé, et ce que jamais vous ne mépriserez.
Non, il ne le méprise point; et que dîs-je? il en est même jaloux , et tellement jaloux, qu'il daigne bien, selon le témoignage de l'Écriture, se tenir lui-m^me à la porte de notre cœur pour nous en demander l'entrée et la possession. Il ne le méprisa point, ce cœur contrit, quand, touché de la pénitence de Manassès , il lui pardonna toutes ses impiétés et le rétablit dans tous ses droits; il ne le méprisa point, quand il remit à Madeleine tous ses péchés , parce qu'elle avait beaucoup aimé , c'est-àdire , parce qu'ayant détaché son cœur de tous les engagements du monde, elle le lui avait dévoué désormais et sans réserve ; il ne l'a point méprisé en tant d'autres, et il ne le méprisera point dans nous. Que de raisons nous engagent à lui faire ce sacrifice, etquede puissants motifs doivent nous exciter à cette pénitence du cœur! Après nous être séparés d'un maître si bon , et si digne d'un attachement éternel, retournons à lui, non point dans un esprit de servitude , ni par une crainte basse et toute naturelle, mais dans un esprit de confiance, d'espérance , d'amour. Si donc en ce saint temps il nous fait entendre sa voix, n'endurcissons point nos cœurs, mais ouvrons-les à sa grâce, qui nous est communiquée pour les amollir et pour les rendre sensibles. A quoi le seront-ils, s'ils ne le sont pas