SUR L'IMPURETÉ
sée par Timpureté : premier point ; toute la religion du chrétien profanée par l'impureté : second point. Effets pernicieux d*une passion dont nous ne pouvons trop concevoir d'horreur, et contre laquelle nous ne pouvons nous précautionner avec trop de soin.
PBEttiiSB POINT. Toute la raison de Thomme renversée parFimpureté. On n'en doit pas être surpris : car il n'est rien de plus opposé à la raison que les sens; or l'impureté est un péché des sens, et c'est même de toutes les convoitises des sens la plus animale et la plus grossière. De là donc , ou bien elle éteint en nous toutes les lumières de la raison , ou , sans les éteindre , elle nous fait agir contre toutes les vues de notre raison.
1 . Elle éteint en nous toutes les lumières de la raison. En effet, h consulter la seuU raison , combien y a-t-il de motifs les plus forts et les plus puissants , pour nous détourner d'un vice aussi honteux et aussi dangereux que l'impureté? La pudeur naturelle, les bienséances de l'état, du rang, de l'emploi , de la profession ; les suites malheureuses où s'expose surtout une personne du sexe , aux dépens de sa réputation et de tout le bonheur de sa vie; les périls où elle s'engage là- dessus et les risques qu'elle a à courir ; le dérangement où vit un homme par rapport à ses devoirs , par rapport à son avancement dans le monde, par rapport à fa conduite de ses affaires , et souvent par rapport à sa santé qu'il ruine ; l'esclavage et la dépendance où il passe ses jours auprès d*une idole dont il est adorateur, les infidélités qu'il éprouve, les désagréments qu'il essuie, les inquiétudes qui l'agitent, les dépenses qu'il fait et qui l'incommodent, les exemples d'une infinité de gens qui , par là , se sont perdus; les discours du public, les remontrances et les reproches de ses amis; mille autres considérations plus particulières encore et plus secrètes : tout cela bien examiné et bien pesé , si Ton était raisonnable , devrait servir de préservatif contre les amorces de la plus flatteuse passion. Mais dès qu'elle s'e^t emparée du cœur, plus d'attention à tout cela : on dépose toute pudeur, on ferme les yeux à toute bienséance, on méprise tout danger, on oublie tout intérêt, on supporte toute contrainte, toute gêne, on dévore tout chagrin , on ne plaint nulle dépense, on ne profite de nul exemple, on n'écoute nul avis, nul conseil. L'esprit et le cœur ne sont occupés que d'un objet : tout le reste disparaît; et où est alors la raison?
3. Si l'impureté n'éteint pas dans nous les lumières de la raison, du moins nous fait-elle agir contre toutes les vues de notre raison. Point de preuve plus sensible ^ue le témoignage de saint Augustin, qui le connaissait ^f son expérience propre, et qui
s'en est si bien expliqué. Je soupirais ^ dit-il, je voyais ma faiblesse, f en rougissais ^ etcependant fêtais toujours attaché ytion point par une chaîne defeTy mais par ma volonté dépravée, plus dure que le fer. Voilà comment la passion tyrannise un homme qui s'y est une fois livré. Il gémit de sa servitude , et il en sent tout le poids. Il voit tout ce qu'une saine raison demanderait, et il est le premier à reconnaître ses parements ; mais de briser ses liens et de se dégager, c'est à quoi il ne peut se résoudre. Il suit le charme qui l'enchante , et quoiqu'il condamne dans lui le vice. Il n'en est pas moins vicieux. Samson n'ignorait pas que Dalila le trahis, sait. Que lui disait sur cela sa raison? Mais sa raison avait beau parler, il ne laissait pas de rechercher avec la même assiduité cette perfide, et de se tenir auprès d'elle. Peut-être à la fin de nos jours vient-il un temps où la raison prend le dessus : mais peutelle désormais réparer les dommages infinis qu'on s'est causés à soi-même? Plus sage mille fois celui qui les prévient de bonne heure, et qui n'attend pas si tard à y apporter le remède.
Second point. Toute la religion du chrétien profanée par l'impureté. Deux sortes de profanation : l'une générale , par rapport à tous les éiats du christianisme; l'autre particulière et plus criminelle encore, par rapport à certains engagements et à certains caractères.
1. On peut dire en général que toute impureté dans un chrétien est une profanation : pourquoi? parce qu'il souille une chair sanctifiée par le baptême de Jésus-Christ, honorée d'une alliance toute piire avec Jésus-Christ, devenue le temple du Sainte Esprit, que l'apôtre appelle l'Esprit de Jésus-Christ. Morale que nous ne devons point traiter d'idée subtile et superficielle, mais dont nous comprendrions toute la solidité et toute la force si nous étions plus remplis des principes de la religion et plus touchés de ses sentiments. Morale dont les Pères ont fait plus d'une fois le sujet de leurs instructions , et sur laquelle Tertullien insistait si vivement. Car, disaitil , avant que le Fils de Dieu se fût revêtu d'un corps semblable au nôtre, c'était toujours un crime de s'abandonner aux désirs de la chair; mais depuis le mystère de l'Homme-Dieu , maintenant , et plus que jamais, ce n'est plus seulement un crime , c'est un sacrilège. Moralequ'ils avaient puisée dans l'excellente et sublime théologie de saint PauKet dans ces fréquentes exhortations qu'il faisait aux fidèles, en leur représentant qu'ils étaient les frères de Jésus-Christ, qu'ils étaient ses membres , qu'ils étaient son corps , et par conséquent qu'ils avaient une obligation plus étroite de se conserver purs et sans tache. Quoi donc ! s'écriait dans l'ardeur de son zèle ce maître des Gentils, quoi! les membres de