JÉSUS-CHRIST
Ecce Agnui Dei, eece qui tùUit peccatum mundi.
Voilà rAgoeau de Diea, voilà celui qui efface le péché du monde. Joan., 1.
S'immoler à Dieu comme la victime du monde; en cette qualité de victime, effacer les péchés du monde, et être le rédempteur du monde : tout cela c'est, en différents termes, le même sens. Dès là donc que Jésus-Christ est venu nous délivrer du péché, il est venu nous sauver; et pouvons*nous concevoir une rédemption plus parfaite, de quelque manière que nous la regardions, soit dans son prin* cipe , soit dans son mérite , soit dans son étendue? Arrêtons-nous à ces trois points. Rédemption dans
son principe la plus gratuite : premier point. Rédemption dans son mérite la plus abondante : second point. Rédemption dans son étendue la plus universelle : troisième point. De là nous tirerons autant de motifs pour exciter notre conGance en ce Dieu-Homme , dont nous nous disposons à célébrer la glorieuse nativité; et sans présumer de ses miséricordes, nous nous sentirons portés à le réclamer dans tous nos besoins, et à implorer auprès de son père sa toute-puissante médiation.
Pbemisr point. Rédemption dans son principe la plus gratuite. Quand saint Paul veut relever et nous donner à connaître Tamour extrême que Dieu nous a témoigné dans la rédemption du monde, il nous marque deux circonstances, savoir, que nous n*avions mérité cette grâce en aucune sorte , ni par aucune de nos œuvres, et de plus, que le péché même nous en rendait formellement indignes, puisque nous étions dans la disgrâce de Dieu et ennemis de Dieu^ D*où Tapôtre conclut que si nous avons été rachetés par un Dieu sauveur, ç*a été de sa part une pure miséricorde et une pure grâce.
1. Qu*avions-nous fait et que pouvions-nous faire qui dût nous attirer du ciel un don aussi excellent et aussi grand que celui du Fils unique de Dieu , pour être le médiateur de notre salut et le prix de notre rançon? f^oilà, dit Jésus-Christ lui-même dans saint Jean , voiià comment Dieu a aimé le mande. Il a donné son Fils pour le monde, qfin que ceux qui croiront en lui ne périssent point, mais qu'ils parviennent à la vie étemelle, (Joan., 3.) Paroles remarquables. Ce divin Maître ne dit pas : Voilà comment Dieu a récompensé le monde, voilà comment il a eu égard aux vœux et aux bonnes œuvres du monde, mais voilà comment il Ta aimé : c*est-à-dire, qu*il ne s*est intéressé pour nous que par amour, qu*il n*a compati à nos maux que par amour, qu'il ne nous a sauvés que parce qu'il est bon , et que par amour.
2. Ce n'est point encore assez , poursuit le docteur des nations. Car une autre circonstance où notre Dieu a fait éclater, ne disons plus simplement sa charité, mais lés richesses infinies , mais l'excessive condescendance, mais le comble de sa charité, c'est de l'avoir exercée envers nous lors même que nous étions pécheurs, et que, participant à la désobéissance de notre premier père et à la malédiction tombée sur lui , nous n'étions à ses yeux que des enfants de colère et des sujets de haine. Du moins si nous n'avions eu que ce péché d'origine : mais combien d'autres péchés prévoyait-il, dont nous sommes devenus dans la suite des temps , et nous devenons sans cesse coupables? Péchés actuels et personnels , péchés énormes et de toutes les espèces, péchés sans nombre, et péchés toutefois
SUR LA RÉDEMPTION DES HOMMES, btg.
qui n'ont pu, ni par leur malice et leur grièreté, ni par leur innombrable multitude , rétrécir ceg entrailles de miséricorde avec lesquelles il a phinu Seigneur de venir d'en haut nous visiter, pour éclairer ceux qui demeuraient ensevelis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, etpournous mettre dans le chemin de la paix. (Luc, 1 .) Aprèt cela, que n'avons-nous pas droit d'attendre d'un Dieu qui nous a ainsi prévenus? Craîndrons-noos d'aller à lui ? Tout offensé qu'il éuit et tout égarés que nous étions, il n'a pas dédaigné de nous chercher lui-même et de faire toutes les avances pour nous ramener et nous retirer de la voie de perdition : nous rejettera-t-il quand nous nous présenterons à son trône, que nous nous jetterons à ses pieds, que nous lui adresserons nos demandes dans un esprit d'humilité et avec un cœur droit et contrit? Cessera-t-il de nous aimer dans le temps où par notre confiance et par des dispositions chrétiennes nous travaillerons à nous rendre moins indignes de son amour?
Second point. Rédemption dans son mérite la plus abondante. Elle a eu deux effets : l'un d'ef&oer pleinement le péché , l'autre de nous enrichir d'un trésor de grâces inépuisable.
1. Rédemption abondante, parce qu'elle a effiioé pleinement le péché : comment cela? C'est que la vertu des mérites de Jésus-Christ est au-dessus éè toute la malice du péché , et que ces mérites ont été plus que suffisants pour laver les péchés, non-seulement du monde entier, mais de mille mondes. Car la malice du péché, quelle qu'elle puisse être, et à quelque excès qu'elle soit montée , n'est, après tout , infinie que dans son objet, c'es^à-dire, qu'elle n'est infinie que parce qu'elle s'attaque à Dieu , qui est le premier être , un être infiniment grand : au lieu que les mérites de Jésus-Christ sont infinis en eux* mêmes et par eux-mêmes : pourquoi ? parce que ce sont les mérites d'un Homme-Dieu, les mérites du Fils de Dieu , les mérites d'un Dieu.
2. Rédemption abondante par le trésor de grâces dont elle nous a enrichis. Trésor dont l'Église est dépositaire, et qui lui est resté des mérites de son époux. De là cette belle et consolante parole de l'apâtre , que là ouïe péché était abondant, la grâce a été surabondante. {Ad Tim., 1 .) De là même os raisonnement si juste et si solide que faisait aux Romains le maître des gentils pour affermir leur espérance : Dieu n'a pas épargné son propre fUs, mais il l'a Uvrépour nous. Or, en nous le donnant, ne nous a-t-il pas tout donné avec lui et en kdf (Rom., 6.) En effet, c'est de ce don essentiel , de ce premier don, comme d'une source intarissable, que sont venus et que viennent sans interruption tous les autres dons qui se répandent sur la terre
SUR LA RÉDEMPTION DES HOMMES, etc.
et qui servent à la sanctiGcation des âmes ; c'est de là que partent toutes les grâces renfermées dans les sacrements de FÉglise, et de là qu'ils tirent toute leur vertu ; c'est de là que nous sont communiqués tous les secours intérieurs et spirituels qui nous fortifient , toutes les lumières qoi nous 4ciairent, toutes les vues qui nous conduisent, tous les sentiments qui nous touchent, tout ce qui nous approche de Dieu , qui nous convertit à Dieu , qui nous élève et nous unit à Dieu.
Ah I Seigneur, U est bien vrai que vous êtes le Sauveur du monde. ( Joan., 4. )Nu1 autre que vous ne pouvait Tétre , puisque nul autre ne pouvait satisfaire pour les péchés du monde, ni ne pouvait sanctifier le monde. Vous avez fait l'un et l'autre, et comment l'avez-vous fait ? avec quelle effusion de vos miséricordes ! avec quelle plénitude et quelle perfection ! Mais, hélas! s'il ne manque rien à notre rédemption de la part de ce Dieu sauveur, n'y manque-t-il rien de notre part ? Car ne nous flattons point , dit saint Augustin : le même Dieu qui nous a créés sans nous ne veut point nous sauver sans nous. En effaçant le péché , il n'a point prétendu nous dégager de l'obligation d'effacer nous-mêmes nos péchés et de les expier, autant que nous le pouvons et que nous le devons. Et en nous comblant de ses grâces , il nous a ordonné de ne les pas recevoir en vain , mais d'y être fidèles et de les faire valoir. Selon ces deux devoirs si indispensables , jugeonsnous nous-mêmes , et voyons si notre espérance en Jésus-Girist est bien fondée , et si ce n'est point une espérance présomptueuse.
Tboisièmb point. Rédemption la plus universelle dans son étendue. Tous les hommes y sont compris : tous en général , chacun en particulier.
1. Tous en général : ce n'est point seulement pour une nation que Jésus-Christ est venu et qu'il a été envoyé , mais pour tous les peuples et toutes les contrées de la terre. Car auprès du Seigneur, dit l'apôtre saint Paul, i/ n'y a ni Juif y ni Gentil, ni circoncis, ni incirconcis, ni Scythe, ni Barbare, mais Jésus-Christ est tout{CoL, 3), et tout est en Jésus-Christ. Ce n'est point seulement pour certaines conditions. Le Dieu que nous adorons n'a accep- Uon de personne {Ephes., 6) : ni de celui qui est dans la grandeur, ni de celui qui est dans l'abaissement , ni du riche , ni du pauvre , ni du monarque , ni du sujet , ni de l'afifranchi , ni de l'esclave. Ce n'est point seulement pour les fidèles et pour un petit nombre de prédestinés ; mais pour les infidèles et les idolâtres, pour les pécheurs, mais même pour les réprouvés. Le Père des miséricordes a fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants; et sans exception , il a fait couler sur les uns et sur les autres
la rosée du ciel (Matth., 5) et les saintes influences de sa grâce.
2. Chacun en particulier. C'est ce que nous enseigne expressément le prince des apôtres, dans sa seconde épitre , où nous lisons ces paroles si claires et si décisives : Jje Seigneur use de patience à cause de vous, ne voulant point que pas un périsse, mais que tous aient recours à la pénitence. (2. Petb., 9. ) D'où vient que saint Jérôme n*a pas craint d'avancer cette proposition : que Jean-Baptiste , en disant de Jésus-Christ : J^oilà celui qui efface les péchés du monde, eût été dans l'erreur et nous eût trompés avec lui , s'il y avait un homme dont les péchés n'eussent pas été effacés par la médiation de ce saint Sauveur. Sui quoi saint Bernard ajoute ^ et ceci est bien remarquable, que comme tous les êtres créés peuvent dire chacun à Dieu : Vous êtes mon créateur, ainsi tous les hommes peuvent chacun lui dire : Vous êtes mon Rédempteur. Vérités constantes dans l'Église chrétienne : vérités fondées sur les sacrés oracles du Saint-Esprit, sur les écrits des apôtres, sur la tradition des Pères, sur la créance commune et orthodoxe, sur la raison même éclairée de la foi et dirigée par la foi. Car sans cela , quel fond pourrions-nous faire sur la Providence divine , et qui pourrait s'assurer qu'elle ne lui a pas manqué ? Non , elle n'a manqué à personne; mais voici le renversement. Dieu a voulu et veut enoore sauver tous les hommes ; mais de tous les hommes combien y en a-t-il peu qui veuillent leur propre salut : qui le veuillent , dis-je , sincèrement , efficacement! Toussent appelés à ce salut éternel, tous pour cela ont eu le même rédempteur, et néanmoins il n'y a que très-peu d'élus : pourquoi ? parce qu'il n'y en a que très-peu qui veuillent l'être , que très-peu qui travaillent à l'être , que très-peu qui prennent les moyens de l'être. Confions-nous en Jésus-Christ et en ses mérites ; mais souvenons-nous qu'on n'y participe qu'en participant à ses souffrances et à ses travaux, qu'en observant ses préceptes, qu'en se conformant à ses exemples , qu'en imitant ses vertus.
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SUB lA DÉVOTION ENVERS JESUS-CHRIST.
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SERMON
SUB LA DÉVOTION ENVERS JÉSUS- GHRiST.
prof (rr vocem ipwui. Hoc "so joud'um mn.™ impW»" «
L-»Tnl de l'époni qui ot prtwnt rt qat l'écoulé, ■"«* '«i-- „ Vr* «ntïDdrt l» -«oli de rtpoui ; el TOIU ce qui rend majDleparlUle. louf-,3.
Qu'est-M que cet époui , et qu'éuit-ce que cet ami de répoux? Dana le sens propre de l'Évangile, cet époux c'est Jésus-Christ, et cet ami de l'épouï c'était Jean-Baptiste. En témoignant ces sentiments à l'égard du nouveau mattre qui commentait à paraître dans le monde età enseigner, le saint précurseur avait en vue de les inspirer à ses disciples , et de les répandre par leur ministère dans tous les cœurs. Sentiments dont nous devons être remplis nousmêmes; sentiments d'un zèle sincère pour Jésus- Christ, d'un dévouement parfait à Jésus-Christ. d'une fervente dévotion envers Jésus-Christ. Que ne suis-je assez heureux pour l'allumer dans vos ilmes cet amour, cette dévotion si digne de l'esprit chrétien! c'est du moins à quoi je vais travailler dans ce discours. Dévotion envers Jésus-Christ, dévotion tout à la fois et la plus sainte et la plus sanctiGante. La plus sainte en elle-même : premier point. La plus sanctifiante par rapport à nous : second point. La plus sainte en elle-même , en voila l'excellence ; la plus sanctiBante par rapport à nous, en voilà les avanlaRes. Quoique cette matière soit générale, c'est vous surtout qu'elle regarde, âmes fidèles et pieuses qui cherchez à vous avancer dans les voies de la perfection évangélique, et i vous tenir étroitement unies au principe même de toute sainteté, qui est le Sauveur envoyé du ciel pour le ■alut et la sanctification des hommes.
pBEiiiEB potST. Dévotion envers Jésus-Christ, dévotion la plus sainte en elle-même. Doublement !iaiiite, soit par l'objet qu'elle se propose, sort par .resprîtqui l'anime.
I. Dévotion sainW par l'objet qu'elle se propose. iCest le Verbe éternel de Dieu, le Fils unique de Dipu, leSaintdessaints. Les autresdévotions sont saintes. Cest une sainte dévotion que d'honorer les saints , lui lont les amis de Dieu et les héritiers de son
royaume. Cest une sainte dévotion que dTioiiorar les anges bienheureux qui assistentautour du trône de Dieu, et qui sont ses ministres et ses ambasitdeiifs. C'est unedévotion encore plus sainte d'honorer la mère de Dieu , que les mérites de ses voptus et l'éclat de sa dignité ont portée au plus haut point de l'élévation , et qui , dans le ciel , aïKlessns de tout ce qui n'est pas Dieu , tient le premier rang. Tout cela est vrai : mais en tout cela notre culte , après tout, n'a pour objet prochain et immédiat que de pures créatures. Ce sont des élus de Dieu, des favoris de Dieu, ce sont des saints; maïs tout» leur sainteté ne peut entrer en comparaison avec la sainteté de l'Homme- Dieu. SI donc , à raison deleut sainteté, età proportion de leur sainteté, le culte qu'on leur rend est saint , combien plus le doit êtr« le culte que nous rendons, dans l'adorable personne de Jésus-Christ, à la sainteté même incarnée ? Culte si agréable à Dieu , qu'il en a fait un commandement exprès, non-seulement aux hommes qui vivent sur la terre, mais aux principaa- ,s et aux puissances célestes. Car, selon le témoi- ;iiage de saint Paul, c'est de ce Dieu-Homme , de ce FlU premier-né entrant dans le monde, que le Père tout-puissant a dit : Que tous Ut anges de Dieu radormt. (Hebr., 1.)
ll.Par l'esprit qui l'anime. Esprit de religion, esprit d'amour, esprit de reconnaissance : voilà les grands et puissants motifs de notre dévotion envers Jésus-Christ; et est-il rien de plus saint que ces sentiments? Esprit de religion qui nous remplit delà plus haute idée de Jésus-Christ et de ses grandeurs; qui . par la foi , nous le fait reconnaître et envisager comme la sagesse incréée , la parole de Dieu , la force et la vertu de Dieu ;commelasplendeur de lagloire, l'image de la substance du Père, en qui il a mis ses complaisances et en qui réside la plénitude de la divinité; comme le principe et la fin, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, par qui toutes chose» subsistent, et ayant sur toutes choses l'empire et U prééminence. Expression de l'Ecriture, et divinei qualitésd'oi) nous concluons avec Tapétre qu'il est dignedetous nosrespecta,et qu'où nom de Jésus tout cequ'il y a dans le ciel , sur la terre el dans le» enfers, doit fléchir le genou et lui rendre hommage.
Esprit d'amour, qui nous le fait pins particulièrement envisaper selon les rapports {ju'il a avec nous et que nous avons avec lui ; qui nous le fût considérer comme l'auwur de notre salut, comme le pacificateur entre Dieu et nous, et le médiatew de notre réconciliation; comme le pontife de la loi nouvelle , le grand prêtre assis à la droite de Dieu , et toujours vivant pour prendre toujours nos int^ I rets et intercéder en notre faveur ; comme le ehrf
SUR LA DÉVOTION ENVERS JÉSUS-CHKiM.
du corps de TËglise, dont nous sommes les membres ; comme notre frère , en qualité d*homme sembïable à nous, tout Dieu quil est. Vues également solides et touchantes. La juste conséquence qui en suit, c'est le beau sentiment du maître des gentils : Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ ( Rom,, 8)? ou cet autre : Quicànqtie n'aime pas Notre-Seigneur Jésus- Christ, qu'il soit anathéme, (1. Cor., 16.)
Esprit de reconnaissance, qui nous fait descendre dans le détail de tous les biens qui nous sont venus par ce rédempteur du monde ; qui nous retrace dans le souvenir comment il a quitté le sein de son Père, et il s'est abaissé jusqu'à nous; comment il s'est revêtu de notre chair et chargé de toutes nos misères pour demeurer parmi nous; comment, dans le cours de sa vie mortelle, il a conversé avec nous, comment il a souffert pour nous, il est mort pour iious; comment, dans son retour même au ciel, il n'a point voulu nous priver de sa présence, mais il esttoujours resté au milieu de nous. Toutes ces considérations pénètrent une âme, la ravissent, l'enflamment, l'attachent pour jamais à son bienfaiteur et à son Sauveur, et, dans l'ardeur de son zèle, lui font dire sans cesse avec le prophète : Que donner ai- Je à celui qui m'a tout donné ( Psalm. , 1 15 ) , et que ferai-je pour f elui qui a tout fait pour moi ?
Or, encore une fois , une dévotion établie sur de tels fondements , n'est-ce pas , de toutes les dévotions, la plus sainte? Aussi était-ce la dévotion de saint Paul. Il n'y a qu'à voir ses épttres : elles sont toutes remplies de Jésus-Christ, et il n*yest presque fait mention que de Jésus-Christ , tant il avait Jésus- Christ, vivement imprimé et dans l'esprit et daiis le cœur. Aussi est-ce la dévotion de l'Église. De quoi est-elle occupée, que déchanter les louanges de Jésus-Christ, que de célébrer les mystères de Jésus- Christ que d'offrir le sacrifice de Jésus Christ; et adresse-t-elleune prière à Dieu où elle ne fasse entrer Jésus-Christ ?Aussia-ce été la dévotion des saints,surtout de saint Bernard : Quoi que je lise, disait-il, je ne m'affectionne à rien, si je ne lis le nom de Jésus-Chîist; quoi que j'entende, je ne goûte rien, si je n'y entends le nom de Jésus-Christ. Toute nourriture est insipide à mon âme sans cet assaisonnement et ce sel divin. Quelle est donc l'illusion de notre siècle? illusion assez commune dans le monde chrétien. Chacun se fait des dévotions à sa mode, des dévotions selon son sens. A Dieu ne plaise que nous les blâmions : mais ce qu'il y a de blâmable, c'est la préférence qu'on donne à ces dévotions nouvelles et arbitraires, au-dessus des dévotions essentielles dans le christianisme , telle que la dévotion envers Jésus-Christ.
SECOND POINT. Dévotion envers Jéfos-ChrÎBt,
dévotion la plus sanctifiante par rapport à nous. Elle l'est, et dans les pratiques où elle s'exerce, et dans les effets qu'elle produit.
Dévotion sanctifiante dans les pratiques où elle s'exerce. Ces pratiques se réduisent à trois, adoration, invocation, imitation. Adoration: sous ce terme est compris tout ce que suggère à l'âme fidèle un saint désir d'honorer Jésus-Christ. Car, quefait^ elle, cette âme zélée pour l'honneur de l'adorable et aimable époux a qui elle s'est vouée, et dont elle voudrait répandre la gloire dans toute l'étendue de l'univers? Parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qui chaque jour est immolé sur nos autels, elle se rend assidue à ce sacrifice non sanglant, et se fait un devoir d'y apporter toute la réflexion, toute la révérence , toute la piété convenable ; parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qui habite dans nos temples et qui réside dans le sanctuaire , elle a ses heures et ses temps réglés pour le visiter, pour s'entretenir avec lui, pour s'humiJier en sa présence, et pour lui offrir son encens ; parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qu'elle reçoit à la sainte table, elle s'en approche, autant qu'il lui est permis, par de fréquentes communions , elle s'y dispose par de rigoureuses et d'exactes revues, elle ne souffre pas la moindre tache qui puisse blesser les yeux de son bien-aimé, et n'omet rien de toute la préparation que demande le plus auguste sacrement. Or, combien tous ces exercices et les autres doivent-ils contribuer à sa sanctification, et qu'y a-t-il de plus propre à élever une âme et à la perfectionner? Invocation. En honorant Jésus- Christ, l'âme ne s'oublie pas elle-même ni ses besoins. Jésus-Christ, dans toutes les conjonctures et tous les événements de la vie, est sa ressource, son conseil , son guide, son soutien. La nuit et le jour elle n'a, pour ainsi dire, dans le coeur et dans la bouche, que Jésus-Christ, qu'elle réclame sans cesse et qu'elle invoque; et de cette sorte toutes ses délibérations , toutes ses résolutions , toutes ses actions sont sanctifiées, parce qu'elle n'entreprend rien ni ne fait rien qu'au nom de Jésus-Christ , que sous sa conduite et par son secours. Imitation. Voilà le point capital, voilà, en quelque dévotion que ce soit, ce qu'il y a d'essentiel : s'efforcer d'acquérir une sainte ressemblance avec le Fils de Dieu , notre grand et unique modèle. Or, n'est-ce pas à quoi l'âme s'applique avec d'autant plus de soin , qu'elle s'est plus solidement et plus étroitement liée à Jésus- Christ? toute son étude, c'est Jésus- Christ, pour apprendre à penser comme lui, à parler comme lui , à agir comme lui. Ce n'est point seulement sur le Thabor qu'elle veut le suivre, mais au Calvaire; ce n'est point seulement à sa gloire qu'elle veut avoir part, mais à sa pauvreté, mais à ses humiliations, mais à ses souffrances. Tout état où elle se crok