‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 316 sur 352 · RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

RELIGIEUSE

TolVite jugum meum super vot, et invenietis requiem animiabus vestris.

Prenez sur vous mon joug, et vous tioaverez le repos de vos Âmes. Màttu., chap. il.

Pbemieb point. Il ne suffit pas, en retournant Ai Dieu , que je travaille à détruire dans moi la sensualité et Pamour-propre qui ont été les principes <ie tous mes relâchements , il faut encore que j*y fasse régner Jésus- Christ; ou plutôt, c*est en établissant par la grâce le règne de Jésus-Christ dans mon cœur, que j*y détruirai Tempire des sens et 4*amour de moi-même.

Ce règne de Jésus-Christ est tout intérieur, et il <ronsiste à bannir de mon âme tout autre esprit que celui de Jésus-Christ , à ne juger de rien que ^lon les maximes de Jésus-Christ, à n'aimer rien que selon les sentiments de Jésus-Christ, à faire vivre en moi , par une pratique constante et habituelle , toutes les vertus de Jésus-Christ; tellement que ce soit Jésus-Christ qui me gouverne en tout, qui me règle en tout, qui me fasse tout entreprendre €t tout accomplir.

Ce règne de Jésus-Christ n*est point de ce monde, c'est-à-dire, que ce n*est point un règne où Jésus- Christ, comme les autres rois, se montre dans la pompe et dans Féclat, ni où , par la puissance des armes , il cherche à étendre ses conquêtes et à s'acquérir des sujets : au contraire, il ne se fait Toir que dans les états les plus pauvres, les plus obscurs, les plus humiliants; et s'il remporte des victoires , c*est par l'attrait de ces mêmes états où il s'est abaissé et où il a voulu se réduire. Une âme touchée de le voir marcher de v vit elle comme son chef,

et de lui voir prendre la route la plus épineuse et la plus étroite, se sent excitée à le suivre ; elle se livre à lui tout entière, et s'abandonne sans réserve à sa conduite : par quelque voie qu'il lui plaise de l'appeler, elle y entre généreusement, elle s'y attache inviolablement , elle y persévère et elle y avance constamment : ses exemples sont des ordres pour elle, et elle aurait honte qu'il y eût une difficulté qui l'arrêtât, lorsque son divin maître les veut éprouver toutes, et qu'il lui apprend à les surmoflk ter. Allons i dit-elle comme saint Tliomas, et mourons avec lui. L'esclave n'est point au-dessus de son souverain Seigneur (Jean, 11 ; Màtth. » 10), ni la créature au-dessus de son Dieu. C'est donc lui qui la mène , lui qui lui donne à chaque pas qu'elle fait Timpression et le mouvement ; lui qui la détermine , qui l'encourage et qui la soutient : c'est une soumission sans réserve, et la dépendance est parfaite.

Voilà à quoi notre Sauveur nous invite, quand il nous dit : Prenez sur vous mon Joug et portez-le. ( H ATTH. , 1 1. ) Il adresse cette invitation à tous les chrétiens en général , mais en particulier aux religieux. Car elle regarde diversement les uns et les autres. S'il exige des chrétiens qu'ils se chargent de son joug, ce n'est, dans la rigueur de la lettre, que par rapport aux préceptes de sa loi ; mais ce qu'il exige des religieux va jusqu'aux conseils et à la plus sublime perfection. Du reste, il veut que ce soit nousmêmes qui nous soumettions à ce joug du Seigneur; et en nous donnant la grâce de la vocation religieuse, il ne nous a pas dit : Recevez mon joug que je vous impose ; mais : Prenez-le et mettez-le vous-mêmes sur vous. Il ne lui serait point assez glorieux de nous entraîner par violence après lui : il demande à régner par amour, et non par force ni par contrainte.

Est-ce ainsi qu'il règne sur moi et dans moi? Veux-je en effet ne me conduire désormais que par lui et que selon lui? Le veuxje, dis-je, en effet? Car jusques à présent je ne l'ai voulu qu'en apparence. Depuis tant d'années, ce qui m'a conduit , ce sont les désirs de mon cœur, auxquels je n'ai jamais eu le courage de résister, et que j'ai au contraire toujours cherché à satisfaire ; ce sont mes inclinations naturelles , que je n'ai jamais pu me résoudre à combattre, et au gré desquelles j'ai toujours vécu; ce sont mes sens , que j'ai flattés et que j'ai écoutés, sans jamais les contredire ni les mortifier dans les moindres choses; c'est le monde , dont je n'ai point quitté l'esprit en quittant ses biens, et dont peutêtre j'ai conservé, sous un saint habit, les sentiments les plus profanes , pour ne pas dire les plus criminels; ce sont mes vues particulières, soit de vaine gloire et d'ambition, soit d'intérêt propre et de recherche de moi-même. Car tout cela n*est que trop ordinaire jusque dans la religion; et quoiqua

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