‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 343 sur 352 · SUR L'USAGE DES SACREMENTS · texte numérisé non relu

SUR L'USAGE DES SACREMENTS

la grice du sacrement dans les âmes qui y sont plus assidues , surtout quand la fréquente communion s'y trouye jointe. Par cet usage ordinaire et fréquent de Teucharistie, Tâme est comme transformée en Jésus-Christ. A chaque communion , elle reçoit de nouvelles lumières pour connaître ses devoirs; elle sent de nouvelles pointes, qui sont autant de remords de ses relâchements et de ses infidélités; et elle prend de nouvelles forces pour se relever et pour redoubler le pas daus la voie sainte où Dieu rappelle.

De tout ceci je dois tirer par rapport à moi une conséquence particulière , et qui m'est d'une grande importance. C*est que le fréquent usage de la confession et de la communion est un des plus sûrs préservatifs contre les attiédissements et les rechutes où ma fragilité, qui est extrême, m'a si souvent entraîné , et où j'ai infiniment à craindre qu'elle ne m'entraîne encore après cette retraite. Tant que je conserverai un certain zèle pour fréquenter les sacrements, et que j'y aurai un certain attrait, ce sera un des meilleurs signes à quoi je pourrai voir la bonne disposition de mon âme, de même qu'un bon appétit est communément une des marques les'plus certaines de la bonne santé du corps. Si quelquefois la tentation me presse avec plus de péril, et que je me sente moins ferme que je n'étais, cette fréquentation des sacrements sera un frein pour me retenir. Ou s'il m'arriv^ enfin de déchoir en quelque' chose et de m'échapper , ce sera une prompte ressource pour me ramener de mon égarement et pour me remettre dans l'ordre.

Mais tout au contraire, dès que je viendrai à négliger les sacrements , et que je les fréquenterai moins, peu à peu je dégénérerai et je m'éloignerai de Dieu. Car c'est par là , dans la religion comme dans le monde, que l'on commence à se déranger. Une personne, outre ses confessions ordinaires, faisait de temps en temps des revues. Elle avait dans le mois , dans la semaine , certain nombre de communions réglées par un sage conseil. Mais dans la suite elle se relâche. De manquer une confession , une communion , ce n'est plus pour elle une peine. Elle se fait même de son relâchement un prétexte pour se tenir plus éloignée des saints mystères. Sa piété se refroidît , et dans peu son état est tel qu'il était avant sa retraite , et même plus mauvais. Dieu veuille que je ne l'éprouve pas moi-même tout de nouveau , après l'avoir déjà peut-être tant de fois éprouvé.

Second point. L'usage des sacrements ne peut être utile qu'autant qu'il est saint; et il n'est saint qu'autant qu'on y apporte les dispositions convenables. On les connaît assez, surtout parmi les personnes religieuses. Mais on n'y est pas toujours aussi attentif qu'on le devniit; et pour descendra à

quelques points particuliers , il y a dans l'usage du sacrement de pénitence deux extrémités à éviter.

L'une est une timidité trop scrupuleuse et une crainte excessive d'y venir sans la préparation absolument requise. Car il faut convenir qu'il y a quelques âmes timorées , qui portent là-dessus trop loin la vigilance et la précaution. Elles ne peuvent presque jamais se persuader qu'elles soient suffisamment disposées, soit à l'égard de l'examen qu'elles doivent faire de leurs fautes , soit à l'égard de la douleur qu'elles en doivent concevoir. D'où il arrive que, pour une confession de peu de jours, elles consument un temps infini à rechercher tous les sujets d'accusation qu'elles s'imaginent avoir, et à les arranger dans leur mémoire. En sont-elles venues à bout? il faut ensuite former l'acte de contrition , et c'est pour elles un autre embarras. Elles la veulent sentir cette contrition , et pour cela elles mettent leur esprit à la torture , et se dessèchent la tête. Enfin, après bien des efforts et bien des tourments, croient-elles pouvoir procéder à la déclaration de leurs péchés, nouvelle peine. Dès qu'il est question de parler , le trouble les saisit , et elles ne savent plus guère ce qu'elles disent. Longs discours sur des points où un mot suffirait, répétitions perpétuelles, circonstances inutiles. Encore , après être sorties du tribunal , y reviennentelles bientôt, parce qu'elles ont peur de ne s'être pas assez expliquées , et d'avoir omis plusieurs choses. De sorte que la confession leur devient un fardeau des plus pesants, et un travail qui les fatigue, qui les dégoûte, et leur ôte toute dévotion. Le remède serait de leur faire comprendre que la prudence chrétienne et les soins raisonnables qu'exige de nous l'Église ne vont point jusqu'à de pareilles inquiétudes : mais parce que souvent elles ne sont pas même en état d'entendre là-dessus raison , le plus court et le meilleur conseil qu'elles aient à suivre est de s'en rapporter au directeur en qui elles ont mis leur confiance, et de faire ponctuellement ce qu'il leur prescrit.

Outre cet excès d'une préparation trop scrupuleuse , il y en a un autre tout opposé et beaucoup plus dangereux; c'est celui d'une préparation trop superficielle et trop légère. Car il est vrai que les personnes mêmes religieuses, qui approchent souvent du sacrement de pénitence, doivent prendre extrêmement garde à ne s'y pas tellement habituer, qu'elles ne donnent pas à chaque confession tout le temps et toute l'attention nécessaire. Il n'y va pas moins que d'un sacrilège ; et ce serait un étrange renversement, que bien loin de se purifier au saint tribunal , elles s'exposassent à en sortir plujs criminelles devant Dieu , qu'elles ny étaient venues. Les fautes qu'elles viennent confesser peuvent n'être que vénielles ; et par la miséricorde de Dieu, ce ne

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