PREMIÈRE PARTIE
De tous les degrés d'obéissance , le premier et tout ensemble le dernier, est ce que j'appelle, après saint Bernard , l'obéissance de l'action. C'est le premier degré, puisque c'est par là que le religieux doit commencer , et qu'il ne peut être obéissant et soumis, s'il n'accomplit , autant qu'il lui est possible, et selon qu'il iui est possible, l'ordre de son supérieur. Mais dans un autre sens, c'est le dernier degré, je veux dire, le moins parfait, puisque cette action , cette exécution pure et simple n'est encore proprement que le corps de l'obéissance , et qu'il y a , comme nous l'expliquerons dans la suite, un esprit qui doit l'animer et la vivifier.
Quoi qu'il en soit, mes chères sœurs, cette première obéissance est absolument nécessaire et d'une obligation indispensable : comment cela? Vous l'entendez, ce me semble assez. Car je sais bien, et je conviens avec vous , qu'antécédemment à l'état que vous avez embrassé, ces règles, ces observances, ces volontés d'autrui à quoi vous êtes sujettes , n'étaient point des devoirs pour vous. Je sais de plus, et je reconnais à votre gloire, ou plutôt à la gloire de Dieu qui vous a inspirées et appelées, que si volis vous êtes assujetties à ce joug de l'obéissance religieuse, c'est de vous-mi^mes et avec une pleine liberté. Mais aussi , vous n'ignorez pas qu'en conséquence du choix que vous avez fait, qu'en conséquence du vœu que vous avez prononcé, ce qui vous était libre, vous est devenu d'une nécessité rigoureuse; que vous avez renoncé à tout droit sur vos personnes et sur votre conduite; que vous l'avez cédé, déposé entre les mains des ministres de l'Église, qui, solennellement et à la face des autels «
SUR L'OBÉISSANCE RELIGIEUSE
au nom de Dieu et au nom de la religion , ont reçu votre sacrlQce. D'où il s*ensuit que vous n'êtes plus à vous , mais au saint ordre où vous vous êtes dévouées, Non esHs vestri (1. Cor., 6); que vous êtes liées par votre profession encore plus particulièrement et plus étroitement que ne Test le reste des chrétiens par les promesses du baptême, Propria professione ieneris (Bern.); en un mot, que vous êtes dépendantes : or, dépendre, c'est, selon la plus claire notion et la plus évidente , être tenu d'obéir; et qu'est-ce qu'obéir, si ce n'est pas faire ce qui est légitimement ordonné ? Donc , obéissance de l'action, obéissance si essentielle, qu'il y va du salut , qu'il y va d'une étemelle damnation. Ce que je dis , mes chères soeurs , et ces expressions dont je me sers, quelque fortes qu'elles soient, ne vous étonneront point dans la préparation du cœur où vous vous trouvez, et dans la disposition où je ne puis douter que vous ne vous soyez toujours maintenues, d'exécuter à la lettre tout ce qui vous est prescrit , et de vous y conformer par la pratique la plus exacte et la plus fidèle.
Mais vous allez plus loin, et vous voulez savoir quelles sont les qualités de cette obéissance, qui consiste précisément à pratiquer et à faire. Car est-ce assez d'agir? Je prétends que ce doit être une obéissance prompte et sans retardement, uni* verselle et sans bornes , indépendante de toute considération humaine et sans acception de personne. Appliquez-vous àtoutesces circonstances. Il n'y en a pas une qui ne renferme une leçon particulière, et qui ne soit comprise dans le point que je traite.
Obéissance prompte et sans retardement : pourquoi? Parce que, dès que Dieu parle, ou par luimême , ou par la bouche de ses ministres qu'il a constitués en sa place, il n'y a point à délibérer ni à différer : toute lenteur alors ne lui peut être qu'injurieuse, et il est de l'honneur et de la grandeur du maître qui ordonne, d'être obéi sur l'heure, et de ne pas voir dans l'accomplissement de ses volontés le moindre délai. Et en effet, hésiter d'obéir , tarder à obéir, remettre à obéir, c'est faire l'œuvre de Dieu avec négligence , c'est ne s'en acquitter que par une espèce de violence et de contrainte : or, suivant l'oracle et la menace du Saint-Esprit , malheur à quiconque fait négligemment l'œuvre du Seigneur : Maledictus quifacitopus DeinegUgenter, (Jerem., 48.) Quel est donc le vrai obéissant? dit saint Bernard. Celui qui ne balance jamais , qui ne réplique jamais, qui ne demeure jamais , qui ne connaît point de lendemain, quand il peut satisfaire dans le jour présent, qui n'attend pas même qu'on lui commande, mais prévient le commandement aussitôt qu'il Ta entrevu, et court au-devant; enfin, qui, par une vigilance continuelle, et transporté d'une sainte ardeur, a toujours les yeux ouverts pour considérer,
toujours les oreilles attentives'pour écouter, toujours les pieds levés pour marcher, toujours les mains préparées pour travailler au gré des supérieurs qui le gouvernent, et qui peuvent disposer de lui comme il leur plaît. Que faut-il pour lui faire tout quitter, et pour l'appeler? Le son de la cloche, et le premier son, rien davantage. Ce son de la cloche, c'est pour lui la voix de Dieu ; l'a-t-ilentendue^ il y répond dans le moment; et il la suit, Ut audivlt; surgit cita, et veniJt ( Joàn. , 11) : ce son de la cloche, c'est le signal qui lui annonce la venue de ce grand maître auprès de qui il doit se ranger; il part dans l'instant et lui va rendre ses devoirs : Hoc signutn magrU Régis est, eamus. {Offic. Epiph.) Obéit-on autrement dans le monde, et surtout obéit-on autrement dans les cours des princes ? qu'ils aient prononcé une parole , cela suffit; on use de toute la diligence possible, et l'on s'en fait un mérite; on s'empresse, on se précipite, on vole. Or , ne serait-il pas bien honteux pour nous , mes chères sœurs , de servir notre Dieu avec moins de zèle ? ne serait-ce pas le déshonorer luimême? et comment pourrait-il agréer une sorte d'obéissance que les maîtres de la terre ne compteraient pour rien, et dont souvent ils se tiendraient offensés?
Obéissance universelle et sans bornes, c'est-à-dire obéissance qui s'étend à tout, soit grandes, soit petites choses, soit faciles, soit difficiles, soit commodes , soit incommodes , soit praticables , et soit en quelque manière impraticables. Car le même motif de la volonté de Dieu intimée et déclarée par l'organe du supérieur, cette même raison se trouve partout; aussi bien, selon la belle réflexion d'un des plus savants et des plus saints directeurs des âmes religieuses, aussi bien lorsqu'il faut reposer, que lorsqu'il faut veiller ; aussi bien lorsqu'il faut parler, que lorsqu'il faut se taire; aussi bien lorsqu'il faut cesser, que lorsqu'il faut commencer; aussi bien lorsqu'il faut prendre quelque relâche et se récréer, que lorsqu'il est question de subir une pénitence et de se mortifier. Tout cela, dis-je, marqué du même sceau , est également du ressort de l'obéissance; et vouloir y faire le moindre retranchement, vouloir user sur tout cela de restrictions, d'exceptions, d'interprétations, c'est entreprendre sur les droits de Dieu, c'est s'attirer sa haine et s'exposer à ses châtiments, ainsi qu'il s'en est expliqué lui-même, quand il nous défend de rien dérober du sacrifice qui lui doit être offert tout entier etsans réserve : Odiohabens rap'mam inholocausto. (IsAi., Cl.) Mais ce que je retranche n'est rien en effet. Non, si vous voulez, ce n'est rien, à le regarder en lui-même et dans sa substance; mais, dès que vous le considérerez comme faisant partie de la loi qui vous est imposée, comme enfermé dans la rè-
SUR L'OBEISSANCE RELIGIEUSE
gle que Dieu vous a tracée, comme matière et sujet de I l'obéissance que vous avez vouée, ce rien vous deviendra respectable et sacré, et vous vous efforcerez de mériter Téloge et la récompense de ce bon serviteur de TÉvangile, à qui le Maître dira : Parce que TOUS avez été fidèle dans les plus légères occasions, et que vous n'avez pas négligé un seul point de tout ce qui vous était marqué, entrez dans la joie du Seigneur : Quia super pauca/idsti fidelis, intrain gaudium Domini tut. (Matth.,25.) Mais cette suite de menues observances , qui se succèdent perpétuellement les unes aux autres, est bien gênante etd^une sujétion bien importune. Il est vrai, et c'est justement en cela qu'est le mérite : voilà le joug. Prenez chaque article en particulier , vous n'y trouverez nulle peine; il n'y a que cet assemblage, que cette totalité qui coûte; et autant que vous diminuerez de ce poids, autant devez-vous perdre du prix de votre obéissance. Mais ce qu'on exige de moi m'est insupportable, je ne le puis soutenir. Hé! «^s chères sœurs, nous sommes-nous donnés à Dieu pour ne rien souffrir, pour ne nous faire nulle violence, pour ne voir en aucune rencontre nos inclinations combattues et contredites? avonsnous promis une obéissance dont nous n'eussions jamais à sentir la pesanteur, et qui ne demandât de BOUS nul effort? Quelques difficultés que nous ayons à vaincre dans l'obéissance religieuse , y en a-t-ilqui égalent celles qu'on surmonte tous les jours dans l'obéissance militaire? Quoi! pour une couronne corruptible, pour une gloire mondaine, des gens obéissent jusqu'à l'effusion de leur sang, jusqu'au péril de leur vie 1 que leur exemple au moins nous instruise, et souvenons-nous à qui nous devons obéir, et pourquoi nous devons obéir; que c^est à Dieu que nous devons cette soumission, que le liruit de cette soumission doit être une couronne immortelle : du moment que nous aurons compris ces deux vérités, il n'y aura plus rien qui nous arrête; car c'est ainsi que tout devient possible à l'homme obéissant : Et iUi quidem utcorruptibilem ccronam accipianty nos autem incormptam. ( 1 Cor., 9.)
Obéissance indépendante de toute considération humaine et sans acception de personne. Je m'explique : les supérieurs qui nous conduisent peuvent être considérés en deux manières, ou comme hommes , ou comme supérieurs. En tant qu'hommes , ils peuvent avoir des qualités toutes différentes : l'un peut être plus prudent, et l'autre moins éclairé; l'un plus insinuant , et l'autre moins affable; l'un plus saint , et l'autre moins parfait. Mais en tant que supérieurs , ils ont tous le même pouvoir et la même autorité, parce qu'ils occupent tous la même place, qui est celle de Dieu. De là je puis bien, à ne les envisager que parleurs qualités personnelles, et
les que
comparant comme hommes, estimer l'un plus l'autre ; mais ce n'est point là ce que je dois avoir en vue quand il s'agit de leur obéir . je ne dois me les proposer alors que comme supérieurs , je ne dois avoir égard qu'à leur autorité; et puisque cette autorité est en tous la même , je leur dois par conséquent à tous le même respect et la même obéissance. Règle admirable que nous donne le grand apôtre : Obéissez à vos maîtres ; mais prenez garde comment vous obéirez : car, en leur obéissant , vous ne devez pas les regarder comme des hommes , et votre principale attention doit être, au contraire, de ne chercher pas à leur plaire, ni à leur obéir comme à des hommes, mais comme à Dieu, le souverain Seigneur que vous reconnaissez dans eux , et qu'ils vous représentent : N(m sicut hominibus placentes, sed ut Domino servientes. (Ephes., 6. ) Suivant ce principe, à quels maîtres le christianisme nous oblige-t-il de rendre obéissance? Souvent à des maîtres vicieux, impies, libertins; à des maîtres durs, cruels , impitoyables; à des maîtres sans probité, sans équité, sans lumières, sans talents : fussent-ils mille fois encore plus déréglés et plus imparfaits , saint Paul veut qu'avec l'œil de la foi nous découvrions dans leurs personnes Jésus-Christ même, et que dans leurs personnes, quels qu'ils puissent être, nous obéissions à Jésus-Christ même. Voilà , si nous sommes chrétiens , notre devoir : Domino Christo servite. {Colos.^ 3.) Si donc, à plus forte raison, je suis religieux, que m'importe à qui j'obéis , et en quel examen ai-je droit là-dessus d'entrer ? n'est-ce pas assez pour moi qu'un supérieur, qu'une supérieure ait parlé; et que reste-t-il autre chose que d'exécuter l'ordre que j'ai reçu , comme étant Tordre du Seigneur? Domino servientes. {Rom., 12.)
Telledoit être, mes très-chères sœurs, cette obéissance d'exécution : telle a été l'obéissance du divin Époux que vous avez choisi. Il ne s'est pas contenté de vous faire des leçons sur une des vertus les plus nécessaires dans toutes les sociétés , il a voulu vous en donner l'exemple; et pour renverser tous les prétextes delà nature indocile et ennemie de la gêne, pour lever tous les obstacles qu'elle formerait et qui pourraient étonner votre faiblesse, il a voulu , par son exemple, vous exciter et vous fortifier. Car, sans autre motif, il doit me sufGre ici de vous mettre devant les yeux cet exemple d'un Homme- Dieu : tout Dieu qu'il était, il a obéi; et quels ont été les caractères de cette obéissance de mon Sauveur? voilà ce que je me demande à moi-même, ou pour m'instruire et m*édifier, ou pour me confondre et me condamner : reprenons, et suivez-moi.
Obéissance la plus prompte. Dès le moment de son incarnation , il s'est fait une loi inviolable d'accomplir la volonté de son Père : loi écrite pour lui
SUR L*0BÉ1SSANCE RELIGIEUSE
à la tête du livre , c'est-à-dire, loi qu'il a observée et à laquelle il s'est soumis dès le premier instant de sa vie mortelle ; se revêtant de notrechair pour obéir à la volonté de son Père, se chargeant de toutes nos infirmités pour obéir à la volonté de son Père, se faisant la victime de notre salut pour obéir à la volonté de son Père : car c'est ainsi qu'il s'en est expliqué par son prophète : M capUe Ubri scriptum. est de me utjaceremy Deus, volutUcUem tuam. {Psabn, 89.) Obéissance la plus universelle et la plus complète. Gomme il était venu, non pour détruire la loi , mais pour l'établir, avec quelle exactitude ne ^a-^il pas gardée? en a-t-il omis une lettre? Iotaunwnnonpr«teribitaiege.(^ATTn.^ 5.) Mais encore quelle était à son égard cette loi qu'il a remplie dans toute son étendue ? à quoi l'engageait-elle , et jusqu'à quel point s'est-il fait obéissant? Ah ! mes chers sœurs , plaignons-nous de la rigueur de nos observances, et prévalons-nous de dispenses imaginaires et prétendues, lorsque nous voyons notre Dieu obéir jusques à prendre la forme d'un esclave, obéir jusqu'à la mort de la croix : Fachis obecUens usque (tdmortemf tnortem autem crucis. {PhiUp., 2.) Enfin, obéissance sans distinction des personnes, et sans attention à leurs bonnes ou à leurs mauvaises qualités, à leurs perfections ou à leurs défauts, à leurs vertus ou à leurs vices. U s'est soumis à Marie, toute sainte, et il s'est soumis à Hérode, le plus impie et le plus barbare des hommes ; il s'est soumis à Joseph, simple artisan, mais du reste, plein de religion et de mérites ; il s'est soumis à Auguste, empereur de Rome, mais idolâtre et païen ; que disje? n'a-t-il pas obéi aux juges qui le condamnaient, aux soldats qui l'outrageaient, aux bourreaux qui le crucifiaient? Quel modèle pour nous, mes chères sœurs! étudions-le, méditons-le souvent, et, par une utile comparaison, apprenons ce que nous devons faire, et humilions-nous de ne l'avoir pas encore assez fait jusqu'à présent.
Grâces à la Providence, qui veille spécialement sur cette maison, je sais que la règle y est en vigueur, et que l'obéissance s'y maintient. Je sais qu'il ne s'y trouve point de ces âmes inflexibles qu'on ne peut plier, et qui n'ont de l'état religieux que la clôture et que l'habit. Je le sais , et vous ne pouvez trop bénir le ciel de n'avoir point au milieu de vous de ces scandales qui causent tant de désordres dans les communautés; esprits intraitables, que des supérieurs sont quelquefois obligés d'abandonner à euxmêmes, parce qu'ils ne peuvent rien obtenir d'eux ni les réduire à rien. Non , mes chères sœurs , vous n*avez point de tels objets devant les yeux, et, si je l'ose dire , vous n*êtes point infectées de cette contagion. Mais après tout, dans les maisons même où se conserve toujours un certain fonds de régularité, l'obéissance, en mille occasions et en mille
BOmOAUNS. — T. m.
sujets particuliers , ne laisse pas de recevoir bien des atteintes. On obéit, mais lentement : de tout ce qu'on fait et qu'on doit faire, on ne fait rien dans le temps précis , on ne fait rien qu'à l'extrémité, on ne fait rien que lorsqu'il n'y a plus à reculer ni à remettre. Une fille est la dernière à tout ; et si l'on voulait se conformer à ses heures, il faudrait changer toute la discipline religieuse , et en former une nouvelle : encore ne s'y rendrait-elle pas plus assidue et plus diligente ; et c'est assez qu'une chose soit de la règle et du devoir de l'obéissance, pour qu'elle y apporte des retardements infinis, et qu'elle diffère toujours à s'en acquitter. On obéit , mais imparfaitement; on ne fait qu'à demi ce qui est prescrit. On veut bien s'assujettir à telle et telle pratique, mais on néglige cette autre , parce qu'elle paraît trop légère, et qu'elle n'est bonne, dit-on, que pour des commençantes et pour des novices. On veut bien accepter tel et tel emploi , où l'on n'est pas destiné; cet autre où l'obéissance nous destine, c'est justement celui dont on s'excuse, parce qu'on prétend qu'il est trop pénible et trop fatigant : parce qu'on se persuade que la santé y sera intéressée , qu'on n'en pourra soutenir le travail ; parce qu'on se figure, chacun selon son idée, mille causes de refus qu'on est éloquent à exagérer et à faire valoir. De là tant d'allées et de venues, tant de remontrances à une supérieure, qui se voit enfin comme obligée de se rendre, et de céder à l'importunité de ces longues et ennuyeuses représentations. On obéit, mais pourquoi? C'est qu'on estime cette supérieure, c'est qu'on lui est plus étroitement attachée , c'est qu'on lui trouve un air et des manières qui la font goûter davantage et qui plaisent; c'est qu'elle a des dispositions naturelles, une habileté, une sagesse, des talents qui préviennent en sa faveur, et qui lui attirent la confiance. Une autre n'est pas pourvue des mêmes dons, et l'on ne découvre dans elle qu'un mérite très-borné : on la méprise intérieurement , et ce mépris de la personne porte au mépris de ses ordres : comme si c'était aux personnes qu'on doit obéir, et non pas à Dieu dans les personnes, de quelques vertus qu'elles soient douées , ou quelques défauts qu'on y puisse remarquer. Obéissons, mes chères sœurs, mais obéissons religieusement, c'est-à-dire, obéissons pour Dieu et en vue de Dieu. Dès que vous aurez cette vue de Dieu , il vous sera indifférent d'obéir à celle-ci ou à celle-là : et de même qu'en matière de foi nous ne devons être précisément, ni à Pierre, ni à Paul, mais à Jésus-Christ, ainsi, en matière d'obéissance, vous ne ferez nul discernement des supérieures; vous les écoutera toutes avec la même docilité; vous exécuterez ce qu'elles vous ordonneront avec la même exactitude; et, sans vous contenter de l'obéissance d'action, vous y ajouterez l'obéissance de volonté,
SUR L'OBEISSANCE RELIGIEUSE
dont j'ai à vous entretenir dans ia seconde partie. DEUXIÈME PARTIE.
C'était pour la consolation des apôtres, et pour leur inspirer des sentiments dignes de leur ministère et conformes à la sainteté de leur vocation , que le;Filsde Dieu leur disait qu'il ne les regarderait point désormais comme des esclaves, ni comme des serviteurs , mais comme des amis : Jam non dicam vos servos, vos atUem dixi amicos. (JoAN., 15.) Et c'est pour relever votre obéissance et pour la sanctifier, que vous ne devez pas seulement , mes très-chères sœurs, vous considérer comme servantes de Dieu, pas même seulement comme amies de Dieu , mais comme enfants de Dieu, qualité commune à tous les chrétiens unis au corps mystique du Sauveur et adoptés de Dieu par la grâce du baptême : mais qualité spécialement attribuée aux personnes religieuses, que des nœuds encore plus étroits attachent à Jésus- Christ, et qui n'ayant plus sur la terre, à proprement parler, ni pères, ni mères, ni parents, ni familles, puisqu'elles y ont renoncé, peuvent dire avec un droit particulier et dans le même esprit que le séraphique François d'Assise : Notre Père , qui êtes dans les cieux : Pater nosier, gui es in cadis. Or, s'il est vrai que Dieu est singulièrement votre père , et que vous êtes singulièrement les enfants de Dieu, il s'ensuit que vous devez donc à Dieu une obéissance toute filiale , Je veux dire une obéissance du cœur, une obéissance de la volonté, qui, jointe à Tobéissance de l'action et aux œuvres, les anime et les vivifie.
Car ne vous y trompez pas, je vous prie, et gardez-vous d'une des plus dangereuses illusions où vous puissiez tomber, en vous persuadant que d'agir, c'est obéir. Nous pouvons encore raisonner ici de l'obéissance comme de la foi. Si je me flatte d'avoir la foi dans le cœur, et que dans la pratique je n'en aie pas les œuvres, l'apôtre saint Jacques m'annonce que cette foi oisive et stérile n'est qu*une foi morte; si je pense être obéissant dans la disposition intérieure de l'âme, et que dans l'effet je laisse des ordres que je recois sans les accomplir, mon obéissance n'est qu'un fantôme qui s'évanouit de lui-même, et n'a rien de solide. Principe universellement reconnu parmi les pères et leo maîtres de la vie spirituelle. Mais, par une règle toute contraire et par un autre principe tout opposé, de même aussi que les œuvres ordonnées par la foi, mais faites sans l'esprit de la fol, ne sont plus dès lors des œuvres de foi , ni des vertus chrétiennes ; ainsi tout ce que je puis &ire de conforme à l'obéissance , mais sans l'esprit d'obéissance et sans la soumission de ma volonté, ne doit point être réputé pour obéissance, et n'est devant Dieu de nulle valeur. C'est la lettre.
c'est le corps de l'obéissance; mais selon St. Paul, la lettre tue, Littera occidit(2. Cor., 3); et ce corps n'est qu'un cadavre , si l'âme ne lui donne la vie : Spiritus autem vivificat. (Ibid.)
Disons autrement, mes chères sœurs : c'est obéissance , si vous le voulez , mais une obéissance d'esclavel Or, je vous ai déjà fait entendre, et ce serait bien dégénérer de la dignité de votre état si vous ne le compreniez pas , que l'obéissance religieuse est Tobéissance des enfants. Dans l'une, la volonté n'a point de part; et dès là ce n'est plus une vertu, mail une servitude , mais un esclavage dont Dieu ne vous peut savoir aucun gré : et dans l'autre , c'est la volonté qui domine, non pas en s'élevant, mais en s'abaissant, mais en s'immolant et se sacrifiant : sacrifice plus agréable à Dieu que tous les sacrifices de l'ancienne loi : car, dans les sacrifices de l'ancienne loi, remarque saint Grégoire, on n'offrait à Dieu qu'une chair étrangère, au lieu que, par le sacrifice de l'obéissance religieuse, c'est ce qu'il y a dans l'homme de plus noble qu'on présente à Dieu , puisque c'est le cœur et la propre volonté : Per victimas aliéna caro, per obedientiam voluntas propria mactatur.
Vérités importantes, mes très-chères sœurs, vérités d'où je tire des conséquences qui demandent toutes vos réflexions, et qui sont autant de maximes fondamentales pour la conduite de votre vie. Les voici réduites en quelques articles plus essentiels. Écoutez-les : vous n'y trouverez rien d'outré, et qui ne vous paraisse solidement établi.
De là donc, première conséquence, il s'ensuit que je dois trembler, quand un supérieur m'ordonne des choses selon mon inclination et selon mon goût : pourquoi? parce que je dois craindre alors que ma volonté ne soit pas sacrifiée, et que le fruit de mon obéissance soit perdu pour moi. Mais, dites-vous, ce qu'on me commande étant selon mou goût et mon inclination , je l'embrasse avec plaisir, je m'y porte avec plus d'ardeur, et j'ai certainement l'obéissance de volonté. Il est vrai ; mais ce n'est pas en ce sens que l'obéissance de volonté est une obéissance religieuse et méritoire : c'est dans un sens tout différent, et concevez, s'il vous platt, ma pensée. Quand on me demande une obéissance de volonté, on me demande une obéissance où ma volonté acquiesce à la volonté démon supérieur, et non pas âmes propres désirs ; on me demande une obéissance où ma volonté s'affectionne à ce que veut mon supérieur, précisément parce qu'il le veut et non point parce que je le veux moi-même d'ailleurs, et que le commandement qu'il me fait s'accommode à mon penchant naturel , et à mes desseins. Car si ce penchant naturel , si cette inclination et ce goût étaient le principal motif de mon obéissance , ce ne. serait plus la volonté de mon supérieur, ni la volonté de Dieu que je ferais , mais la mienne. Or vous voyez néanmoins
SUH L'OBÉISSANCE RELIGIEUSE.
combien il est aisé que ce soit ce penchant, que ce soit cette inclination , ce goât qui me détermine et qui m'engage, quand il se trouve en effet dans Texercice auquel on m*applique, et dans l'observance particulière dont on me charge.
De là, seconde conséquence, il s'ensuit que je dois me réjouir selon Dieu et en Dieu quand il arrive qu'un supérieur, sans examiner dans les vues qu'il a sur moi si elles m'agréeront ou si elles ne m'agréeront pas, mais comptant sur mon obéissance et ma docilité , m'emploie à des fonctions qui me mortifient , qui me gênent et à quoi répugnent tous les sentiments de la nature. La raison en est évidente : car c'est alors que le sacrifice de ma volonté , si je me soumets intérieurement et de bonne foi, est beaucoup plus certain, beaucoup plus pur, beaucoup plus excellent : plus certain, parce qu'il ne peut être sujet à mille illusions de l'amour de moi-même , puisque je me renonce moi-même; plus pur, parce qu'il n'y entre rien d'humain , et qu'au contraire tout ce qu'il y a d'humain dans mon cœur y est contredit; plus excellent, parce qu'il me coûte davantage et que je me fais plus de violence. A chaque pas, il faut un nouvel effort , et tout acte , tout effort nouveau ajoute sans cesse un nouveau mérite. Les martyrs n'ont donné leur vie qu'une fois , et la mort dans un moment a fini leur peine et commencé leur éternelle béatitude : mais dans la conjoncture où je supposel'âme religieuseet obéissante, son martyre est continuel. On ne vit plus longtemps que pour avoir à se combattre soi-même et à se vaincre plus longtemps et plus souvent. Que de triomphes, et que de couronnes! Or, est-il rien, mes chères sœurs, que nous devions souhaiter avec plus d'ardeur, que d'avohr ainsi occasion de grossir notre trésor pour l'éternité? De sorte que, dans la comparaison et dans le choix, un religieux qui n'aurait égard qu'à ces intérêts personnels , devrait préférer un supérieur qui le contrarie , un supérieur qui l'éprouve et qui l'exerce, un supérieur ferme et sévère à un autre plus modéré et plus indulgent. Cette morale est bien parfaite, je l'avoue, mais elle est fondée sur les principes de la sagesse de l'Évangile, et c'est cette sagesse que je dois prêcher à des âmes que leur état appelle à la plus haute perfection.
De là, troisième conséquence, il s'ensuit qu'une des plus grossières erreurs dans les personnes religieuses est de croire qu'elles pratiquent l'obéissance, lorsque, par elles-mêmes , ou par d'autres, par des sollicitations et des poursuites ouvertes , ou par des intrigues secrètes et des ressorts cachés , elles travaillent à gagner une supérieure , et qu'après mille mouvements, elles l'amènent enfin à ce qu'elles veulent. Abus, dit saint Bernard : ce n'est pas vous qui obéissez à cette supérieure, c'estcette supérieure qui vous obéit : coomient cela ? parce que ce n'est pas
vous qui suivez la volonté de cette supérieure, maif cette supérieure qui suit la vôtre. Vous en répondrez l'âne et l'autre à Dieu : vous , d'avoir si fortement pressé, et peut-être si adroitement engagé votre supérieure; et elle, de n'avoir pas eu plus de vigilance et plus de fermeté. Mais si je me suis procuré de sa part tel emploi, direz-vous, c'est que je m'y sentais plus de disposition , c'est que X'espérais y mieux réussir; et en e^t, le succès répond assez à mes espérances. Tant de succès qu'il vous plaira : ce n'est point ce que Dieu voulait de vous. Ce succès, dans le fond , lui importe peu , et il ne le demande pas absolument; mais ce qui lui importe, c'est que sa volonté soit faite et que la vôtre lui soit en tout subordonnée : voilà ce qui l'honore , voilà l'hommage dont il est jaloux ; car voilà en quoi paraît son suprême domaine, et par où vous le devez glorifier comme souverain maître. Du reste, que vous réussissiez ou que vous ne réussissiez pas, c'est un soin dont il vous décharge en quelque sorte, et qu'il faut abandonner à sa providence. Faîtes ce qui dépend de votre travail , de votre application , de votre fidélité; cela suffit. Mais ce que j'ai entrepris est une œuvre sainte. Point de sainteté qui ne soit réglée par la volonté de Dieu, et par la volonté de ceux qui nous tiennent la place de*Dieu : c*est une œuvre sainte ; mais il y aurait encore pour vous quelque chose de plus saint , et ce serait de renoncer à vos volontés même les plus saintes en apparence , dès qu'il s'agit de la volonté du Seigneur et de celle de vos supérieurs. Qu'y a-t-il de plus saint que le sacrifice? cependant, sans l'obéissance , le sacrifice perd aux yeux de Dieu tout son mérite , et devient une abomination. Allez, répondit le prophète à Saûl , en le rejetant , toutes vos victimes sont réprouvées du ciel avant que de les offrir, et plutôt que de les offrir, il fallait obéir : Melior est obedierir fia quant victimx, (1. Reg.y 15.)
Obéissance de volonté, dont nous avons le parfait modèle dans la personne de notre adorable Maître. S'il est descendu de sa gloire, et s'il a vécu parmi nous, c'est qu'il l'a voulu iDeusmeus, volui{Pscdm. 39); mais pourquoi l'a-t-il voulu? parce que son Père le voulait. Car je ne suis pas venu, disait-il, pour faire ma volonté, mais la volonté de mon Père qui m'a envoyé : Descendi de cœlo, non ulfaciam vobintcUem meam , sed voluntatem ejus qui misit me. (JoAN., 6.) Toutefois la volonté de cet Homme- Dieu était toute sainte ; mais c'est pour cela même qu'elle ne devait jamais être séparée de la volonté de son Père. Nous Pavons voulu comme lui , mes chères sœurs; c'est-à-dire, nous avons dit« en'entrant dans la religion, ce qu'il dit en entrant dans le monde : Deus meus, volui : Ordonnez, mon Dieu , ou immédiatement par vous-même, ou par Torgane de vos ministres et de vos substituts ; je recevrai tou<
SUR L'OBÉISSANCE RELIGIEUSE
jours vos ordres avec soumission , et j'y attacherai mon cœur. Oui, nous Tavonsdit; mais combien de vous Tont peut -être oublié? combien n*y ont plus pensé? combien dans la pratique l*ont rétracté? combien se sont accoutumées à faire leur volonté , et à vouloir qu'on fit leur volonté? Au lieu de dire à une supérieure , dans un plein abandonnement d'ellesmêmes : Que voulez-vous que je fasse? Quid me vis facere {Act, 9)T combien l'ont réduite à leur dire, par une condescendance forcée : Puisque rien ne vous contente, expliquez-vous donc, et marquez-moi comment vous prétendez que je me comporte à votre égard .- Quid tibi vis /aciam? (Luc, 18.)
Quoi qu'il en soit, mes chères sœurs, comme il n'est rien de plus héroïque ni de plus grand devant Dieu qu'un entier assujettissement de la volonté , aussi n'est-il rien communément de plus rare. Car qu'est-ce souvent que notre obéissance? faisons-en dans le fond de nos âmes l'humble confession. Ce que c'est? une obéissance de politique, une obéissance de respect humain , une obéissance contrainte , une obéissance d'habitude, une obéissance d'artitice, ou d'une espèce de violence. Vous me pardonnerez toutes ces expressions; et, sans vous scandaliser des termes, vous vous arrêterez aux choses qu'ils expriment, et vous vous appliquerez ou à les corriger, ou à vous en préserver. Obéissance de politique : on veut être en grâce auprès des supérieurs et des supérieures , on veut par là s'établir dans un certain crédit; on a ses vues pour l'avenir, on a ses intérêts à ménager : et c'est pour cela qu'on se rend si souple, si flexible, et que, passant même les bornes d'une dépendance raisonnable , on va jusqu'à la flatterie et à la servitude. Obéissance de-respect humain : on ne veut pas se distinguer des autres , ni faire parler de soi dans une maison ; on estbien aise de s'y conserver la réputation de fille régulière et sage; et dans cet esprit on garde tous les dehors de l'obéissance , sans en avoir les sentiments. Obéissance de contrainte : on n'aime pas à recevoir des av^, et Ton est sensible aux répréhensions, on les craint , et Ton se captive pour les éviter; c'est-à-dire, mes chères sœurs , qu'on se réduit à l'obéissance la plus indigne de vous, et selon le monde, et selon la religion. Selon le monde (car je puis ici vous rappeler les idées mêmes du monde) : hé quoi ! étiez-vous donc nées pour vous avilir de la sorte , et pour vous abaisser jusqu'au rang des serviteurs que la crainte fait obéir? Selon la religion : malgré les engagements qui vous y attachent, n'est-ce pas un état de liberté, je dis de la sainte liberté de l'Évangile? et si vous êtes liées , n'est-ce pas , comme saint Paul , dans le Seigneur et par amour pour le Seigneur? Vinctus in Domino. {Ephes., 4.) Obéissance d'artifice : 00 a des patrons qu'on interpose, on a des raisons ou des prétextes spécieux dont on 8*aato-
rise , on a des manières insinuantes , des déférencéi et des soumissions étudiées : tout cela , pourquoi ? pour obéir, à ce qu'il paratt ; mais réellement et dans la vérité, pour faire tout ce qu'on veut, et ne rien faire de tout ce qu'on ne veut pas et qu'on devrait vouloir. Enfin , obéissance que je traite de violence, et qui l'est en effet : il y a quelquefois de ces esprits hauts et obstinés , sujets aux éclats dans une communauté , et devenus redoutables , si je Tose dire, aux supérieures qui, par sagesse, les épargnent et s'accommodent, pour ne les pas choquer, à toutes leurs idées. Ils sont disposés à obéir, ou ils se vantent de l'être; mais à cette condition, qu'on ne leur imposera point d'autre loi que celle qu'ils auront eux-mêmes dictée.
Concevons mieux, mes chères sœurs, le devoir de l'obéissance. Le prophète disait : Si vous cherchez le Seigneur, cherchez-le véritablement, Si qtiœriUs, quxrite (IsAi., 21); et moi je vous dis : Si vous obéissez , obéissez religieusement. Que le Seigneur, qui vous a rassemblées dans sa sainte maison , vous donne à toutes un même esprit pour l'honorer, et pour exécuter ses ordres d'un grand cœur et d'une pleine volonté : Det vobis cor unum ut colatis eumy et faciatis voluntatem ejus corde magno et animo volenti, (2. Mach,y 1.) Ayez la consolation de pouvoir vous rendre le même témoignage que^Jésus-Christ se rendait : Je fais toujours ce qui' plaît à mon Père et à mon Dieu : Quasplacita sunt ei,facio semper ( Joan. , 8 ) ; il ne tient qu'à vous, et c'est un des plus grands avantages de la profession religieuse. Depuis le matin jusqu*au soir, toutes vos actions sont réglées par l'obéissance ; il n'y eu a pas une qui ne soit marquée du sceau de la volonté de Dieu : de sorte que vous n'avez pas un moment dont vous puissiez disposer selon votre volonté propre. Si quelquefois elle se révolte, si elle murmure, répondez-vous à vousmême : r^'ai-je fait vœu d'obéir que pour vivre et pour agir en tout à mon gré? Fallait-il un vœu pour cela ; et si mon vœu se bornait à cela , en quoi serait-il saint? Que la propre volonté cesse, dit saint Bernard , et qu'on y substitue la volonté de Dieu , il n'y aura plus d'enfer, parce qu'il n'y aura plus de péché. Cette volonté propre, poursuit le même Père, est un mal bien pernicieux , puisqu'elle enlève même à nos bonnes œuvres leur mérite et leur bonté : Grande malum propria voluntas, qua fit utbona tua non sint tibi bona. Au contraire, l'obéissance relève tout, sanctifie tout, perfectionne tout J'entends une obéissance, non-seulement d'action et de volonté, mais de jugement, ainsi qu'il me reste à vous l'expliquer dans la troisième partie.
SUR L'OBÉISSANCZ REUGIEUSE.