DEUXIÈME PARTIE
Ce ne fut point une parole sans effet que celle de Jésus-Christ à ses apôtres, lorsqu'il leur dit : fout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans Je ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Les Pères et les interprètes reconnaissent que par là le Fils de Dieu soumit aux prêtres, dans la personne des apôtres, toute rÉglise; qu'il les revêtit d'un pouvoir qui s'étend sur tous les membres du corps mystique de ce Sauveur, et qu'il n'y a dans le monde ni prince ni monarque qui ne relève de cette juridiction , aussi souveraine qu'elle est universelle.
En voulez-vous, messieurs, concevoir une légère idée? Imaginez-vous un homme qui, d'une fortune médiocre et d'une condition obscure, se trouve tout à coup élevé au premier ministère d'un grand État, et cela par la pure libéralité du maître , lequel veut faire éclater sa puissance dans l'élévation de son sujet : Sic honorabitur, qvemcumque voluerit rex honorari. {Esth.y6,) Le voilà l'arbitre de toutes choses, et les plus importantes affaires ne se conduisent que par lui; c'est lui qui distribue les faveurs, lui qui assigne les récompenses , lui qui fait les heureux et les sialheureux ; ses ordres sont reçus comme des ordres supérieurs, et tous les intérêts du prince lui sont confiés. Qu'un rebelle , qu'un criminel ait sa grâce à obtenir, c'est à ce médiateur qu'il s'adresse ; et par l'efficace de cette médiation, le plus coupable est en un moment rétabli dans tous ses droits et dans toutes ses espérances. Jamais entendit-on parler d'un tel crédit? et dans ce que l'Écriture nous a marqué de celui d'Aman, y a-t-il rien qui puisse l'égaler? Je ne m'en étonne pas : car Ips princes de la terre n'ayant qu'ur. pouvoir borné , ils n'ont garde de le communiquer avec si peu de réserve. Mais il en est
tout autrement à Tégard de Dieu : comme sa graiideur est infinie, il peut, sans lufrien ôter, en faire part à qui il lui platt; or, il Ta, pour ainsi dire, déposée tout entière entre les mains de ses ministres, et c'est la belle réflexion de saint Chrysos*. tome dans ses doctes commentaires sur le sacerdoce. Quelle merveille! et qui le croirait? Le serviteur est établi juge sur la terre, et le Maître dans le ciel ratifie toutes les sentences qu'if porte : Servus sedet in terra , et Dominus sequitur sententiam; le ciel reçoit de la terre la règle et la forme de justice qu'il doit suivre : Â terra judi-candi formant cœium accipit. De sorte, ajoute saint Cyprien, que le jugement des prêtres est comme le jugement anticipé de Jésus-Christ même , Ànticipatum Christijudicium : encore ce jugement du prêtre a-t-il cet avantage, qu'il confère la grâce , qu'il efface les péchés, qu'il convertit les pécheurs en saints; ce que n'aura point le dernier jugement que prononcera le Sauveur du monde à la fin des siècles.
Voilà, messieurs, le ministère de réconciliation que Dieu vous a commis. Vous êtes ses délégués, et , si j'ose usejr de ce terme , vous êtes ses plénipotentiaires , pour conclure cette grande paix qui se traite entre le ciel et la terre, entre Dieu offensé et l'homme pécheur. C'est à vous que le Créateur du monde remet sa cause et ses intérêts; c'est à vous qu'il dit encore plus qu'à ses prophètes : Judicate inter me et vineam meam (Isai. , 5 ) ; Cet homme est pécheur, il m'a outragé , il a blessé ma gloire; je pourrais lejuger moi-même; mais je m'en rapporte à vous. Tout ennemi qu'il était , je le tiendrai pour ami dès que vous l'aurez déclaré tel ; il ne s'agit pour lui que de se rendre digne de l'absolution que vous lui donnerez ; du moment que vous lui aurez pardonné, je lui pardonne, et toutes les portes du ciel, qui lui étaient fermées, s'ouvriront pour le recevoir. Voilà, dis-je, ministres de Jésus-Christ, comment Dieu vous parle, et voilà de quoi toute l'Église le doit glorifier, comme zes troupes fidèles de l'Évangile : Et glorificaverunt Deum, qui dédit potestatem ialem hominibus (Matth.,6); car, en xîonséquence de ce pouvoir absolu , on peut dire que tout ce qu'il y a de plu$ saint et de plus sacré est en votre disposition. Les grâces sont les richesses inestimables que le Sauveur des hommes nous a acquises par son sang; mais vous en êtes les dispensateurs : c'est vous qui conférez aux âmes leur première innocence, vous qui la leur faites retrouver lorsqu'elles l'ont perdue, vous qui leur partagez le pain de vie pour les nourrir, qui les dirigez dans les voies de l'éternité, et qui les conduisez jusque dans le sein de Dieu.
Après cela serons-nous surpris que les plus grands monarques du monde aient eu taot d'égards, et té-
SUR LA DIGNITE ET LES DEVOIRS DES PRÊTRES