‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 68 sur 352 · DE JÉSUS-CHRIST DANS LE JARDIN · texte numérisé non relu

DE JÉSUS-CHRIST DANS LE JARDIN

Etprogre$9Ut pusillum procidU in faciem tuam, oram et diceni : Pater mi, ripouibile est, tranteai a me calix tf te .• verumtamen non ticui ego volo, ied iicut tu.

S*étaiit avanoé an peu plus loin , il se prosterna le risage contre terre , priant et disant : Mon Père, s*ii est possU>le, foites que ce calice passe , et quUI ne soit point pour moi : cependant, que votre volonté s^accomplisse, et non la mienne. Saut Matthieu, cbap. 2S.

Voilà , chrétiens , le premier mystère et comme l'entrée de tous les mystères de la Passion du Fils de Dieu, que nous devons méditer pendant le cours de ce carême. C'est la grande dévotion des âmes fidèles, surtout en ce saint temps, de considérer les souffrances de leur Sauveur, et c'est de cette méditation que les saints ont retiré des fruits si merveilleux de grâce et do sainteté. Pour moi, mes frères, disait saint Bernard, depuis le jour de ma conversion, mon soin le plus ordinaire et le plus fréquent a été de cueillir, comme TÉpouse, ce bouquet de myrrhe , composé de toutes les amertumes et de toutes les douleurs de Jésus-Christ, mon souverain Seigneur. Je Tai mis dans mon sein, et je Tai appliqué à toutes mes plaies : Hune mihi fasciculum coUigere et intra viscera mea coUocare curavi, collectumex amaritudinibus Domini met. Car, comment pourrais-je oublier les miséricordes d'un Dieu souffrant, ajoutait ce saint docteur, puisque ce sont elles qui m'ont donné la vie ? et quel intérêt n'ai-je pas à les tenir profondément gravées dans mon souvenir, puisque c'est là que je trouve la vraie sagesse , que je trouve la plénitude de la science , que je trouve des trésors de salut, que je trouve enfin un fonds inépuisable de mérites } In his sapientiam, in his plenitudinem scientiœ, in his divitias salutis , in his copiant merilorum. De là , mes frères , continuait encore le même Père , parlant à ses religieux, de là vient que je les ai si souvent dans la bouche, comme vous le savez; et que je les ai encore plus dans le cœur, comme Dieu le sait : car c'est là toute ma philosophie , c*est à la seule connaissance de Jésus qu'elle se réduit, et de Jésus crucifié : Hœcphilosophiamea, scireJesum, et hune crucifixum. Tels étaient les sentiments de saint Bernard : faisons-en les nôtres, mes chers auditeurs; et puisque c'est pour cela que nous sommes ici assemblés, commençons dès aujourd'hui à étudier cette science sublime et suréminente

SUR LA PRIÈRE DE JÉSUS-CHRIST

de la charité de notre Dieu et de sa douloureuse passion. Ce que nous présente d*abord rÉvangile, c'est Jésus-Christ priant dans le jardin , et acceptant avec une pleine soumission le calice que son Père lui a destiné et préparé : rerumfamen non sicttt ego volo, sed siciU tu. Arrêtons-nous là, et pour notre édiûcation , apprenons nous-mêmes comment nous devons en tout nous conformer aux ordres de Dieu , et nous résigner à ses adorables volontés. Soumission d'une nécessité indispensable; soumission que tout chrétien doit conserver jusqu'à Jf.a mort, et sans laquelle il n'y a point de salut, puisque le salut devient impossible à quiconque refuse d'obéir à Dieu , et ne veut pas dépendre de Dieu; mais soumission qui, de toutes les vertus, est peut-être la moins connue dans le christianisme et la moins pratiquée. Elle renferme deux choses, qui vont partager cet entretien ; savoir, le sentiment et Taction ; le sentiment dans le cœur, et l'action dans la pratique : le sentiment dans le cœur, pour vouloir tout ce que Dieu veut ; et l'action dans la pratique, pour exécuter ensuite et pour faire tout ee que Dieu veut : deux devoirs que nous enseigne par son exemple le divin Maître qui s'est anéanti pour nous , et rendu obéissant jusques à la mort. Donnez, s'il vous plaît, à l'un et à l'autre une favorable attention.

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