‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 89 sur 352 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Cest le caractère particulier de la royauté de Jésus-Christ, d'avoir été reconnue au milieu même

SUR LE COURONNEMENT DE JÉSUS-CHRIST

fles opprobres'el jusque dans le comble de l'humiliation. Au Calvaire et sur la croix , entre deux voleurs condamnés au même supplice que lui , et mourant avec lui , il fut déclaré roi ; et malgré toutes les oppositions de la synagogue , Técriteau qu'on mit au-dessus de sa tête en le cruciGant , portait ces mots : Jésus de Nazareth y roi des Juifs, (Joan. , 19.) Il est étonnant, chrétiens, que Pilate, après avoir accordé si lâchement aux Juife tout ce qu'ils lui avaient demandé touchant la personne du Sauveur , jusqu'à le sacrifiera leur haine, ne voulut néanmoins jamais les entendre , ni rien relâcher, quand ils lui proposèrent d'effacer ces quatre paroles , ou d'y faire au moins quelque changement. Quelque mécontentement qu'ils pussent lui en témoigner, quelques instances qu'ils lui fissent , tous leurs efforts et toutes leurs remontrances furent inutiles. Non, leur répondit-il avec une fermeté inébranlable, il n'y a rien 15 à réformer : ce que j'ai écrit , est écrit : Quod scripsi, scripsi. (Id.) Pourquoi cela, et d'où lui venait sur ce point une telle résolution? N'en soyons point surpris , dit saint Chrysostôme : c'est qu'il agissait alors par le mouvement de l'esprit de Dieu qui le conduisait : et comme Caîphe, tout méchant et tout injuste qu'il était , avait prophétisé par l'inspiration divine , sur la mort de Jésus-Christ, aussi Pilate, quoique païen, fut l'organe dont Dieu se servit pour relever solennellement et authenliquement la royauté de ce Messie. Jésus-Christ , parlant de lui-même , avait dit autrement : Je suis roi ; et les Juifs soutenaient opiniâtrement qu'il ne Pétait pas. Il fallait un juge qui terminât ce différend, et un juge désintéressé. Pilate prononce; et après avoir ouï les parties , et mûrement examiné le fait, lui qui était étranger et Romain, il décide à l'avantage du Fils de Dieu, et le reconnaît roi : Jésus Nazarenus, rex. (Id.)

Mais que fais-je , chrétiens? n'allons pas si loin: les soldats, en le couronnant, ne commencent-ils pas dès lors à le reconnaître pour ce qu'il est, et tout ignominieux que paraît ce couronnement, n'était-ce pas, selon les vues du ciel, une disposition secrète au jugemei^ que devait rendre Pilate? ce n'était pas là l'intention de cette brutale et insolente milice ; mais , remarque saint Ambroise , contre leur intention, ils contribuaient, sans le vouloir et sans le savoir , à l'accomplissement des desseins de Dieu. Dieu voulait que son Fils fût salué comme roi, fût couronné comme vainqueur, fût adoré comme Seigneur et comme Dieu. Or voilà justement ce qui s'exécute; et quoique ce ne fût pour ces soldats qu'un divertissement et qu'un jeu, c'était pour la Providence et la sagesse éternelle qui l'avait réglé de la sorte , un effet réel et une vérité : F.t si corde non credunty Christo tamen suus

i dejuit honory qui salutatur ul rex , coronatur

BOURDALOUB. ~ T. UI.

ut Victor^ Deus et Dominus adoratur (Aiiba.j; mystère profond et admirable, mes chers auditeurs! mystère digne de toutes nos réflexions. Mettons-le dans un nouveau jour, et tâchons à en découvrir toutes les merveilles.

Car ce qu'il y a , ce me semble , de plus singulier , c'est que les mêmes choses par où les persécuteurs de notre divin Maître croyaient le déshonorer, ont été les marques les plus naturelles de sa souveraineté , et ont servi à nous en donner l'idée la plus convenable. Prenez garde , ils l'ont couronné d'épines : à qui cette couronne pouvait-elle mieux convenir, qu'à celui qui devait être surtout le roi des âmes souffrantes , et qui ne voulait à sa suite que des sujets préparés à la douleur, aux persécutions , au martyre ? une couronne de fleurs lui eûtelle été propre , et ces épines n'exprimaient-elle» pas le vrai caractère de sa dignité royale? En effet , chrétiens, c'est cette couronne d'épines que toute la terre a révérée ; c'est pour cette couronne d'épines que les princes et les plus grands monarques ont témoigné tant de zèle et tant de piété , arnjant des flottes entières, passant les mers, s'ex posant à mille périls , et regardant comme une précieuse conquête de l'enlever à des peuples infidèles ; c'est cette couronne d'épines qu'ils ont rapportée dans leurs États , et qu'ils y ont conservée comme le plus riche trésor; c'est cette couronne d'épines qui a fait les délices des saints , et toute leur gloire.

Quand le Sauveur des hommes se présenta à la bienheureuse Catherine de Sienne, avec deux couronnes à la main , l'une d'épi ries , et l'autre de roses , et qu'il lui en laissa le choix , délibéra-t-elle un moment ? Avec quelle ardeur et quelle tendresse , avec quels transports de joie prit-elle les épines et rejetat-elle les roses ! pourquoi ? parce qu'elle savait à quel roi elle s'était dévouée; que ce n'était point un roi de plaisir, mais un roi de souffrance; que dans sa cour il ne permettait ni délicatesses , ni douceurs humaines , ni commodités de la vie. Doù elle concluait que , s'étant toute consacrée à son service, elle ne devait point souhaiter d'autre partage que les afflictions et les épines les plus aiguës. Nous n'en demanderons point d'autre nous-mêmes , dès que nous serons remplis du même esprit que cette fidèle épouse de Jésus-Christ , ou , pour mieux dire , dès que nous serons remplis comme elle du véritable esprit de la religion que nous professons.

Cependant , mes frères , à ce roi couronné d'épi*» nés, il fallait un sceptre, et les soldats y pourvoient. Le sceptre répond parfaitement à la couronne : car c'est un roseau qu'ils lui mettent dans la main. Or, selon la belle observation de saint Augustin, pouvaient-ils mieux représenter la nature de son pouvoir, qui n'a point éclaté par la force ni par la violence, mais par la faiblesse même et par l'infirmité?

SUR LE œURONNEMENT DE JESUS-CHRIST.

Les rois de la terre ont besoin de troupes , de légions, de corps d'armées, pour dompter leurs ennemis , et pour maintenir leurs sujets dans le devoir et Tobéissance ; ils portent le sceptre , et ce sceptre, disait un ancien, est comme une main empruntée ' , pour signiGer que si d'eux-mêmes ils n'ont pas le bras assez fort, ils ont de quoi raffermir et le roidir quand ils voudront retendre sur la tête des rebelles. Mais au roi que nous adorons , il ne faut, de la part des hommes, ni appui, ni secours. A le considérer selon le monde , on dirait qu'il n*est rien de plus faible, et qu'il n'a ni puissance , ni vertu; c'est un roi pauvre, un roi humble et petit , un roi sans éclat, Bans pompe, sans munitions, sans armes; mais comme il est le bras de Dieu , rien de tout cela ne

de Dieu, qui, selon le témoignage du grand apA* tre, a toujours pris ce qu'il y avait de plus infirma et de plus petit dans le monde pour abattre les forts ; ce qu'rl y avait de plus vil et de plus bas, pour humilier les grandeurs; ce qu'il y avait de plus méprisable ou ce qui le paraissait , en un mot, ce qui n'était rien, pour confondre tout le faste humain et pour anéantir toute puissance mortelle : Infirma viundi elegil Deus, ut con/undatfortia; et ignobi" lia mundi et contemptibilia elegit Deus, et ea qum non sunt, ut ea quas sunt destrueret. (1. Cor,, 1.) Ce n'est pas non plus sans mystère qu'on le couvre enfin d'un manteau de pourpre; il n'est pas difficile d'en apercevoir d'abord toute la convenance : car était-il une couleur plus sortable à un roi qui

lui est nécessaire; et sans emprunter sa force d'ail- . 'devait former son royaume sur la terre, et qui de-

leurs, il la trouve dans lui-même : de sorte qu'avec les moyens les plus impuissants, il peut tout et il vient à bout de tout. Pour opérer les plus grands miracles, un roseau lui a suffi : avec ce roseau, qui fut, selon la remarque de saint Athanase, le symbole delà croix, il a subjugué plus de nations que les plu s fameux conquérants; avec ce roseau , il a confondu les démons et mis toutes les puissances infernales en déroute ; avec ce roseau , il a établi son royaume qui est son Église , il l'a élevée sur les ruines de l'infidélité, et répandue jusqu'aux extrémités du monde ; avec ce roseau , il a brisé l'orgueil des potentats qui s'opposaient à sa sainte loi, il a dissipé tous leurs projets , renversé toutes leurs entreprises, et les a réduits eux-mêmes sous son empire. O prodige le plus merveilleux! ô faiblesse toute-puissante!

Sur quoi saint Bernard entrait dans un sentiment bien affectueux et bien touchant : Ah! Seigneur, s'écriait-il, en s'adressant à Jésus-Christ même, puisque les choses les plus faibles acquièrent dans votre main tant de pouvoir et tant de force , et qu'un roseau y a été comme uii sceptre et une verge de fer, pour régir les peuples, prenez mon cœur; ce n'est qu'un roseau fragile, qu'un roseau creux et vide de tout bien, vide de chanté, vide de dévotion et de piété , vide de bonnes œuvres et de mérites; qu'un roseau flexible et mobile , que son extrême légèreté fait tourner à tout vent , et que la moindre impression est capable d'ébranler : mais du moment qu'il sera entre vos mains, vous le remplirez de votre grâce et de la force de votre divm Esprit; vous en ferez un cœur généreux, un cœur ferme, un cœur ardent et fervent , un cœur prêt à surmonter toutes les difficultés, et à vaincre, par une persévérance infatigable, tous les obstacles. Ainsi parlait ce Père; et ne nous persuadons pas, au reste , que ce roseau donné à Jésus-Christ, en forme de sceptre , fût de l'invention des soldats; il fut du choix même du Fils

• A/anus a liera rcgum.

vait l'amplifier par l'effusion de son sang? Ah! il devait être le prince et le roi des martyrs; il devait leur donner le signal de ces guerres sanglantes où leurs corps seraient livrés à tous les tourments, où ils seraient brisés , déchirés , immolés comme des victimes ; et quel autre signal eût été plus propre à leur annoncer de tels combats et à les animer, que la pourpre dont il est revêtu? La pourpre fut toujours employée à l'investiture des rois ; mais jamais roi eut-il droit , comme le Sauveur, de la porter, puisque jamais roi ne fut consacré comme lui, ni ne reçut l'onction royale dans son sang? Ce roi de nos cœurs , belles paroles de saint Ambroise, ce roi de nos cœurs se montre à nous sous la pourpre et sous l'écarlate , pour nous désigner les victoires et les triomphes du martyre : Designans martyrum palmas, et reg'm poiestatis insignia (Ambr.); Il veut nous faire entendre de quel sang son Église serait un jour toute empourprée ; il veut nous faire connaître sur quoi son royaume sera fondé , à quel prix il le doit acheter, et que c'est par le sacrifice de sa vie et par toutes les douleurs de sa passion qu'il le doit conquérir : Quod caro ejus fusumpro toto terrarum orbe sanguinem esset susceptura pro nobis , et passio regnum parilura de nobis, (Id. )

La pourpre des Césars s'était teinte de sang , dît saint Jérôme; mais du sang des hommes, qu'ils avaient versé et souvent avec autant d'injustice que de fureur; si elle éclatait, c'était du feu brûlant de leur ambition; et si elle rougissait, c'était bien moins de sa propre couleur que de leurs vices. Leur pourpre les faisait donc redouter, poursuit ce saint docteur ; mais la pourpre de Jésus-Christ nous le fait également respecter et aimer : car qui ne Taimerait pas , voyant dans cette pourpre , avec les marques de sa royauté , les plus sensibles témoignages de sa charité?

Il n'y a dans tout cet appareil qu'une circonstance qui ne semble pas pouvoir s'accorder avec la ma-

SUR LE COURONNEMENT DE JÉSUS-CHBIST

jesté souveraine : oe sont les injures qu'il reçoit , les blasphèmes que profèrent contre lui les soldats , les reproches, les malédictions, les coups dont ils Faccablent. Quels hommages en effet pour un roi I Je me trompe, chrétiens, et saint Cyrille de Jérusalem corrige sur ce point mon erreur : c'est dans la douzième de ses catachrèses. Il prétend, et ayec raison, que ces hommages, quelque indignes qu'ils paraissent, n'ont rien eu que de très-conforme à la mission du Sauveur et à sa qualité de roi. Si son royaume, dit-U, eût été comme les autres, un royaume temporel, il faut avouer qu'il n'y eût eu entre sa royauté et de pareils traitements nulle proportion : mais souvenons-nous , mes frères , ajoute ce saint évéque, et n'oublionsjamais,quele royaume de notre Mattre ne consiste pas dans les honneurs mondains; ou plutôt, souvenons-nous que ce royaume de Jésus-Christ consiste expressément dans le mépris de tous les honneurs du monde, que c'en est là une des lois fondamentales, que c'en est une des maximes les plus essentielles. Or, un roi qui venait ériger en maxime et en loi le mépris des honneurs , pouvait-il être mieux reconnu que par les affronts et les opprobres ? Voilà donc encore une fois la royauté du Fils de Dieu déclarée, publiée, manifestée dans toute la manière qu'elle devait l'être; et malgré la malignité des Juifs , voilà les vues du ciel suivies avec toute l'exactitude possible, et ses ordres pleinement accomplis.

De là même, chrétiens, devons-nous conclure ce que nous sommes, à qui nous sommes, pourquoi nous y sommes , et ce que nous devons enfin devenir, selon le caractère que nous portons , selon les sacrés rapports que nous avons , en qualité de chrétiené, avec Jésus-Christ. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à cette importante morale; c'est tout le fruit de cette seconde partie. Nous sommes les sujets d'un roi couronné d'épines; nous appartenons à un roi de souffrances , à un roi d'abjection et d'humiliation; nous ne sommes à lui que pour vivre comme lui, que pour être animés du même esprit que lui, que pour nous rendre ses imitateurs, comme nous nous déclarons ses disciples et ses sectateurs. Vérités universellement reconnues dans le christianisme , mais bien peu suivies dans la pratique, et même, si j'ose le dire, généralement abandonnées et démenties.

Car de ces principes, que s'ensuit-il? Ah! mes frères , que n'en avons-nous mieux compris jusqirà présent les conséquences , ou du moins que ne ce • mençons-nous à les bien comprendre, et à y coni^ imer désormais tous nos sentiments et toute nr ^ra conduite ! Prenez garde : nous sommes les sujets d'un roi couronné d'épines ; nous ne devons donc plus tant rechercher les douceurs et les délices de la

couronne, et vouloir se couronner de roses, n'estce pas une contradiction ? Tel est néanmoins le désordre le plus oommun : et quel autre langage est plus ordinaire dans le monde , je dis dans le monde, même prétendu chrétien, que celui de ces impies, qui se disent les uns aux autres chez le Sage : f>nile, etfruamur bonis quœ sunt {Sap, , 2 ) ; Divertissons-nous, et jouissons des biens que nous avons : Caronemus nos rosis (Ibid.); Faisons-nous des couronnes de fleurs, et des fleurs les plus agréables et les plus douces : Ubique relinquamus signa lœ* titiœ (Ibid.); Que la joie nous accompagne en tous lieux, et laissons-en partout des marques : Qufh niam hxc est pars nostra, et hoc est sors ( Ibid. ) ; Car voilà quel doit être notre partage et notre sort, voilà quelle doit être notre vie.

Il est vrai néanmoins que cette vie molle et délicieuse n'est pas la vie de tous les gens du monde, et^ qu'il s'en faut bien même qu'elle ne le soit. Mais si ce n'est pas là leur vie en effet, ce l'est au moins en désir. On y aspire sans cesse à cette vie aisée et commode ; on se la propose comme la fin de ses travaux ; on y fait consister le bonheur et la sagesse; on envie la destinée de ceux qui en goûtent la tranquillité, et l'on se plaint de ne pouvoir trouver dans sa condition cette félicité temporelle : comme si c'était un malheur à des sujets de n'être pas mieux traités que leur roi , et qu'au lieu des épines qu'il a portées et consacrées , il ne dût leur fournir dans son service que des plaisirs.

Nous appartenons à un roi de souffrances : nous ne pouvons donc participer aux avantages et aux prérogatives inestimables de sa royauté , qu'autant que nous participerons à ses douleurs. C'est en cette vue que les saints ont témoigné tant d'ardeur pour les souffrances. Il n'est pas nécessaire que nous les cherchions comme eux , ni que nous les demandions à Dieu : sa providence prend assez soin d'y pourvoir ; et par une miséricorde aussi favorable qu'elle nous semble sévère et rigoureuse , il ne nous laisse point manquer sur la terre de disgnices et d'afflictions : il n'est question pour nous que d'en bien user ; tellement que cette robe de pourpre , dont nous consentirons à être revêtus, nous soit une robe d'honneur et un vêtement de sainteté à quoi il nous reconnaisse. Mais voici l'erreur la plus déplorable , et c'est celle où les disciples eux-mêmes tombèrent. Ils se persuadaient que Jésus-Christ dans la suite serait un roi temporel , et que sous .... vonrne ils n'auraient rien à souffrir : Domine, si

pore hoc restitues régnum Israël? ( j4ct. , 1 . )

Ainsi nous nous imaginons faussement, et nous croyons , parce que nous sommes à Dieu , que nous devons être exempts de toutes peines et à couvert de toutes adversités. Nous nous étonnons de voir

rie. Car servir un roi qui n'a que des épines pour ' des gens de bien afifiigés et sujets aux calamités hu-

is.

SUR JÉSUS-CHRIST PORTANT SA CROIX

maines; et comme oe qui nous touche nous est encore beaucoup plus sensible , il ne faut que le plus léger accident qui nous arrive, pour nous troubler et BOUS déconcerter. D'où vient cela ? c'est que nous ne considérons pas que ce sont là justement les apanages du roi que nous servons, que c'est par là qu'il nous distingue, et qu'il nous fait entrer au nombre de ses élus.

Enfin, nous dépendons d'un roi ignoré du monde, abject et obscur selon le monde, regardé , si je puis m'exprimer de la sorte, comme un roseau dans le monde : comment donc sommes-nous si jaloux d'y paraître et de nous y élever? Je vous laisse, mes ffères, faire vous-mêmes cette monstrueuse opposition, d'un roi volontairement réduit dans le dernier mépris et dans l'humiliation la plus profonde, etd'un vil sujet qui ne pense qu'à s'agrandir, et qu'à tenir au-dessus des autres un rang qui le fasse craindre, qui le fasse honorer, qui lui attire des respects et de la considération parmi les hommes. Car n'est-ce pas là le terme où tendent tous les désirs , toutes les réflexions, tous les projets et toutes les démarches d'une multitude infinie de chrétiens, adorateurs d'un Dieu abaissé, moqué, outragé? C'est à vous, mes chers auditeurs , à le dédommager de tant d'outrages qu'il a reçus de ses ennemis , et qu'il a si souvent reçus de nous-mêmes. Les Juifs n'en ont point voulu pour leur roi ; mais qous l'avons choisi pour le nôtre. Allons lui offrir nos hommages, et des hommages dignes de lui : l'hommage d'une tendre componction, l'hommage d'une sainte mortification , l'hommage d'une sincère humilité de cœur et d'action. Voilà par où il veut être honoré , et par où nous parviendrons à régner un jour avec lui dans la gloire, oue je vous souhaite, etc.

EXHORTATION

sua

JÉSUS-CHRIST PORTANT SA CROIX

Suaceperunt autem Jetum, et eduxeruni, Bt hajulan» 9ibi crucem, exivil in eum qui dicitur CcUvariœ locum. .

Alors ils prirent Jésas, et ils remmenèrent; et Jésas, chargé de sa croix, sorUt pour aUer au lieu appelé Calvaire. Saint Jean, cbap. I9*

Vous voyez, chrétiens, quel doit être aujourd'hui le sujet de notre entretien : Jésus-Christ sortant du prétoire de Pilate , et marchant vers le Calvaire , chargé de sa croix. Voilà le triste objet que j'ai à vous représenter. Après tant de scènes différentes, et toutes également lugubres, nous approchons enGn (V> la funeste catastrophe d'une tragédie si sanglante. U faut que le sacrifice soit consommé, et que la vic-

time perde la vie. Cest pour cela qu*on le conduit Calvaire , ce Juste , ce Saint des saints , cet Homme- Dieu condamné à la mort, et qu'on lui donne même à porter la croix qui lui est destinée. Contemplonsle dans cette marche , mes chers auditeurs : et suivons-le nous-mêmes pas à pas. Que veux-je dire? mon dessein est de vous apprendre comment nous devons nous-mêmes dans le christianisme porter la croix, et la porter après Jésus-Christ. Car il y a pour nous des croix en ce monde ; il y en a , vous le savez, de toutes les sortes , et nous avons chacun la nôtre. Or, il nous est d'une conséquence infinie de la bien porter, en la portant sur les traces de Jésus-Christ; et c'est de quoi je vais tout ensemble vous faire voir, et la nécessité, et la facilité. Nécessité de porter la croix après Jésus-Christ ; ce sera la première partie : facilité de porter la croix après Jésus-Christ ; ce sera la seconde. Que ces deux points bien compris peuvent produire d'heureux effets, et qu'ils sont capables de nous rendre tant de souffrances où nous sommes tous les jours exposés , et plus salutaires qu'elles ne l'ont été jusqu'à présent, et plus supportables! Appliquez-vous.

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