‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 9 sur 352 · L'OPPOSITION MUTUELLE DES RELIGIEUX ET DES CHRÉTIENS DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'OPPOSITION MUTUELLE DES RELIGIEUX ET DES CHRÉTIENS DU SIÈCLE

Ohsecro vos^ ego vinctm in Domino, ut digne ambuletis vocatione qua vocati estis.

Je vous conjure , moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur, de vous conduire d'une manière qui soit digne de Totre vocaUon. Epitre aux Ephésiens, chap. 4.

C'est ainsi que parlait le grand apôtre, exhortant les nouveaux fidèles qu'il avait formés en Jésus-Christ par l'Évangile; et c'est ainsi que je me sens inspiré de vous parler aujourd'hui , mes chers

auditeurs, dans l'obligation où je me trouve de vous instruire sur le sujet important de cette cérémonie, pour laquelle vous êtes ici assemblés. Saint Paul avait un droit particulier de tenir ce langage aux chrétiens d'Éphèse, parce qu'étant alors dans les fers pour le nom du Sauveur, qu'il leur avait annoncé, il accomplissait lui-même dignement sa vocation à l'apostolat; et il ne pouvait pas les engager plus efficacement a honorer par la sainteté de leur vie leur vocation au christianisme, qu'en alléguant son exemple, qui, supposé la haute estime qu'ils avaient de lui , était pour eux un des motifs les plus convaincants dont ils pussent être touchés. Car c'est pour cela, leur disait-il, mes frères, que je me fais un honneur d'être prisonnier de Jésus-Christ : Egovinctus Christi Jesu {Ephes,, 3) : et quand je me glorifie de cette qualité, ce n'est pas seulement pour moi , que Dieu par sa miséricorde a choisi dans le judaïsme, c'est pour vous qui êtes gentils, c'est pour votre salut qui m'est si cher et si précieux ; c'est afin de vous faire connaître le mérite de cette grâce , par où Dieu vous a appelés des ténèbres de Tinfidélilé à son admirable lumière, en vous communiquant le don de la foi : Hujus rei gratia, ego vinctus Christi Jesu pro vobis gentibus. Permettez-moi , chrétiens , d'appliquer ceci à mon sujet. Une vierge qui se consacre à Dieu par la profession religieuse peut dire, aussi bien que saint Paul qu'elle est dans les chaînes pour le Seigneur. En effet les vœux qui l'engagent à Dieu sont pour elle de véritables liens ; des liens dont elle ne rougit point, et dont elle fait même toute sa gloire; des liens qu'elle porte avec joie, et où elle met toute sa confiance ; des liens éternels qu'elle ne peut plus rompre, et qui la tiennent attachée inséparablement à Jésus-Christ. Elle aurait donc droit de dire aux chrétiens du siècle qui viennent assister à son sacrifice, ce que saint Paul disait aux Éphésiens lObsecro vos, ut digne ambuletis vocatione qua vocati estis : Je vous conjure, moi qui par un choix solennel vais me rendre captive pour Jésus- Christ, de profiter de mon exemple, et de vous comporter d'une manière digne au moins de la vocation chrétienne. Or voilà justement, mes chers auditeurs, ce que vous prêche aujourd'hui , bien mieux que moi, cette généreuse fille qui va pour jamais se dévouer à Dieu ; et c'est ce qui va faire le sujet de ce discours , après que j'aurai demandé les lumières du Saint-Esprit par l'intercession de Marie: Âve, Maria.

Être appelé de Dieu, c'est, dans la pensée de saint Paul, le premier effet de la prédestination divine, et par conséquent le principe de tous les biens , et le fondement du salut de l'homme pra^stinavit , hos et vocavU. {Rom.y 8.

être appelé à un état de sainteté sans le ooi

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SUR L'OPPÔSiTtON MUTUELLE DES RELIGIEUX, irc.

et avoir reçu de Dieu une vocation sans en faire le discernement , c'est la source au contraire de tous les maux dans Tordre de la grâce et du salut. En quelque condition que nous soyons , et quelque genre de vie que nous ayons embrassé, nous avons tous part, comme chrétiens, à cette vocation cé- «este, par où , comme dit saint Paul , Dieu nous a appelés en Jésus-Christ. Mais nous devons reconnaître à notre confusion qu'il y en a plusieurs parmi nous , qui , grossiers et ignorants dans les choses de Dieu, quoique éclairés et intelligents dans celles du monde, ne savent pas, et par un abus encore plus déplorable, paraissent même ne se pas mettre en peine de savoir ce que c'est que cette vocation ; c'est-à-dire, qui n'en comprennent pas les engagements, qui n'en pénètrent pas les conséquences, et qui n'en ont jamais étudié les devoirs. Or c*est à quoi j'entreprends aujourd'hui de remédier. Car dans Tobligation où je me trouve de parler ici à deux sortes d'auditeurs , les uns engagés à vivre dans le monde, les autres consacrés à l'état religieux, mon dessein est de faire connaître aux premiers, que la Providence a choisis pour le monde, l'excellence et la sainteté de la vocation chrétienne, en la mesurant sur la vocation religieuse. Et pour m'acquitter en même temps de ce que je dois à ces chastes épouses du Sauveur, qui poussées de l'esprit de Dieu ont fait un divorce éternel avec le monde, je veux leur faire estimer le mérite et le prix de la vocation religieuse, en la réduisant aux principes de la vocation chrétienne. Voilà les deux fins que je me propose ; et l'illustre vierge qui fait le sujet de cette cérémonie me servira, pour l'un et pour l'autre, de preuve vivante. Car comme elle est déjà plus convaincue des saintes maximes sur lesquelles doit rouler tout ce discours , au lieu de l'exhorter et de l'instruire, je vous instruirai par elle, chrétiens qui m'écoutez, je vous exhorterai parelle;ou, sijenesuis pas assez heureux pour vous persuader, je vous confondrai par elle : ce sera le sujet de la première partie. Et dans la seconde , en vous comparant, ou plutôt en vous opposant à elle, je la consolerai par vous , je lui ferai goûter son bonheur par vous , je l'affermirai dans sa vocation par vous. Voilà tout mon dessein , qui se réduit à deux vérités que je vous prie de bien concevoir; l'une qui regarde les chrétiens du siècle, et l'autre qui touche les religieux : ou plutôt , qui , par l'opposition de ces deux états , doivent Tune et l'autre apprendre également aux religieux et aux chrétiens du siècle à se conduire d'une manière digne de leur vocation : Ut digne ambuletis vocatione qua vojati estis. Car je prétends que rien n'est plus capable de confondre la lâcheté des chrétiens du siècle, que de leur faire considérer la perfection de l'état religieux : c'est ma première proposition. Et j'ajoute que rien n'est plus propre

à consoler les religieux , et à les confirmer dans leur vocation, que de leur faire envisager les malheurs presque inévitables et les obligations des chrétiens du siècle : c'est ma seconde proposition. Que ne dois-je pas espérer de ces deux importantes vérités , si vous me donnez une attention favorable?

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