DE IXIÈME SERMON SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE
Po^tquam impleli sunt dies purgationis ejus secundàm legem Moysi , Inlerunl illum in Jérusalem , ut tlsterent eum Domino.
Le lemos de la puriflcalion de Marie étant accompli selon la loi de Moïse, ils portèrent Vinfont à Jérusalem , pour le présenter au Seigneur. Saint Luc, chap. n.
Sire,
Ce sont les deux mystères que célèbre l'Eglise, et qui partagent, pour ainsi dire, cette auguste solennité, la purification de Marie et la présentation de Jésus-Christ; mystères vénérables, où nous découvrons ce qu'il y a dans notre religion , non-seulement de plus sublime et de plus divin , mais de plus édifiant et de plus touchant. Un Homme-Dieu offert à Dieu , le Saint des saints consacré au Seigneur, le souverain Prêtre de la nouvelle alliance dans un état de victime, le Rédempteur du monde racheté lui-même, une Vierge purifiée et une mère enfin immolant son fils, quels prodiges dans l'ordre de la grâce! Voilà ce que le prophète avoit prédit, ou plutôt voilà ce que le Dieu d'Israël , par la bouche de son prophète , avoit promis aux Juifs, lorsqu'il leurdisoit : J'enverrai devant moi mon ambassadeur (c'étoit Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus-Christ); il me préparera la voie, il vous annoncera ma venue : et aussitôt le Messie que vous attendez, cet Ange du nouveau Testament, et ce Sauveur que vous demandez depuis si longtemps et avec tant d'instance, entrera dans son temple, et y sera présenté comme le prix et le gage de votre rédemption : FA statim remet in templum suum Dominator quern vos quœritis, et angélus Testamenti quem vos vultis '. Il y entre en effet, Chrétiens , il y est aujourd'hui porté, il y est sacrifié; et c'est à nous à profiter de son exemple pour notre instruction et pour la réformation de nos mœurs. Car ce n'est point seulement à la lettre que nous devons nous en tenir, comme les Juifs, mais il faut passer jusqu'à l'es, -rit; ce n'est point inutilement, ni dans une vide spéculation que nous devons considérer ces grands mystères, mais en chrétiens, et avec tous les fruits de sainteté qu'ils peuvent produire dans nos cœurs. Implorons pour cela le secours du ciel par l'intercession de Marie. Ave . Maria.
Ce n'est pas sans sujet, Chrétiens, que le saint pontife Siméon, prenant aujourd'hui le Sauveur entre ses bras , l'appelle la lumière du monde, et l'adore comme le Messie destiné à éclairer toutes les nations de la terre : Lumen ad revelationem gentium*. Car je puis dire qu'une des grâces particulières du mystère de ce jour est de répandre
i Malach., 3. — * Luc, 2.
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la lumière dans nos esprits . et de nous donner deux connoissances qui foi,' l'une et l'autre toute la science des Saints. Je m'explique, et je pn tends que, dans la présentation de Jésus-Christ, nous apprenons tout à la fois et à connoître Dieu, et à nous connoître nousmêmes : deux choses souverainement nécessaires, deux choses dans l'ignorance desquelles le monde avoit toujours vécu, deux choses d'où dépendoit la perfection, le salut et le bonheur des hommes; mais deux choses que l'Homme-Dieu pouvoit seul parfaitement nous enseigner. Que je me connoisse, Seigneur, disoit saint Augustin, et que je vous connoisse; que je vous connoisse pour vous aimer, et que je me connoisse pour me haïr : avec cela je renonce à toute autre con noissance, et, sans rien savoir déplus, je crois tout savoir : Domine , noverim te, noverim nie '. Or il me semble, Chrétiens, que c'est surtout au mystère que nous célébrons qu'étoient attachées ces deux connoissances. Car, pour vous expliquer mon dessein, je vais vous montrer, dans les deux parties de ce discours, que nul autre mystère n'est plus propre à nous faire comprendre tout à la fois et ce que c'est que Dieu, et ce que c'est que l'homme; ce que c'est que Dieu, et ce qui lui est dû ; ce que c'est que l'homme , et ce qu'il se doit à luimême. Cet enfant que Marie offre dans le temple, et dont Siméon fait l'éloge, nous apprend également l'un et l'autre; et s'il est exposé à la vue de tous les peuples. Anle faciem omnium populorum-, ce n'est que pour instruire tous les peuples de ces deux points essentiels, et sur quoi roule toute la religion. Tâchons à les bien concevoir; et, fortifiés des lumières abondantes dont le bienheureux Siméon se trouva comme investi, quand il vit l'auteur et le réparateur de son salut, remplissons-nous de la science de Dieu et de la science de nous-mêmes. Jésus-Christ, dévoué et consacré au Seigneur, nous donnera la science de Dieu : ce sera la première partie. Jésus-Christ, offert et immolé pour nous , nous donnera la science de nous-mêmes; et ce sera la seconde partie. Vous voyez l'importance du sujet, commençons.