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loin d'être défectueuse, marque et suppose en lui la plénitude de toute perfection. Mais autant que la foi nous représente le Saint-Esprit srérile dans lui-même , et par rapport aux deux autres personnes dont il procède, autant nous le fait -elle concevoir agissant, fécond et plein d'efficace et de vertu, hors de lui-même , et dans les sujets à qui il fa>t part de ses dons. Car, selon l'Ecriture , c'est le Saint-Esprit qui est erj nous le principe immédiat et substantiel de toutes les opérations de la grâce : c'est par le Saint-Esprit que nous sommes régénérés dans le baptême, Nisi quis renatus fuerit ex aquâ et Spiritu tancto ' .- c'est par le Saint-Esprit que nous sommes réconciliés dans la pénitence : Accipite Spirilum Sanction ; quorum remiseritis peccata . remittuntur eis H ,• c'est par le Saint-Esprit que nous prions , ou plutôt , c'est lui-même qui prie en nous avec des gémissements ineffables : Ipse entra Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus %• c'est par le Saint-Esprit que la charité s'est répandue dans nos cœurs : et comme, en qualité de Saint-Esprit, il est en lui-même la charité subsistante, par qui le Père et le Fils s'aiment d'un amour mutuel et éternel ; aussi , disent les Pères , est-il , dans le fond de nos âmes, la charité radicale par où nous aimons Dieu , et d'où procèdent tous les saints désirs que nous formons pour Dieu : Chariias Dei diffusa est in cordibus nostrisper Spiritian Sanctum , qui datas est nobit 4. Or si jamais cette propriété de l'Esprit de Dieu nous a été sensiblement révélée , c'est encore dans le glorieux mystère de ce jour, où nous voyons des hommes, j'entends les apôtres, auparavant foibles , lâches , timides , embrasés tout-à-coup , par la vertu de cet Esprit divin, d'un zèle fervent, d'un zèle (ne perdez pas, s'il vous plaît , ceci ) qui les fait parler d'abord et se déclarer, d'un zèle qui les détermine à tout entreprendre, d'un zèle qui les rend capables de tout souffrir pour le nom de Jésus-Christ : trois dispositions que le Saint-Esprit opère en eux par sa présence , et qui montrent bien qu'il est souverainement et par excellence l'esprit de force, ou, pour mieux dire, la force même. Encore un moment d'attention , et je finis.
A peine les apôtres ont-ils reçu le Saint-Esprit, qu'ils commencenf à parler et à se déclarer : Repleli sunt Spiritu Sancto , elcœperunt loqm . voilà le premier effet de leur zèle. Mais pour qui se déclarentils . et pour qui parlent-ils ? Pour Jésus-Christ , dont ils se considèrent désormais comme les ambassadeurs , comme les hérauts , comme ies témoins fidèles. Honteux de n'avoir osé jusque-là lui rendre le témoiqu ils lui dévoient, confus de n'avoir pas eu le courage de prendre sa cause en main , et de soutenir ses intérêts ; indignés contre
» Joan., 3. — î Ibid., 20. — 3 Jiom., 8.-4 Iùid., 5. — î Ac '., 1
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eux-mêmes de l'avoir déshonoré par une désertion et une fuite pleine de foiblesse , et résolus de réparer ce scandale par la ferveur de [eu* confession et aux dépens de leur vie, que font-ils? Animés du nouve esprit qui vient de descendre sur eux et de les fortifier, ils sortent du cénacle, où ils s'étoient tenus cachés; ils paraissent dans les places publiques . ils entrent dans les synagogues , ils se produisent devant les tribunaux; et là , au-dessus de tous les respects humains ils protestent que cet homme crucifié, et mis, par l'injustice de Pilate , au rang des criminels, est le Messie : que ce Jésus de Nazareth est loin du Seigneur, et que Dieu a pris soin de le glorifier par des prodiges qui surpassent toute la vertu de l'homme ; que ce Juste , livré à la mort, est le souverain auteur de la vie , et qu'il l'a bien fait voir en se ressuscitant lui-même ; qu'ils en sont les témoins oculaires et irréprochables, et qu'ils ne peuvent plus résister à la force de l'Esprit saint , qui s'est rendu maître de leur cœur, et qui parle par leur bouche. En vain prétend-on leur imposer silence : Dieu nous commande, répondent-ils, de publier ce que nous avons vu et entendu; or il est juste d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. En vain les veuton faire passer pour des insensés et pour des hommes pris de vin. Si c'est ivresse, reprend saint Pierre, d'accomplir les oracles des prophètes, pensez de nous ce qu'il vous plaira; mais au moins savez-vous ce que Joël a prédit, que Dieu, dans les derniers temps, répandra son esprit sur toute chair? Or c'est ce que nous vérifions actuellement en confessant Jésus - Christ ; et bien loin de rougir de cette ivresse , nous nous en faisons une gloire. Qui s'explique de la sorte , Chrétiens? sont-ce des hommes pleins de zèle? Non, dit saint Chrysostome , c'est le zèle même ; c'est le Saint-Esprit qui se sert de l'organe des hommes, pour faire connoître Jésus-Christ, pour justifier la sainteté de Jésus-Christ , pour établir la foi de la divinité de Jésus-Christ , pour confirmer ses miracles , pour autoriser sa doctrine, pour fonder son Eglise , et la religion qu'il a apportée au monde. Car c'est cet Esprit . disoit le Sauveur, qui me glorifiera par sa venue : Ille me clanficabit \ Ce n'est pas vous , ajoutoit-il à ses disciples , qui parlerez pour moi ; votre témoignage, quoique vrai , n'auroit pa? assez de poids : c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous et pa: VOUS : Non enim vos estis qui loquimini , sed Spirilus Patris veslriqui loquilur in vobis s.
Non-seulement le Saint-Esprit fait parler les apôtres en apôtres mais, par le plus grand miracle qui fut jamais, il leur fait entre prendre et exécuter des choses tellement au-dessus des forces humaines, qu'on est obligé de s'écrier : Digitus Dei est hicz. C'est le
ijoan., 16. — * Maiih., io. — 3 £xod., %.
doigt de Dieu qui agit ici. Ecoutez-moi. Ce sont de pauvres pêcheurs, des hommes sans talent, sans crédit, sans nom, des hommes que l'on regarde comme le rebut du monde , Tanquam purgamenta hajus mundi ', mais qui , possédés de cet Esprit , se proposent de changer et de réformer le monde. Qu'ont-ils pour venir à bout d'un tel dessein? quels trésors possèdent-ils? par quels conseils agissent-ils? de quelles armes usent-ils ? point d'autres armes pour eux que la force de votre Esprit , ô mon Dieu, par qui ils triomphent de tout. Non , Chrétiens, ce n'est ni par l'évidence des mystères qu'ils annoncent, puisque ce sont des mystères incompréhensibles ; ni par la douceur et le relâchement de la morale qu'ils prêchent, puisque c'est une morale qui combat tous les sens ; ni par les artifices et les charmes d'une éloquence étudiée, puisqu'ils n'ont jamais fait d'autre élude que celle de leur profession. Cependant tout se soumet à eux, ou plutôt à la loi qu'ils publient , les savants et les ignorants , les peuples les plus polis et les nations les plus barbares, les princes et les sujets , les grands et les petits. Elle passe par leur ministère , cette loi nouvelle : au-delà des mers; elle pénètre jusque dans les lieux les plus inaccessibles-, elle s'établit dans les provinces , dans les royaumes, dans les empires; et jamais ces fameux conquérants, que l'histoire profane a tant vantés , dont elle a tant exalté les faits héroïques, dont elle a voulu éterniser les noms par de si magnifiques éloges , avec toute leur puissance et tous leurs préparatifs, avec les plus florissantes armées , n'ont pu porter, je ne dis pas plus loin , mais même aussi loin leurs conquêtes. Ce n'est pas que les apôtres n'aient eu bien des persécutions , bien des contradictions à soutenir : mais, par un dernier effet de la force du Saint-Esprit , ils sont à l'épreuve de tout, ils méprisent les tourments et la mort, ils se glorifient dans les fers , ils embrassent leurs croix ; souffrir et mourir pour Jésus-Christ, ce sont leurs plus chères délices. Demeurons-en là , et n'entrons point dans un détail qui seroit infini. Voilà, mes chers auditeurs, les excellentes et divines opérations de l'Esprit de Dieu , non-seulement dans les premiers disciples du Sauveur, mais dans toutes les âmes justes ; et voilà par où nous apprendrons si c'est cet esprit qui nous anime, et s'il nous a communiqué cette force dont les apôtres furent lout-à-coup revêtus.
Car pour réduire tout ceci à quelque chose de pratique , croire qu'on a reçu l'esprit de Dieu , et n'oser se déclarer pour Dieu , et se taire quand il faudroit parler, et demeurer oisif quand il faudroit agir, et craindre de s'exposer ou de se commettre quand il faudroit se sacrifier ; croire qu'on a reçu l'Esprit de Dieu, et ne rien faire pour
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Dieu , et être languissant dans le service de Dieu , et n'avoir nul zèle pour les intérêts de Dieu , et ne rien entreprendre pour la gloire de Dieu ; croire qu'on a reçu l'Esprit de Dieu , et ne se résoudre jamais à rien endurer pour Dieu, et trouver pour Dieu tout dillicile et tout impossible , et ne vouloir pour Dieu ni se mortifier , ni se vaincre , ni se contraindre, ce seroit une erreur grossière. Non , Chrétiens, ne nous aveuglons pas jusques à ce point. Le Saint-Esprit est essentiellement ferveur et amour. Or l'amour, dit saint Grégoire pape, opère de grandes choses partout où il est ; et s'il n'opère rien , ce n'est plus amour : Magna operatur amor ubi est; si magna non operatur , amor non est '. Faisons-nous donc, autant qu'il nous convient , une sainte pratique de tout ce que pratiquèrent les apôtres. Si nous avons reçu le don de Dieu et le Saint - Esprit comme eux , commençons à parler comme eux, à agir comme eux -, et quand la Providence l'ordonnera, soyons prêts à souffrir comme eux. En vrais disciples du Sauveur, pleins de son esprit, confessons hautement son nom, ne rougissons point de son Evangile , rendons - lui dans le monde des témoignages dignes de notre foi; expliquons-nous dans les occasions ; n'ayons point , quand il est question de la cause de Dieu , de lâches complaisances pour les hommes ; ne donnons point cet avantage à l'impiété, qu'elle nous rende timides et muets ; mais confondons-la par une sainte, quoique modeste , liberté. On dira que nous sommes imprudents; on a bien tenu des apôtres d'autres discours et plus injurieux, sans que leur zèle en ait été refroidi. Ne nous contentons pas de parler; travaillons pour Dieu avec courage; intéressons-nous dans tout ce qui regarde son culte, sa religion, sa loi, son Eglise. Dans l'étendue de notre pouvoir, à proportion de nos talents , formons pour lui des desseins et des entreprises. Ne nous rebutons point des obstacles qu'il y aura à surmonter : l'Esprit de Dieu nous donnera des forces , et il nous fera vaincre le monde. Nous aurons des contradictions à essuyer, il faudra livrer des combats, peutêtre nous en coùtera-t-il des persécutions : eh bbn ! nous nous ferons de tout cela , comme les apôtres , une consolation et un mérite. A quoi connoîtra-t-on que nous avons reçu le Saint-Esprit , si ce n'est par notre constance à soutenir ces sortes d'épreuves?
Adhuc loquente Pelro , cecidit Spiritus Sanctus super omnes qui audiebant verbum 2 : Comme Pierre parloit encore, rapporte saint Luc le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutoient sa parole. Qui ne puis-je , mes chers auditeurs , obtenir pour vous et pour moi le même miracle! Faites, Seigneur, que ce que je dis ne soit pas un simple souhait; donnez bénédiction à ma parole, ou plutôt à la vôtre;
» Greg— * AcU, 10.