‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 76 sur 124 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Je l'ai dit d'abord , Chrétiens , et je dois ici le redire : c'est le propre de Dieu de se servir d'instruments foibles , et souvent même des plus foibles , pour les plus grands ouvrages de sa puissance ; et quand Cassiodore veut faire l'éloge de cette vertu souveraine et sans bornes que nous reconnoissons en Dieu , et qui est un de ses premiers attributs , il ne croit pas en pouvoir donner une plus haute idée , que de s'écrier, en s'adressant à Jésus-Christ : 0 Seigneur! qui peut douter que vous ne soyez un Dieu, et un Dieu tout-puissant, puisque dans votre sainte humanité , et ensuite dans la personne de vos serviteurs, vous avez rendu les foiblesses et les misères mêmes toutes puissantes? 0 vere Omnipotens , qui ipsas mistrias fecisti potenles ] / Aussi

DE SAINTE GENEVIEVE. Vlô

est-ce pour cela que Dieu tant de fois à fait des coups extraordinaires , a opéré des miracles , a triomphé de ses ennemis, non par sa main , mais par la main d'une femme. Est-il question de dompter l'orgueil d'un Holoferne ; il suscite une Judith. Faut-il défaire des armées nombreuses, et les mettre en fuite; il y emploie une Débora. Veut -il sauver tout son peuple, dont on a conjuré la ruine; il ne lui faut qu'une Esther. Mais voici, Chrétiens, quelque chose de plus surprenant, et qui marque mieux la force de notre Dieu ; car, après tout, ces femmes dont nous parle l'Ecriture , et dont les faits héroïques ont été si hautement loués par le Saint-Esprit, c'étoient des femmes distinguées , des princesses même et des reines , des sujets recommandablés selon le monde : Judith possédoit de grands biens, Débora jugeoit le peuple avec une autorité suprême, Esther se trouvoit assise sur le trône. Or, dans ces conditions éminentes, une femme, toute foible qu'elle est , ne laisse pas, sans miracle , de pouvoir beaucoup, et d'être capable d'entreprendre des choses importantes. Mais qu'une bergère, telle qu'étoit Geneviève , pauvre, dénuée de tout, sans nom, sans crédit , sans appui , demeurant dans son état vil et méprisable , remplisse le monde du bruit de ses merveilles , exerce un empire absolu sur les corps et sur les esprits , dispose , pour ainsi dire , à son gré des puissances du ciel , commande aux puissances de la terre , fasse trembler les puissances de l'enfer, devienne la protectrice des villes et des royaumes , ah ! Chrétiens , c'est un des mystères que saint Paul a voulu nous faire connoître, lorsqu'il a dit -.Infirma mundi ehgit Deus , ut confundat fortia. Et jamais cette parole de l'Apôtre s'est-elle accomplie si visiblement et si authentiquement que dans la personne de cette bienheureuse fille dont nous honorons aujourd'hui la mémoire?

Car qu'est-ce que la vie de Geneviève, sinon une suite de prodiges et d'opérations surnaturelles , que l'infidélité même est obligée de reconnoître? Ya-t-il maladie si opiniâtre et si incurable qui n'ait cédé à l'efficacité de sa prière? et ce don des guérisons , que le maître des Gentils assure avoir été une des grâces communes et ordinaires dans la primitive Eglise, quand et en qui a-t-il paru avec plus d'éclat? je ne parle pas de ces guérisons secrètes , particulières , faites à la vue d'un petit nombre de témoins, et contre lesquelles un esprit incrédule croit toujours avoir droit de s'inscrire en faux 5 mais je parle de ces guérisons publiques, connues , avérées, et que les ennemis mêmes de la foi n'ont pu contester. Ce miracle des ardents , dont l'Eglise de Paris conserve des monuments si certains ; cent autres aussi incontestables que celui-là , qu'il me seroit aisé de produire, mais dont je n'ai garde de remplir un discours qui doit servir à votre

édification, ne nous marquent-Us pas de la manière la plus sensible quel pouvoir Geneviève avoit reçu de Dieu pour tous ces effets de grâces et de bonté qui sont au-dessus de la nature? Si son corps après sa mort n'a pas prophétisé comme celui d'EIie , ne semble-t-il pas qu'il ait encore fait plus ? n'en est-il pas sorti mille fois une vertu semblable à celle qui sortoit de Jésus -Christ même, ainsi que nous l'apprend l'Evangile? n'est-il pas jusque dans le tombeau une source de vie pour tous ceux qui ont recours à cette précieuse relique ; et les esprits les moins disposés à en convenir, convaincus par leur propre expérience, ne lui ont-ils pas rendu des hommages? témoin cette action de grâces , en forme d'éloge , qu'Erasme composa , et où il déclara si hautement que notre sainte étoit après Dieu sa libératrice, et qu'il ne vivoit que par le bienfait de son intercession.

Il n'y a que pour elle-même, Chrétiens, que Geneviève n'usa jamais de ce don des miracles , qui fut un de ses plus beaux privilèges, ayant passé toute sa vie dans des infirmités continuelles, et voulant en cela se conformer au Sauveur des hommes, à qui l'on reprochoit d'avoir sauvé les autres et de ne s'être pas sauvé lui-même. Mais la patience invincible qu'elle fit paroître dans tous les maux dont elle fut accablée , la joie dont elle se sentoit comblée en souffrant , cette vigueur de l'esprit qui , dans un corps infirme , la mettoit en état de tout entreprendre et de tout exécuter, n'étoit-ce pas à l'égard d'elle-même un plus grand miracle que tout ce qu'elle opéroit de plus merveilleux en faveur des autres? Et cette vertu de Dieu dont elle étoit revêtue, ne trouvoit-elle pas de quoi éclater, ou , selon le terme de saint Paul, de quoi se perfectionner davantage dans une santé languissante, que dans un corps robuste? A'am virfus in infirmitate perficifur \

A ce don de guérir les corps, ajoutez un autre don mille fois plus excellent, c'est celui de guérir les âmes. Ainsi l'avoit prédit le grand évèque d'Auxerre , saint Germain , en disant de Geneviève qu'elle seroit un jour la cause du salut de plusieurs ; prédiction vérifiée par l'événement. Combien de pécheurs a-t-elle retirés de leurs voies corrompues , et remis dans les voies de Dieu ? Combien de païens et d'idolâtres a-t-elle éclairés dans un temps où les ténèbres de l'infidélité étoient répandues sur la terre; et quels fruits ne produisit point son zèle dans ce royaume maintenant très-chrétien, mais où l'erreur dominoit alors , et étoit placé jusque sur le trône? Qui sait combien d'affligés elle consoloit, combien de misérables elle soutenoit, combien d'ignorants elle instruisoit dans ces saintes et fréquentes visites, où tour à tour elle parcouroit les prisons , les hôpitaux , les cabanes des pauvres, faisant partout sentir les salutaires effets de sa charité? Et,

i 2 Cor., 12.

sans m'engager dans un détail infini , qui peut dire combien de cœurs , depuis tant de siècles , ont été touchés, pénétrés, gagnes à Dieu , et \e sont tous les jours , par la puissante vertu de ses cendres que nous avons conservées , et que nous conserverons comme un des plus riehes dépôts ? Vous le savez , Seigneur, vous en avez été témoin , et vous l'êtes sans cesse; vous savez, dis- je, de quelle onction on est rempli à la vue de ce tombeau, dont vous avez fait notre espérance et notre asile ; vous savez quelles lumières on y reçoit, et quels sentiments on en remporte. Daignez, ô mon Dieu, ne tarir jamais cette source féconde de toutes les bénédictions célestes.

Voilà donc , Chrétiens , le miracle que nous ne pouvons assez admirer, et que je vous ai d'abord proposé : Geneviève, assez forte dans sa foiblesse pour fléchir les puissances mêmes du ciel, pour humilier les plus fières puissances de la terre, pour confondre toutes les puissances de l'enfer. Prenez garde : je dis, pour fléchir les puissances mêmes du ciel, apaisant , en faveur des hommes, la colère de Dieu , détournant ses fléaux, et l'engageant à suspendre ses foudres prêtes à tomber sur nos têtes; nous obtenant, après tant de désordres, un pardon que nous n'eussions pas osé demander par nous-mêmes , et dont l'énormité de nos crimes nous rendoit indignes ; nous ouvrant tous les trésors de la divine miséricorde , et la forçant , en quelque sorte, à nous combler de ses richesses. Je dis , pour humilier les plus fières puissances de la terre : le fameux et barbare Attila en fut un exemple mémorable. Ce prince, accoutumé au sang et au carnage, marchoit à la tête de la plus nombreuse armée ; déjà l'Allemagne avoit éprouvé les tristes effets de sa fureur ; déjà notre France étoit inondée de ce torrent impétueux, qui répandoit partout devant soi la terreur, et portoit le ravage et la désolation. Que lui opposer, et par où conjurer cette affreuse tempête dont tant de provinces étoient menacées? Sera-ce par les supplications et les remontrances des plus grands hommes , qui, tour à tour, font sans cesse de nouvelles tentatives auprès de ce redoutable conquérant pour le gagner ? Mais, enflé de ses succès, il n'en devient que plus audatieux et plus intraitable. Sera-ce par les menaces et par les promesses ? Mais ses forces , jusquelà invincibles, le mettent en état de ne rien craindre; et les plus belles promesses ne répondent point encore à son attente, et ne peuvent contenter son insatiable ambition. Sera-ce par la multitude et la valeur des combattants? Mais tout plie en sa présence, et sur son passage il ne trouve nul obstacle qui l'arrête. Ah .'Chrétiens, l'heure néanmoins approche où ce cruel tyran doit être abattu , et toutes ses forces détruites; ce tison fumant, pour user de cette expression d'Isaïe, sera éteint : et comment? C'est assez pour cela de quelques larmes

qui couleront des yeux de Geneviève , et qu'elle versera au pied de l'autel. Oui, ces larmes suffisent : l'ennemi se trouble, une subite frayeur le saisit, cette formidable armée est en déroute , et l'orage, comme une fumée, se dissipe. Enfin, je dis, pour confondre toutes les puissances de l'enfer : avec quel empire a-t-elle commandé aux démons mêmes, avec quel respect ces esprits de ténèbres ont -ils écouté sa voix, et lui ont-ils obéi? avec quelle honte ont-ils vu leur domination renversée, et sont-ils sortis des corps , au premier ordre qu'ils en ont reçu? C'est de quoi nous avons les preuves certaines , et ce qui me fait reprendre avec le Docteur des nations : Infirma mundi eleyit Deus, ut confundat for lia.

C'est pour cela même aussi , mes chers auditeurs , vous le savez , que la sage piété de nos pères n'a pas cru pouvoir mieux défendre et conserver cette ville capitale où nous vivons , qu'en la confiant aux soins et la mettant sous la protection de la toute-puissante et glorieuse Geneviève : ceci vous regarde , et demande une réflexion particulière. Dès le temps que la monarchie françoise prit naissance , Dieu lui désigna cette protectrice. Paris devint dans la suite des siècles une des plus nobles et des plus superbes villes du monde ; et -s'il s'est maintenu jusqu'à présent dans cette splendeur ; si , malgré les vicissitudes continuelles des choses humaines, il a subsisté et subsiste encore , si mille fois il n'a pas péri ou par le feu , ou par le fer, ou par la famine , ou par la contagion , ou par la sécheresse , ou par l'inondation des eaux , ignorez-vous que c'est à sa bienheureuse patronne qu'il en est redevable ? Après les secours qu'il en a reçus dans les plus pressantes nécessités, après qu'elle l'a si souvent préservé et des fureurs de la guerre, et de l'ardeur des flammes, et des injures de l'air, et de la stérilité des campagnes , et du débordement des fleuves , les païens auroient érigé Geneviève en divinité : mais vous , mes Frères , mieux instruits , vous vous contentez , et devez en effcl vous contenter de la reconnoître pour votre bienfaitrice , de l'honorer et de l'invoquer comme votre avocate auprès du seul Dieu que vous adorez. Protection visible dont nous avons eu et dont nous avons tous les jours les plus éclatants témoignages ; protection invisible, et non moins efficace en mille rencontres sur la personne de nos rois , et sur tout le corps de l'état ; protection, (le dirai-je , mes chers auditeurs, mais n'est -il pas vrai?) protection d'autant plus nécessaire , que l'iniquité du siècle est plus abondante , et doit plus irriter le ciel contre nous.

Car qu'est-ce que cette ville si nombreuse , et quel spectacle présenterois-je à vos yeux , si je vous en faisois voir toutes les abominations? Qu'est-ce, dis-je. aue Paris? un monstrueux assemblage de

tous les vices , qui croissent , qui se multiplient , qui infectent et les petits et les grands , et les pauvres et les riches -, qui profanent même ce qu'il y a de plus sacré , et qui s'établissent jusque dans la maison de Dieu. Ne tirons point ie voile qui couvre en partie ces horreurs ; nous n'en connoissons déjà que trop : or que seroit-ce donc, si nous n'avions pas une médiatrice pour prendre nos intérêts auprès de Dieu, et pour arrêter ses coups? Mais après tout, mes Frères, Dieu ne se lassera-t-il point? la mesure de nos crimes ne se remplira-t-elle point , et ne pourra-t-il pas arriver que ce secours de Geneviève cesse enfin pour nous? Quand les Israélites eurent oublié le Seigneur, jusques à faire des sacrifices à un veau d'or, pendant que Moïse étoit sur la montagne et prioit pour eux, l'Ecriture nous apprend que Dieu en fit un reproche à ce législateur. Va, Moïse, lui dit-il, descend de la montagne, et tu verras le désordre de ton peuple; car c'est ton peuple, et non plus le mien : Fade, descende, peccavit populus tuus l. Ce n'est plus mon peuple , puisqu'il a choisi un autre Dieu que moi , et que, dans l'état de corruption où il est réduit, je ne le connois plus; mais c'est encore le tien, puisque, tout corrompu qu'il est, tu viens intercéder et me solliciter pour lui. Va donc, et tu seras toimême témoin de ses dérèglements et de ses excès. Tu te promettois quelque chose de sa piété et de sa religion ; mais tu connoîtras en quelle idolâtrie il est tombé depuis qu'il t'a perdu de vue : après s'être abandonné à l'intempérance , aux jeux , aux festins , à la bonne chère, après s'être plongé dans les débauches les plus impures et les plus abominables, tu verras avec quelle insolence il s'est fait une idole qu'il adore comme le Dieu d'Israël , protestant qu'il n'y a point d'autre divinité que celle-là qui l'ait pu tirer de la servitude ; voilà où en est ce peuple qui t'est si cher : Vade, descende , peccavit populus tuus Mais laisse-moi, Moïse, ajoute le Seigneur; car je vois bien que c'est un peuple indocile et endurci dans son péché , Cerno quod populus iste durœ eervicis sit*; ne me parle donc plus en sa faveur, ne t'oppose plus au dessein que j'ai de l'exterminer et de le perdre; tes prières me font violence : donne-moi trêve pour quelques moments, afin que ma colère éclate : Dimitte me, ut irascatur furor meus 3. Je sais, Chrétiens , ce que fit Moïse ; qu'il ne désista pas pour cela de demander grâce? qu'il conjura Dieu de retenir encore son bras , lui remontrant qu'il y alloit de sa gloire, l'intéressant par la considération d'Abraham , d'Isaac et de Jacob; consentant plutôt à être effacé lui-même du livre de vie, que de voir périr ce peuple, et , par des instances si fortes, faisant enfin changer l'arrêt que la justice divine avoit prononcé : mais vous savez que ce ne fut pas sans des suites bien fu-

i Exod., 32. — * laid. — 3 IbU.

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nestes et bien terribles, puisque, outre les vingt-trois mille hommes que Moïse , pour punir ce scandale, fit passer par le lil de l'épée , de tous les autres qui se trouvèrent coupables, il n'y en eut pas un qui entra dans la terre de Chanaan.

Faut-il, mes chers auditeurs, que je vous explique cette figure, ou, pour mieux dire, cette vérité qui ne vous convient que trop? n'en faites-vous pas vous-mêmes l'application , et n'en découvrezvous pas déjà tout le mystère? Tandis que Geneviève vivoit sur la terre , et qu'elle animoit le peuple par sa présence et par son exemple, Paris étoit dans la ferveur, et l'on admiroit l'innocence et la sainteté de ce petit nombre de chrétiens qui l'habitoient. Maintenant que la mort nous a ravi ce grand modèle, et que Geneviève est sur la montagne , où elle représente à Dieu nos besoins , nous nous licencions , nous nous faisons des idoles à qui nous présentons notre encens , des idoles d'or, des idoles de chair, et, comme les Israélites, nous nous disons les uns aux autres : Voilà les dieux que nous devons servir : Hi sunt dii tui \ Or, sur cela , mes chers auditeurs, le Seigneur, si indignement traité, et si justement courroucé contre nous, n'a-t-il pas le droit de dire à la sainte patronne dont vous implorez auprès de lui l'assistance, ce qu'il disoit à Moïse : Fade, descende, peccavit populus luus : Allez, et voyez quel est ce peuple pour qui vous employez avec tant de zèle votre crédit. Que ce soit votre peuple, j'y consens-, mais ce n'est plus le mien , car c'est un peuple idolâtre : idolâtre du monde , qu'il adore comme son Dieu ; idolâtre des faux biens du monde , dont il ne cherche qu'à se remplir par tous les moyens que lui suggère son insatiable convoitise; idolâtre des grandeurs du monde, où ses ambitieux désirs le font sans cesse aspirer ; idolâtre des plaisirs du monde et des plus infâmes voluptés , où il demeure honteusement plongé. Pourquoi donc vous tenez-vous entre lui et moi ? pourquoi entreprenez-vous de toucher ma miséricorde , et que ne laissez- vous agir ma justice ? Dimitte me, ut irascatur furor meus. Qui doute , encore une fois , Chrétiens , que Dieu ne parle, ou ne puisse parler de la sorte à Geneviève, et qui sait si Geneviève elle-même, indignée que nous secondions si mal ses soins, ne se retirera pas? si peut-être elle ne se tournera pas contre nous? caries Saints n'ont pas moins de zèle pour la gloire de Dieu , que pour notre salut : qui sait, dis-je, je le répète, qui sait si Geneviève, de sa part, ne répondra point à Dieu : Seigneur , vous êtes juste, et tous vos jugements sont équitables ; j'ai veillé sur ce peuple que vous aviez confié à ma garde; je vous ai mille fois offert pour lui mes vœux, et vous les avez écoutés; mais c'est toujours un peuple infi-

i Exvd., 32.

Jèle , un peuple endurci ; j*en ai pris soin , et rien ne le louche , rien ne le guérit : je le remets entre vos mains , et je le livre à vos vengeances ?

A Dieu ne plaise , mes chers auditeurs , que nous attirions sur nous une telle malédiction ! Il y a, j'en conviens , une providence de Dieu toute spéciale sur cette ville; mais aussi cette providence de faveur a ses bornes , qu'elle ne passe point , et hors desquelles elle ne nous suivra point. Geneviève, il est vrai, fait des miracles, mais ces miracles ne doivent point servir à fomenter vos désordres, et à vous autoriser dans votre impénitence. Dès que vous en profiterez pour vous convertir, tout ira bien, et jamais ils ne cesseront ; mais quand vous en abuserez pour pécher avec plus d'impunité, avec plus d'obstination et plus d'audace , ce seroient alors des miracles contre Dieu même ; et qui peut croire que Dieu voulût communiquer a ses Saints sa toute-puissance, ou qu'ils voulussent la recevoir, pour en user contre ses propres intérêts? Que faut-il donc faire? Imiter la foi de sainte Geneviève, la ranimer dans nos cœurs, la réveiller, cette foi divine : avec cela, si nous ne faisons pas les mêmes miracles que Geneviève a faits, nous en ferons d'autres, c'est-à-dire nous nous convertirons, et nous rentrerons en grâce avec Dieu; nous guérirons les maladies, non pas celles de nus corps, mais celles de nos âmes, dont les suites sont encore bien plus dangereuses et plus funestes pour nous; nous confondrons l'enfer, et nous le surmonterons , en nous dégageant de ses pièges et de la honteuse captivité où il nous tient asservis; nous chasserons de notre cœur les démons qui nous possèdent, le démon de l'avarice, le démon de l'ambition , le démon de l'impureté ; nous triompherons du monde et de tous ses charmes : car voilà les miracles que Dieu exige de nous, et pour lesquels Jésus- Christ nous a promis sa grâce : Signa aulem eos qui credider int , hœc sequentur : in nomine meo dœmonia ejicient; super œgros manus imponent, et benê habebunl '. Aux premiers temps de l'Eglise, tout cela s'accomplissoit à la lettre , dans l'ordre de la nature : maintenant que l'Eglise n'a plus besoin de ces témoignages sensibles, tout cela peut s'accomplir en esprit, et dès aujourd'hui s'accomplira, si nous le voulons, dans l'ordre surnaturel. Sans ces miracles, ne comptons point sur la protection de Geneviève : car elle n'est point la protectrice de nos vanités et de notre luxe , de notre mollesse et de nos sensualités, de notre amour-propre et de nos passions.

Ah ! grande Sainte , reprenez en ce jour tout votre zèle pour notre sanctification et notre salut; et dès ce même jour nous reprendrons les voies de notre Dieu , et nous embrasserons une vie toute nouvelle.

i Marc, 16

Comme prédicateur do l'Evangile, je ne viens point ici vous demander, pour mes auditeurs, des prospérités temporelles; c'est ce qui les a perdus eu mille rencontres, et ce qui achèveroit de les perdre : je ne vous prie point de détourner de nous les fléaux salutaires qui peuvent nous rappeler de nos égarements et nous convertir; l'effet de oetlo prière nous seroit trop préjudiciable et trop funeste. Mais ce que je vous demande, et ce que doit vous demander tout chrétien éclairé des lumières de la foi , ce sont les grâces de Dieu , ces grâces purement spirituelles , ces grâces fortes et victorieuses , ces grâces propres à nous toucher, à nous avancer, à nous perfectionner. Si les afflictions et les adversités hnmaines nous sont pour cela nécessaires , j'ose , en mon nom et au nom de toutes les âmes vraiment fidèles , vous supplier de nous les obtenir. Agissez contre nous, afin de mieux agir pour nous. Vous connoissez dans Dieu nos véritables intérêts , et nos intérêts sont bien mieux entre vos mains que dans les nôtres. Cependant , Chrétiens , il nous reste à voir comment enfin la bassesse de Geneviève, pour user toujours de cette expression, a été plus honorée que toute la grandeur du monde : c'est le sujet de la troisième partie.

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