‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 91 sur 124 · SUR L'OBÉISSANCE A L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SUR L'OBÉISSANCE A L'ÉGLISE

Et ego dico libi , quia tu es Petrus , et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam, et portée inferl non prœvalebunl adversus eam.

Et moi je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Saint Matthieu, chap. x\i.

Ce sont, en peu de paroles, deux grands éloges tout à la fois prononcés par la bouche de Jésus-Christ , l'un en faveur de saint Pierre, le prince des apôtres, dont nous célébrons aujourd'hui la fête, et l'autre en faveur de l'Eglise. Saint Pierre est le fondement sur qui l'Eglise a été bâtie , et sur qui elle subsiste : voilà l'abrégé de toutes ses grandeurs. L'Eglise est un édifice spirituel, dont la solidité et la fermeté sont à l'épreuve de tous les efforts de l'enfer : voilà tout ce qui se peut dire de plus avantageux et de plus glorieux pour elle. Jésus - Christ ne sépare point ces deux choses , parce que ces deux choses sont renfermées l'une dans l'autre. La gloire de saint Pierre vient de ce que l'Eglise est fondée sur lui , et la force de l'Eglise vient de ce qu'elle est fondée sur saint Pierre; c'est l'Eglise qui honore saint Pierre ; et c'est saint Pierre qui soutient l'Eglise : car encore une fois, Chrétiens , voilà proprement le mystère de ces paroles du Fils de Dieu, que j'ai prises pour mon texte : Tu es Petrus, et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam. Ce seroit trop entreprendre, que d'embrasser ces deux sujets dans un seul discours; ainsi je me borne à vous parler de l'Eglise, et en particulier de l'obéissance que nous lui devons : matière d'une extrême conséquence , et l'une des plus importantes qu'un prédicateur puisse traiter dans la chaire. Car l'Eglise, Chrétiens , est l'épouse de Jésus-Christ , et Jésus - Christ veut que son épouse soit écoutée, qu'elle soit obéie, et qu'on ait recours à elle comme à l'oracle ; c'est celte Sion d'où sort la loi , et cette Jérusalem iv. 35

d'où la parole de Dieu est annoncée. Marie même , toute mère de Dieu quelle étoit, s'est glorifiée de ce tire de fille de l'Eglise. Avant que d'expliquer mon dessein, adressons-nous à cette vierge si fidèle, et disons-lui : Ave , Maria.

Pour entrer dans le dessein de ce discours, je trouve que l'Eglise exerce envers les fidèles deux fonctions différentes; elle les instruit et elle les gouverne : elle les instruit par les vérités qu'elle leur propose, et elle les gouverne par les commandements qu'elle leur fait : elle les instruit en leur apprenant ce qu'elle a appris elle-même du Fils de Dieu , son époux , et elle les gouverne en leur prescrivant des lois. Le Sauveur des hommes lui a donc donné deux sortes de pouvoirs : l'un d'enseigner de sa part , et l'autre de commander; l'un pour nous dire, Croyez ceci , et l'autre pour nous dire, Faites cela. Or, sur ces deux pouvoirs qui conviennent à l'Eglise, je fonde l'obligation de deux sortes d'obéissance qui lui sont dues , dont la première est une obéissance de l'esprit, et la seconde une obéissance du cœur. Nous lui devons l'obéissance de l'esprit, parce qu'elle nous propose les vérités de la foi ; c'est le premier point : et nous lui devons l'obéissance du cœur, parce qu'elle nous impose des lois et des préceptes pour le règlement de notre vie ; c'est le second point. Parce qu'elle a droit de nous dire, Croyez ceci, Dieu nous oblige d'avoir pour elle une parfaite soumission d'esprit; et parce qu'elle a droit de nous dire, Faites cela, Dieu veut que nous lui obéissions avec une entière soumission de cœur. Plût au ciel, mes chers auditeurs , que nous fussions bien persuadés de ces deux devoirs ! Je dis persuadés dans la pratique ; car dans la spéculation nous n'en doutons pas , et nous sommes trop catholiques pour former là -dessus quelque difficulté. Mais je voudrois sur cela même que nous eussions dans toute notre conduite un zèle proportionné aux lumières que Dieu nous a données. Car voici en deux mots toute la perfection d'un homme chrétien, en qualité d'enfant de l'Eglise : d'avoir un esprit docile et soumis pour tout ce que l'Eglise nous enseigne, et d'avoir une volonté prompte et agissante pour tout ce que l'Eglise nous ordonne : c'est à quoi je vais vous exciter, et ce qui fera tout le sujet de votre attention.

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