I . Cela est vrai pour
320 OI'UVHKS l)K C L K M E IN T MAHOT.
Entcns que son amour en nioy Croistra toujours avec les ans.
LE SECOND
iNe faisons pas tant des plaisants; Par tout il y a décevance.
Dequoy la congnois-tu?
LE PREMIER
D'enfance.
D'enfance tout premièrement, La véoys ordinairement ; Car nous estions prochains voisins.
L'esté luy donnois des raisins, Des pommes, des prunes, des poires, Des pois vertz , des cerises noires , Du pain besneist, du pain d'espice, Des eschauldés, de la reclisse, De bon succre et de la dragée.
Et quand elle fut plus aagée, Je luy donnois de beaulx boucquetz, Un g tas de petits aiïicquetz Qui n'estoient pas de grand valeur :
Quelque ceincture de couleur Au temps que le Landit' venoit.
Encor de moy rien ne prenoit, Que devant sa mère, ou son père.
Disant que c'estoit vitupère^ De prendre rien sans congé d'eulx.
D'huy à ung bon an, ou à deux, Luy donneray et corps et biens
1. Ci'toit iiiKî foin: célèlin; cii Kiiro])!', (pii su tnioit i liiuim: ;uiii(''l", au mois de juin , piMuluiii plusifuis jours, dans la jjlainr Saiut-Driiis. ti. Honte.
OEUVRES DIVERSES. 321
Pour les meslcr avec les siens Et à son gré en disposer.
LE SECOND
Tu l'aymes doncq pour l'espousêr?
LE PREMIER
Ouy, car je sçay seurement Que ceulx qui ayment autrement Sont voulentiers touts niarmiteux : ' L'ung est fasché, l'aultre est piteux.
L'un brusle et art, l'aultre est transy! Qu'ay-je que faire d'estre ainsi?
Ainsi comme j'ayme mamye.
Cinq, six, sept heures et demye L'entretiendray,^ voyre dix ans.
Sans avoir paour des médisants Et sans danger de ma personne.
LE SECOND
Corps bieu , ta raison est tresbonne ; Car d'une bonne intention Ne vient doubte^ ne passion.
Mais, compaignon, je te demande Quelle est la matière ^ plus grande Qu'elle t'a ofTerte desjà?
LE PREMIER
Ma foy je ne mentiray jà.
Je n'ose toucher son téton;
\. ChagriiK^s.
2. Je resterai aviT ma mie, ainsi comme je l'aijme, aussi longtemps qu'il plaira à mon amour.