‹ Œuvres de Colardeau, de l'Académie françaiseChapitre 31 sur 112 · ACTE I, SCÈNE V. îî · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V. îî

Une noblesse, un peuple, indociles au frein; Deux partis opposés, qui des droits de lepée Soutiennent tour-à-tour leur puissance usurpée , Mais qui, d un œil jaloux Tun par Tautre observés, Sont souvent abattus aussitôt qu'élevés; Les nobles, décorés des plus superbes titres, Sous des noms différents ont été nos arbitres. Les ducs anéantis, les comtes ont régné; Mais bientôt de ses fers le Génois indigné Osa se révolter, osa se rendre libre , Entre les grands et lui mit un juste équilibre , Créa pour leur orgueil Fhonnenr du consulat. Et fit asseoir près d'eux ses tribuns au sénat. Heureux jours, mes amis, où les aigles romaines Sembloient revivre encor pour s'envoler vers Gênes; Où des débris fumants du trône des Césars Nos aïeux construisoient d'invincibles remparts! Hélas! tout fut détruit; et les guerres civiles D'un feu plus dévorant consumèrent nos villes. Lasse des longs débats et du peuple et des grands. Gênes à ses voisins mendia des tyrans; Et Ton vit dans nos murs le François et l'Ibère Établir tour-à-tour leur puissance étrangère; Mais tous, pour gouverner l'impétueux Génois, Apportèrent ici d'insuffisantes lois.

Enfin, parmi les cris, le meurtre, et le ravage, Un doge fut élu dans des jours de carnage.

286 CALISTE

De ce titre funeste un prêtre est revêtu :

Sur les débris épars de son siège abattu.

Relevons le sénat et Fantique tribune.

Mais poiurquoi des combats éprouver la fortune?

Malheureux le vengeur entouré de tombeaux,

Qui porte chez les siens le glaive et les flambeaux!

N'allons point, ô mon fils! au miUeu des ruines,

Rappeler les horreurs des guerres intestines.

Vide de légions , Gênes peut aujourd'hui

Rejeter sans efiForts un tyran sans appui.

Enfin, pour mieux tromper sa prudence étonnée.

De ma fille avec vous célébrons Thyménée;

Et que ces nœuds si chers, préparés par lamour.

De notre liberté consacrent le retour.

ALTAMONT

O mon père ! attendons des moments plus propices : Formons ces nœuds sacrés sous de plus doux auspices. Non, non, n attachez point le sort de deux amants A la fatalité de ces grands changements. Que vous dirai-je enfin? Caliste, que j'adore, Galiste à mon bonheur ne consent point encore ; Hélas ! et ses beaux yeux, dans les larmes noyés, Détoiurnent loin de moi leiu^s regards effrayés.

SCIOLTO

Depuis le jour funeste où le destin contraire Me ravit une épouse, à ma fille une mère, Il est vrai qu'aux ennuis son cœur abandonné

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