CALISTE, ALTAMONT, LUCILE
ALTAMONT
Eh quoi! belle CSaliste, et mes soins et mes vœux, Mes respects, si long-temps opposés à mes feux, L'intérêt de Fétat, Fautorité d'un père, Rien ne peut m'obtenir un aveu nécessaire? Cependant pour Fhymen les autels sont parés, Le jour luit, tout est prêt, hélas! et vous pleurez.
CALISTE
Non, non , je n irai point, épouse infortunée. Serrer, en frémissant, les nœuds de Fhyménée. Sur la foi de mes pleurs approuvez mes refos. Altamont, j'ai rendu justice à vos vertus , Nul mortel à mes yeux ne parut plus aimable ; Mais telles sont les lois du destin qui m accable, Que même par honneur, insensible à vos soins. Je dois trahir vos feux, ou vous estimer moins.
ALTAMONT
Qu'entends-je? Savez- vous quels projets on prépare?
290 CALISTE
CALISTE
Périssent les autels et leur pompe barbare! Je maudis le moment où le sort en courroux Viendra vous accabler du nom de mon époux. Ah ! si lamour pour moi vous intéresse encore, Cet amour, que je crains, mon désespoir Timplore; Mon père commandoit; hier j ai tout promis : Mais je vois de plus près l'hymen dont je frémis; Je cède à mes terreurs. Par pitié pour vous-même, Changez Tordre émané d'un mortel qui vous aime : Qu'entre Caliste et vous tous Uens soient rompus. Allez, priez, pressez, et ne me voyez plus.
ALTAMONT
Quoi! madame, ce nœud si pur, si légitime...
CALISTE
S'il m'unissoit à vous , ce nœud seroit un crime.
Les horreurs du sommeil, les présages du jour.
Sur ce fatal hymen m'alarment tour-à-tour.
Cette nuit même encor, du sein de la poussière
J'ai vu sortir, seigneur, l'ombre de votre père.
« Suis-moi, » m'a-t-elle dit... J'hésite, mais son bras
Vers le temple aussitôt précipite mes pas.
J'y monte avec effroi; j'en ti'e... ô trouble!... ô surprise!
Sur l'autel renversé la mort étoit assise.
Je n'ai point de l'hymen vu briller les flambeaux,
C'étoient ces feux obscw*s destinés aux tombeaux.
Une lampe lugubre et des torches funèbres