ÉTRENNES
A TOI
Hanc, vos Piérides, festis cantate calendis... Hoc solemne sacnim multos celebreCor in anaos . Dignior est vestro nnlla paella choro.
Trtwm.. Ub. IV, I.
Tu connois tous les vœux que mon cœur peut former :
Il en est un sur-tout (et Tamour me Tinspire) y
C'est de renouveler dans lame de Zelmire
Ce sentiment si cher, ce plaisir de m'aimer,
Que le temps a fait naître. . . hélas ! qu il peut détruire.
Eh ! qui ne sait pas que le temps , Père dénaturé, dévore ses enfants?
Un nouvel an commence sa carrière.
Combien d'amants , dont les amours De l'autre année ont embelli le cours, Sentent mourir le feu de leur ardeur première ! Ils ont passé leurs plus beaux jours.
On sent un vide affi^eux dans son ame étonnée ,
Le nœud qui nous fut cher nous gêne et nous déplaît :
Le plus souvent la bonne année Est celle qui finit, et non celle qui nait. Si tu le veux nous irons à Cythère Passer bail par-devant l'Amour, D^aimer toujours, et de toujours nous plaire. Zelmire, avons-nous en ce jour De plus doux serments à nous &ire?
Viens; si le dieu nous demande un salaire (Le bail signé par nous , et signé sans retour), Par un baiser tu paieras le notaire.
A TOI
At mihi te comitem junibas usque fatnnm... Verba pucUaium foliis leviora caducîs.
Otib., Amor., lil». II , eleg. &
Zelmire , un jour de fête est sans doute le jour
Où Ton doit prodiguer les serments de Tamour;
Mais n'attends point de moi de nouvelles promesses.
Va, mon amour est sûr, et sûr par mes foiblesses :
Mon cœur n a pas besoin de redonner sa foi.
Eh ! que t'oSriroit-il qui ne soit tout à toi ?
Ce qui t'est étranger, la gloire, la fortune,
Tout ce qui n est point toi l'afflige et l'importune;
Et, malgré les chagrins de son jaloux ennui,
Le malheur dans tes bms est un bonheur pour lui.
Mais auras-tu, Zelmire, une égale constance? Gomment vas-tu passer les jours de mon absence ? A mes tristes destins vais-je être abandonné? Serai-je, en te quittant, le seul infortuné? Sur la rive où je vais rêver en solitaire,
Rien de ton souvenir ne pourra me distraire. Si tu n y peux , Zelmire , accompagner mes pas , Que le désir du moins t'y porte dans mes bras. L'amour, loin quà sou feu labsence soit fatale, Et des lieux et des temps sait franchir Imtervalle : Par des illusions il se fait des plaisirs, Il vole impatient où volent ses désirs , Zelmire ; et c'est ainsi qu'aux bords où je te laisse Vers ton cœur adoré mon cœur viendra sans cesse.
Mais peut-être, oublié dans ces jours malheureux, Je vais perdre des droits déjà vains ou douteux. Du rival qui t'est cher le pouvoir les balance : Qu'il va mettre à profit le temps de mon absence l Par combien de serments il te fera jurer D'abandonner un cœur qu'il voudroit déchirer! Déjà je crois le voir, par de fausses caresses, Te flatter, t'arracher de honteuses promesses. Pardonner à ce prix tes infidélités , Et, fier de ses succès, t'annoncer ses bontés. Ah ! si jusqu'à ce point ton ame m'humilie , Je te verrai toi-même, en maîtresse avilie, D'un maître impérieux essuyer les dégoûts, Éprouver les hauteurs de son orgueil jaloux; Et, sans cesse à ses pieds esclave volontaire. Brûler devant l'idole un encens mercenaire. Ta honte sera douce à mon cœur outragé : Je la verrai, Zelmire; et je serai vengé.
Heureux encore, heureux si, dans Fart des Corneilles , Quelque brillant succès récompense mes veilles : Si je puis quelque jour, pour mieux t'humilier, Me présenter à toi couvert d un beau laurier ! Je viendrai t'éblouir des rayons de ma gloire. Tu sentiras alors , alors tu pourras croire Qu'il est un noble orgueil, une fierté du cœur Qu'on ne doit pas au sort, et qu on tient de llionneur.
Mais dans quel avenir s'égarent mes pensées? N'écoute point mes cris , mes plaintes insensées : Tu dois savoir, hélas! si j'aime, si j'aimai. Pardonne quelque doute à l'amour alarmé : Pardonne ; il est afireux , pour un cœur qui t'adore , D'avoir souffert des maux qu'il feut souflBrir encore; De combattre toujours pour ne vaincre jamais , De voir l'amour trahi moins fort que les bienfaits : Enfin , il est horrible, après trois ans d'honunage , D'espérer beaucoup moins , de craindre davantage.
Eh quoi ! voudrois-tu donc que, plein de ces terreurs. Sur tes pas , aujourd'hui , je semasse des fleurs ? La fête de l'amour, d'une amante adorée. Au milieu des ennuis seroit mal célébrée. Peindrai-je à tous les yeux l'éclat de tes attraits? Ta fatale beauté , je l'ai dit , je la hais : Je fus , je suis encore infortuné par elle. Mais je m'applaudirai de te trouver si belle ,
Quand, heureux sans partage et sans rivalité, Je posséderai seul ce qui m'est disputé.
Ce langage jaloux te blesse et t'efïarouche? Sexe foible et léger, un seul plaisir te touche: Un éloge flatteur qu on prodigue au hasard, Vain tribut de l'esprit, où l'esprit seul a part; Des fadeurs, en un mot, voilà ce qui te flatte : Mais les sentiments purs d'une ame délicate. Les élans de l'amour, des transports pleins de feu. Ne t'effleurent qu'à peine, et t'intéressent peu ! Zelmire, c'est ainsi qu'aux dons de la fortune J'oppose en vain des soins dont le cours t'importune : Par des biens séduisants , avec faste annoncés , Je vois trois ans d'amour en un jour effacés. Eh bien! cède à l'espoir qui te plaît et t'enchaîne; Jouis de ton bonheur, mais sans être inhimiaine. Pourquoi prolonges-tu mes douloureux ennuis? Finis l'inquiétude et le doute où je suis. Zelmire, je ne sais , un trou])le involontaire M'annonce des malheurs qu'on s'obstine à me taire : Un sentiment secret m'en instruit malgré moi. Je ne puis t' expliquer les maux que je prévoi; Mais on veut à nos feux mettre un nouvel obstacle : Ma sensibilité m'est un trop sûr oracle. Enfin, que te dirai-je? un nuage confus M'annonce mille maux, et m'en cache encor plus :
Mon ame , à tes regards toujours développée , Ta montré ses replis , et ne t'a point trompée. Imite ma franchise; ose enfin m'éclairer; Dis-moi si je dois craindre, ou s'il faut espérer
A TOI
Çuid &ciani dubito: dolor est meus ista videre; Sed dolor à iacie major abesse tuâ est.
Ori>., hcroid» iS.
A tes méDagements il faut donc consentir!
Il faut donc te céder, et te perdre , et partir !
Tu Fordonnes ; tu veux que , pendant deux années ,
L'amour séparément file nos destinées;
Et que, par Fespérance amusant ma douleur,
J attende que le temps me rende enfin ton cœur :
Mais ton cœur pourra-t-il , pendant cet intervalle,
Nourrir une tendresse à ma tendresse égale?
Et ne prévois-tu pas qu un mortel trop heureux
Peut, au-delà du terme, assujettir tes voeux?
Si tu peux aujourd'hui sacrifier ma flamme
A de chers intérêts , trop puissants sur ton ame ,
Sur quel espoir, hélas ! puis-je me consoler?
Trompes-tu la victime avant de Timmoler?
45o POÉSIES
Je n'ose approfondir ta politique obscure. Mon cœur souscrit à tout; mais enfin il murmure : Il se plaint de larrêt que ta bouche a dicté, Et t accuse tout bas de trop de cruauté.
Quand de tous mes transports Finterpréte fidèle , Quand ma bouche, en des jours de trouble et de querelle, Osa te reprocher tes foibles sentiments ; Quand , mêlant Famertume à mes emportements , J'osai te faire voir mes profondes blessures; Moins sensible à Famour que sensible aux injures , Tu nommas dureté cette tendre fureur.
Hélas ! je t'adorois en déchirant ton cœur ! Mais réponds à ton tour : que veux-tu que je pense De Fépreuve nouvelle offerte à ma constance ? Tu m aimes , me dis-tu : quel est donc le degré D'un amour qui peut naître et s'éteindre à son gré ? Ah ! si ta confiance aujourd'hui me Favoue, Au plus triste abandon c'est moi que Fon dévoue : Mon rival trop heureux occupe tous tes soins. Me perdrois-tu pour lui, s'il t'intéressoit moins? Entre Famour et nous doit-il être l'arbitre? Si je fus ton amant, dis-moi donc à quel titre? Oui, réponds... m'as-tu vu, soigneux de te tromper, Mendier tes faveurs ou bien les usurper? Ai-je sollicité le bonheur de te plaire? Je n'ai su que t'aimer, me contraindre, et me taire.
Quand tu me donnas tout, je n aspirois à rien : Mon cœur irrésolu se méfioit du tien; Je forçai mon amour et ma bouche au silence : Je n'osois attaquer ta froide indifférence.
Dans le moment funeste autant qu'inopiné Où tu prévins mes feux, où tu m'as couronné, N'ai-je pas dû penser que ton ame enflammée Se livroit tout entière au plaisir d'être aimée; Que, libre dans tes vœux ainsi que dans ton choix. Tu te donnois à moi par le plus saint des droits? Pourquoi, dans ces moments de prestige et d'ivresse, N'ai-je pu voir le piège où tomboit ma fbiblesse? Quel bonheur en effet m'annoncèrent tes feux?, . Cessons de rappeler ces instants malheureux: La coupe où s'enivra ma raison étonnée, Cette coupe fatale étoit empoisonnée.
J'aurois dû te connoitre, et pressentir dès-lors Qu'un amour partagé s'éteint dans les remords ; Que ton cœur, las d'un nœud qu'il croit illégitime, Pour le briser un jour m'objecteroit le crime. Quel crime cependant?.. Si c'en fut un pour toi De tromper mon rival et de trediir ta foi. C'en est un autre encor, mais plus grand , plus horrible , D'abuser lâchement d'une ame trop sensible, D'avoir troublé la paix dont tu sus m'arracher. D'abandonner un cœur que le tien vint chercher.
45a TOÉSIES
Peut-être tix>p d'aigreur empoisonne mes plaintes : INlais si de mes chagrins tu sentois les atteintes, Zelmire, à mon amour tu croirois tout permis. Assez et trop long-temps, adorateur soumis, J'ai traîne sur tes pas, dans un humble silence , Les fers que désormais veut briser ta prudence. J'eus des torts, je le sais, j'eus les torts d'un jaloux ; Je soupçonnai tes soins... mais, dis-moi, sommes-nous Dans ces tristes sérails, dans ces prisons d'Asie, D'où la main des muets bannit la jalousie? L'essaim des séducteurs environne tes pas : Pour un cœur adoré quel cœur ne tremble pas. Cet or impérieux que l'opulence étale Emporte la balance , et la rend inégale. J'ai frémi; j'ai prévu qu'un mortel trop heureux Triompheroit enfin du plus doux de mes vœux : Dans ce trouble cruel, dans cette horrible attente, J'ai querellé le sort, l'amour, et mon amante.
Eh quoi! tous mes soupçons étoient-ils incertains? Le flambeau de l'amour va s'éteindre en tes mains. Pour un bonheur douteux que ta pitié m'annonce, Au nœud qui nous unit tu veux que je renonce ! De quel frivole espoir faut-il m'entretenir? Ah ! si par le passé je juge l'avenir, Feras-tu quelque effort pour briser une chaîne Dont l'éclat fa séduite, et qui te rend si vaine ?
Que dis-je! penses-tu qu'il soit en ton pouvoir De remplir quelque jour mon chimérique espoir? Par de nouvelles lois chaque jour maîtrisée, Chaque jour plus contente et moins désabusée, Pourras-tu t occuper du sort d'un malheureux Égaré dans la foule où se perdront ses vœux?
Mais je veux bien, Zelmire, en croire tes promesses (Que m'importe une erreur après tant de foiblesses? C'en est une de plus, et je veux l'embrasser). Mais songe que c'est toi, toi qui m'y veux forcer ; Songe que tu promets à l'amant le plus tendre De lui rendre les droits que tu vas lui reprendre. Ta bouche l'a juré, ton cœur en est garant ; Ton cœur sera puni s'il trahit le serment : Il le sera par moi , peut-être par lui-même ; Par moi qui sais haïr au même excès que j'aime , Qui saurai sur tes jours rejeter le mépris Dont mes jours malheureux auront été flétris ; Par moi qui te rendrai dans la même mesure Et les indignités, et la honte, et Tinjure. Enfin je chercherai mon plus cruel vengeur Dans tes propres remords, dans le fond de ton cœur. Si tu trahis l'espoir dont tu flattes mes peines. Puisses-tu, sous le poids de tes honteuses chaînes. Traîner dans les affronts des jours déshonorés, Des jours à l'esclavage, à l'opprobre livrés!
Puisse Tingrat mortel auteur de mon supplice Ne te payer jamais le prix du sacrifice! Heureux si je puis voir ton cœur, toi , ta beauté. Au comble du mépris qu'ils auront mérité I
STANCES
A TOI