‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 11 sur 474 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

FLORIMOND, en uniforme; CRISPIN.

FLORIMOND

Je te revois enfin, superbe capitale !

Que d'objets enchanteurs à mes yeux elle étale ! De l'absence, Crispin, admirable pouvoir ! Pour la première fois il me semble la voir.

cmspiN.

Je le crois. Mais, monsieur, quelle affaire soudaine De Brest, comme un éclair, à Paris vous amène?

FLORIltOND.

D'honneur, jamais Paris ne me parut si beau. Quelle variété ! C'est un mouvant tableau. L'œil ravi, promené de spectacle en spectacle. De l'art à chaque pas voit un nouveau miracle.

CRISPIN

11 est vrai. Mais ne puis- je apprendre la raison Qui vous a fait ainsi laisser la garnison?

FLORIMOND

La garnison, Crispin ? Je quitte le service.

Vous quittez...? Quoi! monsieur, par un nouveau ca-

FLORIMOND. [price... ?

Je suis vraiment surpris d'avoir, un mois entier,

4 L m CONSTANT.

Pu supporter l'ennui d'un si triste métier.

CRISPIN

Mais j'admire, en effet, votre persévérance : Un mois dans un état ! quelle rare constance! Depuis quand cet ennui?

FLORIMOND

Depuis le premier jour.

J'eus d'abord du dégoût pour ce morne séjour. Dans une garnison, toujours mômes usages, Mômes soins, mômes jeux, toujours mômes visages Hien de nouveau jamais à dire, à faire, à voir : Le matin on s'ennuie, et Ton bâille le soir. Mais ce qui m'a surtout dégoûté du service, C'est, il faut l'avouer, ce maudit exercice. Je ne pouvais jamais regarder sans dépit Mille soldats de front, vôtus du môme habit. Qui, semblables de taille, ainsi que de coiffure, Etaient aussi, je crois, semblables de figure. Un seul mot, à la fois, fait hausser mille bras; Un autre mot les fait retomber tous en bas : Le môme mouvement vous fait, à gauche, à droite, Tourner tous ces geiTS-là comme une girouette.

CRISPIN

Cependant...

FLORIMOND

Je pourrai changer d'habillement, Et ne te mettrai plus...

CRISPIN

Je VOUS plaignais, vraiment.

(Touchant l'habit de son maître.)

Pauvre disgracié ! va dans la garde-robe

Rejoindre de ce pas la soutane et la robe.

Que d'états ! je m'en vais les compter par mes doigts,

D'abord...

FLORÏMOND.

^ Oh I tu feras ce compte une autre fois.

CRISPIN

Soit. Sommes-nous ici pour longtemps?

FLORIMOND

Pour la vie.

CRISPIN

Quoil Brest...,

" FLORIMOND

D'y retourner, va, je n'ai nulle envie.

Page 1