‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 126 sur 474 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

M. DE PLINVILLE, PICARD.

M. DE PLINVJLLE.

Eh bien, es-tu content? tu conserves ta place.

PICARD

Point du tout; car je viens demander mon congé.

M. DE PLINVILLE.

Mais c'est toi que je veux garder.

PICARD

Bien obUgé :

Mais moi je veux sortir; voilà la différence.

M. DE PLINVILLE.

Pourquoi ? •

PICARD

Parce qu'il est plus naturel, je pense, Que je m'en aille, moi. Vous voulez renvoyer Du monde; c'est à moi de partir le premier ; (^ar je suis le plus vieux.

M. DE PLINVILLE.

Tu m'es trop nécessaire :

Je suis accoutumé...

PICARD

Je n'y saurais que faire.

Et d'ailleurs je suis las de servir : en deux mots, Je vais me reposer.

Eh mais, c'est un repos, Une retraite enfin, que ton service.

PICARD

Peste !

Une belle retraite ! et c'est moi seul qui reste !

M. DE PLINVILLE.

Tout est changé. Picard ; nous allons à Paris.

PICARD

Raison de plus, monsieur, je reste en mon pays. Enfin, je vous l'ai dit, je veux être mon maître.

M. DE PLINVILLE.

Quoi! tu veux me quitter, après m'avoir vu naître, Toi qui devais et vivre et mourir avec moi?

PICARD

Il vaut encore mieux vivre et mourir chez soi.

M. DE PLINVILLE.

Je t'aimais, je croyais que tu m'aimais de même.

PICARD

Gela n'empêche pas, monsieur, qu'on ne vous aime ; Mais, après cinquante ans, on est bien aise enfin De vivre un peu tranquille : il faut faire une fin.

M. DE PLINVILLE.

Il a raison ; et c'est peut-être une injustice D'exiger qu'il me fasse un si grand sacrifice. Pourquoi vouloir ailleurs l'empêcher d'être heureux? 11 faut aimer les gens, non pour soi, mais pour eux. Il va se réunir à son petit ménage, A sa femme, à ses fils : il est temps, à son âge; Et, quand j'aurai besoin de lui, je me dirai ; Il vit content ; alors je me consolerai. Mais tu pleures, je crois?

PICARD

Je ne puis m'en défendre.

Moi vous quitter, après ce que je viens d'entendre! J'en serais bien fâché. Je reviens sur mes pas; Monsieur, si vous voulez, je ne partirai pas.

M. DE PLINVILLE.

Depuis assez longtemps, mon ami, tu travailles : Non, non, décidément je veux que tu t'en ailles.

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