ROSE, ANGÉLIQUE, M. DE PLINVILLE
ANGÉLIQUE
•Mon père, vous semblez fâché.
M. DE PLINVILLE.
J'en fais l'aveu.
Oui, je sens qu'en ce monde il faut souffrir un peu. Morinval vient de faire une action nouvelle, Aussi belle que l'autre, et peut-être plus belle... En faveur de quelqu'un qui ne te déplaît pas, Ma fille... et dont je fais moi-même un très grand cas. Mais, par malheur, ce plan ne plaît pas à ta mère. Nous la pressons en vain : elle a du caractère. De là quelques débats : moi, qui n'y suis point fait. J'ai laissé Morinval défendre son projet, Et je viens respirer.
ANGÉLIQUE
Et ne pourrai-je apprendre...?
Pas encore. Avant peu ma femme va se rendre ; Car elle a de l'esprit. Puis tour à tour il faut L'un à l'autre céder : moi, j'ai cédé tantôt. A vendre cette terre elle était décidée : J'ai, quoique avec regret, adopté son idée.
ANGÉLIQUE
Vous avez consenti ?
M. DE PLINVILLE.
Mon enfant, que veux-tu ? • Moije suis complaisant, c'est ma grande vertu. Nous irons à Paris. Les champs, la capitale, Toute demeure, au fond, pour le sage est égale.
ANGÉLIQUE
Partout où vous serez je serai bien aussi, Mon père.
ROSE
Cependant nous étions bien ici.
M . DE P L I N V I L L i: .
Mais avec Morinval je la vois qui s'avance. S'ils pouvaient tous les deux être d'intelligence ! Nous serions tous contents.