‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 17 sur 474 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

LISETTE

Monsieur.... cet officier qui descend en ces lieux Serail-il votre maître?

CRISPIN

Oui, beauté sans pareille :

Mais le mot de monsieur a blessé mon oreille : Appelez-moi Crispin; car je suis sans façon. On vous nomme Lisette?

LISETTE

Oui.

CRISPIN

Dieu ! le joli nom!

(a part.)

Justine n'avait pas cette friponne mine.

LISETTE

Vous marmottez souvent certain nom de Justine.

CRISPIN, embarrassé.

Ohl rien... C'est une enfant que je connus jadis... La maîtresse de l'un de mes meiileurs amis... Et qui vous ressemblait. Justine était jolie... Aussi ce drôle-là l'aimait à la folie.

Mais, de grâce, laissons Justine de côté, Parlons de vous.

LISETTE

Eh bien?

Liselte, en vérité, J'ai couru le pays, j'ai vu bien des soubrettes Gentilles à ravir, et surtout les Lisettes ; Mais je n'ai point encor rencontré de minois Qui me plussent autant que celui que je vois.

LISETTE

Fort bien.

CRISPIN

Vraiment, j'admire une telle rencontre, Que le premier objet que le hasard me montre.. . Soit un objet... ma foi, je rends grâce au kasard.

(a part.)

Justine, en vérité, je suis un grand pendard.

LISETTE

Monsieur plaisante?

CRISPIN

Point. C'est la vérité môme :

Moi, j'y vais rondement; en trois mots, je vous aime. Vous riez, c'est bon signe : oh ! j'ai jugé d'abord

12 l'inconstvnt.

Que Lisette et Crispin seraient bientôt d'accord.

LISETTE

Mais je ne conçois pas cette flamme subite : Je n'aurais jamais cru qu'on pût aimer si vite.

CRISPIN

Moi, j'en suis peu surpris ; car enfin, sans orgueil, Aux filles j'ai toujours plu du premier coup d'œil.

LISETTE

Peste !

CRISPIN

J'entends mon maître.

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