‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 171 sur 474 · M. DE CRAC, SAINT-BRIGE · texte numérisé non relu

M. DE CRAC, SAINT-BRIGE

M . D K C R A C, courant après Tiiomas ; Saint-Brice le retient.

Insok'iit ! pour jamais fuyez dé mon aspect. Je crois que lé coquin m'a manqué dé respect.

SAlNT-BRlCE.

Je le trouve en effet fort brusque en ses manières.

M. DE CRAC

Une fatalité, mais des plus singulières, Fait que dé dix laquais il né m'en reste aucun ; Mécontent dé mes gens, et n'en retenant qu'un. L'un dé ces jours passés j'en mis neuf à la porte.

SAINT-URICE.

Quoi, neuf?

M. DE CRAC

J'eus pour lé faire une raison très forte. Enfin à cet éclat je m'étais décidé.

Thomas était fidèle, et je l'avais gardé. Ceci mé contrarie un peu plus qu'on né pense.

SAINT-BRICE

Je sens cela.

M. DE CRAC

Ma terre est d'un détail immense.

SAINT-BRICE

Elle paraît superbe.

Ah î vraiment je lé crois!

Deux mille arpens dé terre et lé double dé bois.

SAlNT-BRlCE.

Cette terre sans doute est une baronnie ?

M. DE CRAC

D*où rélève, entre nous, mainte chatellenie.

J'ai bien les plus beaux droits...! Un autre assurément

S'en targuerait ; mais moi, j'en usé rarement.

SAINT-BRI CE

Je le crois.

M. DE CRAC

Mais, mon cher, il faut que je lé dise, Le plus beau dé mes droits est d'avoir pour dévise Ces trois mots seuls : je vins, je vis et je vainquis.

)70 M. DE CRAC

SAINT-BRICE

Ce titre est précieux.

M. DE CRAC

Et surtout bien acquis.

Voici lé fait : peut-être il n'est pas dans l'histoire ; Mais il est sûr. Paul Crac, surnommé Barbe-Noire,

(il montre son portrait.)

Dans ce château soutint un siège dé deux mois Contré Jules-César... c'est tout dire, je crois.

SAINT-BRICE

Bon!

M. DE CRAC

Il né se rendit encor que par famine.

César en fit grand cas, comme on se l'imagine ; Et lui permit dès lors dé mettre ces trois mots. Il prit dans ce château quelques jours dé repos. On voit encor pendue au plafond son épée, L'épée avec laquelle il a tué Pompée.

SAINT-BRICE

Pompée ! il n'est pas mort de la main de César.

M. DE CRAC

Vous croyez? Je pourrais mé tromper par hasard : Je soumets, en tous cas, mes lumières aux vôtres. S'il né tua Pompée, il en tua bien d'autres. Vous occupez sa chambre.

SAINT-BRICE

Ah!

M. DE CRAC

L'on n'est pas fâché Dé se dire : « Je couche où César a couché. » Monsieur sourit ; peut-être il croit que je mé moque.

SAINT-BRICE

Non. Mais ceci va faire une seconde époque.

(il feint de se reprendre.) (a mi-voix.)

Qu'ai- je dit?

Plait-il?

SAINT-BRICE

(a mi-voix,)

Rien. Que je suis indiscret !

M. DE CRAC

Vous voulez, je lé vois, mé cacher un secret.

SAINT-BRICE

Non.

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