M. DE CRAC, SAINT-BRIGE
M . D K C R A C, courant après Tiiomas ; Saint-Brice le retient.
Insok'iit ! pour jamais fuyez dé mon aspect. Je crois que lé coquin m'a manqué dé respect.
SAlNT-BRlCE.
Je le trouve en effet fort brusque en ses manières.
M. DE CRAC
Une fatalité, mais des plus singulières, Fait que dé dix laquais il né m'en reste aucun ; Mécontent dé mes gens, et n'en retenant qu'un. L'un dé ces jours passés j'en mis neuf à la porte.
SAINT-URICE.
Quoi, neuf?
M. DE CRAC
J'eus pour lé faire une raison très forte. Enfin à cet éclat je m'étais décidé.
Thomas était fidèle, et je l'avais gardé. Ceci mé contrarie un peu plus qu'on né pense.
SAINT-BRICE
Je sens cela.
M. DE CRAC
Ma terre est d'un détail immense.
SAINT-BRICE
Elle paraît superbe.
Ah î vraiment je lé crois!
Deux mille arpens dé terre et lé double dé bois.
SAlNT-BRlCE.
Cette terre sans doute est une baronnie ?
M. DE CRAC
D*où rélève, entre nous, mainte chatellenie.
J'ai bien les plus beaux droits...! Un autre assurément
S'en targuerait ; mais moi, j'en usé rarement.
SAINT-BRI CE
Je le crois.
M. DE CRAC
Mais, mon cher, il faut que je lé dise, Le plus beau dé mes droits est d'avoir pour dévise Ces trois mots seuls : je vins, je vis et je vainquis.
)70 M. DE CRAC
SAINT-BRICE
Ce titre est précieux.
M. DE CRAC
Et surtout bien acquis.
Voici lé fait : peut-être il n'est pas dans l'histoire ; Mais il est sûr. Paul Crac, surnommé Barbe-Noire,
(il montre son portrait.)
Dans ce château soutint un siège dé deux mois Contré Jules-César... c'est tout dire, je crois.
SAINT-BRICE
Bon!
M. DE CRAC
Il né se rendit encor que par famine.
César en fit grand cas, comme on se l'imagine ; Et lui permit dès lors dé mettre ces trois mots. Il prit dans ce château quelques jours dé repos. On voit encor pendue au plafond son épée, L'épée avec laquelle il a tué Pompée.
SAINT-BRICE
Pompée ! il n'est pas mort de la main de César.
M. DE CRAC
Vous croyez? Je pourrais mé tromper par hasard : Je soumets, en tous cas, mes lumières aux vôtres. S'il né tua Pompée, il en tua bien d'autres. Vous occupez sa chambre.
SAINT-BRICE
Ah!
M. DE CRAC
L'on n'est pas fâché Dé se dire : « Je couche où César a couché. » Monsieur sourit ; peut-être il croit que je mé moque.
SAINT-BRICE
Non. Mais ceci va faire une seconde époque.
(il feint de se reprendre.) (a mi-voix.)
Qu'ai- je dit?
Plait-il?
SAINT-BRICE
(a mi-voix,)
Rien. Que je suis indiscret !
M. DE CRAC
Vous voulez, je lé vois, mé cacher un secret.
SAINT-BRICE
Non.