ACTE I, SCENE X
M. d'oRLANGE,
Sans doute.
M. d'oRFEUIL.
i.omment donc avez-vous quitté la grande route?
Voyons ce qu'il dira.
M. d'oRLANGE.
J'ai trouvé deux chemins.
L'un vraisemblablement conduisait à Moulins, Et l'autre dans un bois d'assez belle apparence. Moi, j'ai toujours aimé les bois de préférence ; Je choisis celui-ci.
M. d'oRFEUIL.
Vous fîtes bien, ma foi.
L'autre mène à Moulins, et celui-ci chez moi.
M. d'oRLANGE.
Je m'en sais très bon gré. Dans cette conjoncture Tout est heureux pour moi... jusqu'à mon aventure De voleurs, que je veux vous conter.
M. D'ORFEUIL.
Ah ! fort bien.
(a part.)
J'attendais les voleurs.
M. d'oRLANGE.
Je vois... je ne vois rien; Mais j'entends près de moi . . .
M. d'oRFEUIL.
Des voleurs.
M. d'orlangk.
ils accourent!
Et mon valet s'enfuit.
Le poltron !
M. d'oRLANGE.
ils m'entourent.
M. d'oRFEUIL. ^
Que files- vous alors?
M. d'oRLANGE.
J'étais seul contre dix.
Je pris pourtant un ton très ferme, et je leur dis : "Messieurs, que me veut-on? ma bourse? on peut la S'agit-il de mes jours? je saurai les défendre. » [prendre.] Je tire alors ma bourse, et je la jelte en l'air ; Et bientôt je saisis mes armes.
M. d'oRFEUIL.
Bon!
M. d'oRLANGE.
Mon air Les étonne.
M. d'oRFEUIL.
Fort bien.
M. d'oRLANGE.
Un moment ils se taisent.
L'un d'eux enfin me dit : « Les braves gens nous plaisent. L'argent, nous le gardons, nous en avons besoin : Mais attaquer vos jours! nous en sommes bien loin. Venez, nous vous servons et de guide et d'escorte. » Us m'ont tenu parole, et jusqu'à votre porte Ils m'ont suivi ; voilà ce qui m'est arrivé.
M. d'oRFEUIL.
(a part.)
Le récit est piquant, on ne peut mieux trouvé.
(Haut.)
Monsieur, vous m'avez l'air d'un digne et galant homme ; Et... de grâce, peut-on savoir comme on vous nomme?
M. d'oRLANGE.
D'Orlange.
M. d'oRFEUIL.
Bon. Monsieur d'Orlange, allons, venez.
Ma fille avec plaisir vous verra.
M. d'oRLANGE.
Pardonnez, Si je suis indiscret. Vous n'avez qu'une fille?
M. D'ORFEUIL.
Une seule, monsieur; c'est toute ma famille, Ma seule joie; aussi je l'aime uniquement.
M. d'oRLANGE.
Et vous êtes payé d'un tendre attachement, Sans doute?
M. d'oRFEUIL.
Je le crois. Elle est sensible, aimante. Ce sera, je l'espère, une femme charmante. Il ne m'appartient pas, monsieur, de la louer; Henriette est aimable, il le faut avouer.
Mais ce sera pour vous une peine cruelle, Lorsqu'un jour il faudra que vous vous priviez d'elle?
M. d'oRFEUIL.
Je voudrais que mon gendre ici pût demeurer.