ACTE III, SCENE VJI
Je défends, presque seul, mon timide équipage...
Mais enfin le grand nombre accable mon courage,
Et je me rends... Les Turcs, charmés de ma valeur,
Me proclament leur chef, à la place du leur,
Qu'avait tué mon bras. Le sort me favorise :
Je signale leur choix par mainte et mainte prise.
Et parviens, par degrés, à de très hauts emplois...
Le capitan-pacha, jaloux de mes explois,
Me dénonce au visir ; il prétend qu'on me chasse. . .
On le chasse lui-même, et je monte à sa place...
— « Pacha, dit le visir, les Russes sont là ; cours.
Et bats-les. » Je les bats; puis je prends, en trois jours,
Ismaïlow, Oczakow, Crimée et Valachie...
Mon nom devient fameux par toute la Turquie...
Le sultan, qui dans moi voit son plus ferme appui,
Me fait son gendre; il meurt; et je règne après lui.
(Au comble du délire.)
Me voilà donc le chef de la Sublime Porte.. . !
Mais ma religion, mais mon culte.. . ! Qu'importe
La mitre, le turban, tous les cultes divers ?
Mon dogme est d'adoror le Dieu de l'univers.
Il est celui des Turcs ; et tous, à mon exemple,
Vont ne bénir qu'un Dieu, dont le monde est le temple.
Ce n'est pas que je sois jaloux d'être empereur ;
Mais instruire un grand peuple et faire son bonheur,
Voilà la gloire unique, . .