‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 266 sur 474 · ACTE 1, SCÈNE YUI · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE YUI

Heureux qu'eu moi, monsieur, quelque chose vous plaise!

M. DUBllIAGE.

Mon cœur est plçin ; il a besoin de s'épancher. Autour de moi j'ai beau jeter les yeux, chercher ; Je n'ai pas un ami dans toute la nature, Pour verser dans son sein les peines que j'endure.

CHAULE.

Les peines!... quoi, monsieur! vous en auriez?

M. DUBRIAGE.

Hélus !

Je te parais heureux, et je ne le suis pas.

CHARLE

Cependant...

M. DUBRIAGE.

Tu le vois, je suis seul sur la terre. Triste...

Seul, dites-vous?

M. DL'BRIAGE

Oui: je suis solitaire.

Ah î pourquoi, jeune encore, au moins dans l'âge mûr. Ne faisais-je pas choix d'une femme 1

CHARLE

H est sûr Que, pour se préparer une heureuse vieillesse, 11 faut u ces doux nœuds consacrer sa jeunesse.

M. DUBRIAGE,

Je le vois à présent. Je voudrais... vœux tardifs I

CHARLE

(A part.) (Haut.)

Hélas!... Vous eûtes donc, monsieur, quelques motifs Pour vous soustraire au joug de l'hymen ?

M. DUBRIAGE.

Oui, sans doute.

J'en eus que je croyais très solides, écoute : J'avais dans mon commerce un jeune associé ; , Par inclination il s'était marié :

Sa femme fit dix ans le tourment de sa vie. Ce tableau, vu de près, rpe donnait peu d'envie D'en faire autant.

CHARLE

Sans doute, il pouvait faire peur.

M. DUBRIAGE.

<Juand j'aurais eu l'espoir de faire un choix meilleur,

Sous les yeux d'un ami, cette union heureuse Aurait rendu la sienne encore plus affreuse. Jl mourut. D'un commerce entre nous partagé, Chargé seul, à l'hymen dès lors j'ai peu songé : Je quittai le commerce.

CHAULE.

Enfin vous étiez maître, Libre...

M. DU BRI AGE

En me mariant, j'aurais cessé de l'ôlre. L'hymen est un lien.

CHAULE.

Soit. Convenez aussi Qu'il est doux quelquefois d'ôtre liés ainsi : Monsieur!... pour se soustraire à cette servitude, Souvent on en rencontre encore une plus rude...

M. DUBRIAGE.

Puis, sur un autre point j'eus l'esprit combattu.

Les femmes... (sans parler ici de leur vertu.

J'aime à croire qu'à tort souvent on les décrie) ;

Mais conviens qu'elles sont d'une coquetterie,

D'un luxe... ! Telle femme est charmante, entre nous,

Dont on serait fâché de devenir l'époux ;

Tel mari semble heureux qui, dans le fond de l'âme.

Gémit...

Mais, en revanche, il est plus d'une femme, Modeste en ses désirs et simple dans ses goûts. Qui met tout son bonheur à plaire à son époux.

M. DUBRIAGE.

Soit. En est-il beaucoup ?

CHARLE

Plus qu'on ne croit peut-être :

Moi qui vous parle, j'ai le honneur d'en connaître.

M. DUBRIAGE.

Du ménage, mon cher, j'ai craint les embarras, Les tracas, les soucis...

CHARLE

Mais où n'en a-t-on pas?

Une famille au moins qui vous plaît, qui vous aime, Vous fait presque chérir cet embarras-là même : Au lieu qu'un alentour mercenaire, étranger, Vous embarrasse aussi, sans vous dédommager ; On a l'ennui en plus.

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