NOTICE SUR COLLIN D JIAIILEYILLE. VU
inscrire à son tour sur le tableau do l'ordre. 11 s'agissait donc de débuter par l'école ; mais y avait-il seulement une école au hameau de Mévoisins? On peut en douter, quand on voit la grand'mère du petit Collln, madame Artéricr, qui demeurait à Chartres, prendre chez elle l'enfant de cinq ou six ans, et le placer dans une école tenue par des Frères de la doctrine chrétienne.
Dire que le petit Gollin adorait sa grand'mère, ce n'est pas seulement dire qu'il était reconnaissant, c'est dire aussi que sa grand'mère était bien bonne pour lui. Dire qu'il garda toujours à ses maîtres le plus affectueux souvenir, et que durant toute sa vie il ne rencontrait pas un Frère de leur ordre sans lui ôter respectueusement son chapeau, ce n'est pas seulement dire qu'ils avaient éié doux h son enfance, c'est dire aussi qu'il avait été un bon écolier. On n'aime guère à se rappeler l'école que quand on s'y est attaché par les premiers contentements du succès.
Le petit Collin était courageux. L'hiver, quand le matin est encore de la nuit, il partait de chez sa grand'mère la lanterne à la main, et se piquait d'arriver avant tout le monde à la porte de la classe. Il sut bientôt lire comme les enfants précoces qui devinent les mots sans les épeler. Il apprit à écrire de cette bonne écriture, bien nette et bien lisible, dont il devait un jour se faire une ressource et recopier si lestement ses ouvrages. En attendant, ses heureuses dispositions, son aptitude au travail lui étaient déjà comptées, et il obtenait une bourse, grâce à laquelle, quittant Chartres pour la grande ville, il arrivait ici faire ses études au collège de Lisieux.
Quoiqu'on soit généralement assez prévenu contre les succès scolaires et que, pour certains élèves en effet, la "suite de la vie confirme la parole évangélique: les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers ; il est plus sûr néanmoins de débuter par le premier rang, et le nombre est plus considérable de ceux qui s'y maintiennent que de ceux qui y remontent. Collin était de ceux qui prennent naturellement leur place audessus des autres. Telle qu'il avait eu la sienne h la petite école de Chartres, telle il la retrouva h. Paris ; mais bientôt un malheureux et presque tragique accident vint arrêter ses études. Un jour que c'était à lui de faire la lecture pendant le dîner, le dîner fini, — pour les autres — comme il descendait rapidement de la chaire, il fit une chute si terrible qu'on le crut d'abord tué du coup. On le releva dans un état désespéré. Il y eut consultation de médecins. L'arrêt prononcé ne lui laissait que cette triste alternative : la mort ou la folie ; il en appela toutefois, et après six mois de séjour dans sa famille, il rentrait guéri à son et liège.