‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 305 sur 474 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Oui, je suis dans un grand embarras Sur un point... qu'à coup sûr tu ne devines pas.

Lequel ?

M. DUBRIAGE.

Moi qui jamais n'ai voulu prendre femme, Croirais tu qu'à présent, dans le fond de mon âme, J'aurais quelque penchant à former ce lien?

Pourquoi pas ? je crois, moi, que vous ferez fort bien.

M , DUBRIAGE.

Vraiment?

Oui. Quoi de plus naturel, je vous prie, Que de vous attacher une femme chérie.

Qui partage vos goûts, vos plaisirs, vos secrets? Si cet hymen était l'objet de vos regrets, Monsieur, que votre'cœur enfin se satisfasse.

M. DUBRIAGE.

Tu ne me blâmes point!

CUARLE.

Et pourquoi donc, de grâce?

Je ne désire rien que de vous voir heureux.

M. DUBRIAGE.

Bon Charte!... En vérité, je suis presque amoureux ; Non d'une jeune enfant, mais d'une femme faite. Aimable encor pourtant, à mille égards parfaite, Une compagne enfin, avec qni de mes jours Tranquillement, vois-tu, j'achèverai le cours ; Madame Evrard. .

Eh quoi, madame Év... !

M. DUBRIAGE.

Elle-même.

Eh, d'où vient donc, mon cher, cette surprise extrême?

CHARLK.

Ma surprise ?

Oui ; j'ai vu ton soudain mouvement :

iu III <i> puiu saisi d'un grand étonnement. A ton avis, j'ai tort de l'épouser, peut-être?

CHAULE.

Monsieur... assurément... vous en êtes le maître.

32 !2 LE VIEUX Cl'aiBATAlRE.

M. DU BRI AGE

xNoii ; tu viens de piquer ma curiosité : Kxplique-toi.

Qui, moi?

M. DUBRIAGK.

Toi-même.

En vérité, Monsieur, tant de bonté ne sert qu'à me confondre : Dans la place où je suis, je ne puis vous répondre.

Tu blâmes cet hymen ; oh ! oui, je le vois bien : Tu veux dire par là. . .

Monsieur, je ne dis rien.

M. DUBRIAGK.

On en dit quelquefois beaucoup plus qu'on ne pense : Ainsi de t'expliquer, Charle, je te dispense ; Car moi môme aussi bien je m'étais déjà dit Ce que tu me voudrais faire entendre. 11 suffit : N'en parlons plus. Tu peux me rendre un bon office.

CHARLE

Trop heureux, monsieur ! Charle est à votre service ; Vous n'avez qu'à parler.

M. DUBRIAGE.

Je songe à ce neveu, Ou plutôt à sa femme ; et, je t'en fais l'aveu. Son sort me touche : elle est peut-être sans ressource. Je n'ai que cent louis comptés dans cette bourse : Je voudrais, s'il se peut, les lui faire passer. Ils habitent Colmar. Comment les adresser ? Car en tout ceci, moi, je ne veux point paraître. Toi, Charle, par hasard, si tu pouvais connaître A Colmar...

CHARLE

J'y connais quelqu'un précisément.

M. DUBRIAGE.

Cet ami pourra-t-il trouver la femme Armand? Elle est si peu connue !

CHARLE

Il le pourra, je pense.

M. DUBRIAGK.

Tiens, prends.

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