‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 316 sur 474 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

M. DUliRIAGE, MADAME EVRARD,

M . D l: B R I .V G E , se croyant seul .

Personne ici... ! Je suis bien malheureux ! Je suis bon à mes gens, et je fais tout pour eux ; Je suis leur père.. . eh l)ien, voyez la récompense ! Madame Evrard aussi... ! Cependant, quand j'y pense, Moi, j'ai pris feu peut-être un peu légèrement.

(Madame Evrard tire son mouchoir et s'en couvre le visage, eomnjf pour essuyer ses larmes.)

Cette femme est sensible ; et véritablement, C'est la première fois qu'elle s'est emportée... Je le confesse, oh oui, je l'ai trop maltraitée.

MADAME EVRARD, éclatant en sanglots.

Oui, sans doute.

M. DUBRIAGE.

Ah ! c'est vous, bonne madame Evrard !

MADAME EVRARD, levée, sanglotant toujours.

Moi-même, dont, hélas ! sans pitié, sans égard, Vous avez déchiré l'âme sensible et tendre. A ce traitement-là j'étais loin de m'attendre, Après dix ans de soins, de tendresse...

M. DUBRIAGE.

En effet.

Moi-même je ne sais comment cela s'est fait...

Après ce coup, je puis supporter tout au monde Et dans une retraite ignorée et profonde...

M. DUBRIAGE.

Quoi, vous songez encore à ce qui s'est passé ?

ACTii IV, SCENE VIII. 333

MADAME EVRARD

Jamais le souvenir n'en peut être effacé.

M. DUBRIAGE.

Que dites-vous, madame? Oublions, je vous prie, dette petite scène, et pins de brouillerie.

MADAME É V R A R D

Ah, monsieur, je vois bien que vous ne m'aimez plus : le ferais désormais des efforts superflus...

M. DUBRIAGE.

Eh, non, madame Evrard ! Je suis toujours le môme ; Toujours, plus que jamais, croyez que je vous aime.

MADAME EVRARD

Si vous m'aimiez un peu, pourriez-vous me chasser?

M. DUBRIAGE.

Avez-vous pu vous-même ainsi me menacer ? Nous sommes vifs tous deux... Allons, point de rancune De part et d'autre : moi, je n'en conserve aucune : Vous non plus n'est-ce pas ?

MADAME EVRARD

Tenez, monsieur, je crains Que Laure ne nous donne ici quelques chagrins.

Ah, pouvez-vous le craindre ? Elle en est incapable: Tout annonce qu'elle est et douce et raisonnal)le. Vous en serez contente, allez, je vous promets.

MADAME EVRARD

Vous tenez donc beaucoup à cette fille?

M. DUBRIAGE.

Eh mais...

Ambroise l'a donnée ,• et c'est lui faire injure Que de la renvoyer ; ainsi, je vous conjure, N'en parlons plus ; cessez d'insister sur ce point : Surtout, madame Evrard, ne m'abandonnez point.

MADAME EVRARD

J'en avais faille vœu ; mais, depuis cette affaire. Je ne sais trop...

M. DUBRIAGE.

Comment, vous balancez, ma chère !

Je vous en prie.

MADAME EVRARD

Allons ! c'en est fait ; je me rends.

M. DUHUI.vr.K.

Charmante femme !

334 LE VIEUX CELIBATAIRE.

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