SCÈNE VIII
M. DUliRIAGE, MADAME EVRARD,
M . D l: B R I .V G E , se croyant seul .
Personne ici... ! Je suis bien malheureux ! Je suis bon à mes gens, et je fais tout pour eux ; Je suis leur père.. . eh l)ien, voyez la récompense ! Madame Evrard aussi... ! Cependant, quand j'y pense, Moi, j'ai pris feu peut-être un peu légèrement.
(Madame Evrard tire son mouchoir et s'en couvre le visage, eomnjf pour essuyer ses larmes.)
Cette femme est sensible ; et véritablement, C'est la première fois qu'elle s'est emportée... Je le confesse, oh oui, je l'ai trop maltraitée.
MADAME EVRARD, éclatant en sanglots.
Oui, sans doute.
M. DUBRIAGE.
Ah ! c'est vous, bonne madame Evrard !
MADAME EVRARD, levée, sanglotant toujours.
Moi-même, dont, hélas ! sans pitié, sans égard, Vous avez déchiré l'âme sensible et tendre. A ce traitement-là j'étais loin de m'attendre, Après dix ans de soins, de tendresse...
M. DUBRIAGE.
En effet.
Moi-même je ne sais comment cela s'est fait...
Après ce coup, je puis supporter tout au monde Et dans une retraite ignorée et profonde...
M. DUBRIAGE.
Quoi, vous songez encore à ce qui s'est passé ?
ACTii IV, SCENE VIII. 333
MADAME EVRARD
Jamais le souvenir n'en peut être effacé.
M. DUBRIAGE.
Que dites-vous, madame? Oublions, je vous prie, dette petite scène, et pins de brouillerie.
MADAME É V R A R D
Ah, monsieur, je vois bien que vous ne m'aimez plus : le ferais désormais des efforts superflus...
M. DUBRIAGE.
Eh, non, madame Evrard ! Je suis toujours le môme ; Toujours, plus que jamais, croyez que je vous aime.
MADAME EVRARD
Si vous m'aimiez un peu, pourriez-vous me chasser?
M. DUBRIAGE.
Avez-vous pu vous-même ainsi me menacer ? Nous sommes vifs tous deux... Allons, point de rancune De part et d'autre : moi, je n'en conserve aucune : Vous non plus n'est-ce pas ?
MADAME EVRARD
Tenez, monsieur, je crains Que Laure ne nous donne ici quelques chagrins.
Ah, pouvez-vous le craindre ? Elle en est incapable: Tout annonce qu'elle est et douce et raisonnal)le. Vous en serez contente, allez, je vous promets.
MADAME EVRARD
Vous tenez donc beaucoup à cette fille?
M. DUBRIAGE.
Eh mais...
Ambroise l'a donnée ,• et c'est lui faire injure Que de la renvoyer ; ainsi, je vous conjure, N'en parlons plus ; cessez d'insister sur ce point : Surtout, madame Evrard, ne m'abandonnez point.
MADAME EVRARD
J'en avais faille vœu ; mais, depuis cette affaire. Je ne sais trop...
M. DUBRIAGE.
Comment, vous balancez, ma chère !
Je vous en prie.
MADAME EVRARD
Allons ! c'en est fait ; je me rends.
M. DUHUI.vr.K.
Charmante femme !
334 LE VIEUX CELIBATAIRE.