‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 356 sur 474 · ACTE II, SCENE V. 3S I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V. 3S I

Il faut absolument que je vous culretieiine Sur celle jeune sœur, votre amie et la micimo.

MADAilK EULKR.

Mon amie, en cflet : et je m'en fais honneur.

F ou M ON T.

Ah ! c'est pour ma Sophie un bien plus grand bonheur, Pourvu qu'elle le sente, et qu'elle Tapprccie. De tout mon cœur d'abord je vous en remercie.

MADAME EULER

Je vous ai dit comment ce hasard, si falal,

Qui nous fait tour à tour tant de bien, tant de mal.

Me fit voir votre sœur, et, par son entremise,

Obtenir de son oncle, en un moment de crise,

Un service, peut-ôtre à rendre fort aisé,

Mais qu'à la pitié seule il avait refusé ;

Je vous laisse à penser combien elle m'est chère,

Et si je vois en elle une simple étrangère !

F OR M ON T

Je l'en aime encor mieux pour ce bon procédé :

Mais vous l'exagérez, j'en suis persuadé.

Pour rabaisser les soins que vous avez pris d'elle.

MADAME EULER

Non, ma reconnaissance est juste et naturelle.

Je n'avais qu'un moyen de la lui témoigner ;

Je l'offris, trop heureuse, au moins, de lui donner

Des lerons de dessin, seul trésor qui me reste !

Votre sœur accepta cette offre bien modeste.

Mais à condition qu'on y mettrait un prix ;

Je l'acceptai. ^^ .

FORMONÏ.

Du moins, dans ce fatal Paris, Vous êtes auprès d'elle, il suffit ; je respire.

Quel alentour, d'ailleurs ! quelle crainte il m'inspire ! Sophie est si crédule !... et, par exemple, un trait Que je ne puis vous taire...

Eh ! quoi ?

MADAME EULER

C'est son portrait. Que votre aimable sœur me pria de lui faire : Moi, pour qui c'est toujours un i)onheur de lui plaire, J'y consentis, croyant que ce gage si doux i

Efait tout simplemeni pour Dirval ou pour vous. I

FORMONT

Sans doule : eh bien ?

MADAME EULER

Eh bien ! un beau jour, je soupçonne, Qu'il était destiné... pour une autre personne.

FORMONT

Pour d'Héricourt ?

MADAME EULER

Eh ! mais... je crains, en général ; Mais ce n'était, je crois, pour vous ni pour Dirval.

FORMONT

0 ciel ! eh quoi ! ma sœur...?

MADAME EULER

Ecoutez : je l'accuse ; Mais je dois cependant dire ici, pour l'excuse De votre jeune sœur, que son esprit lé^j: Tgnore d'un tel don la valeur, le danger.

FORMONT

Je hais ce d'Héricourt.

MADAME EULER

Je crains plus pour Sophie Cette Verseuil !

FORMONT

Et moi, comme je m'en défie !

MADAME EULER

L'exemple est le plus grand de tous les séducteurs. Et quelle amie, alors, qu'une femme sans maiurs, Jeune encor ! Nous devons, toutes tant que noussommoï^, Fuir ces femmes, bien plus que le pire des hommes. Puis... cet époux, si loin...! car avouez ici Que cette longue absence est bien fâcheuse aussi.

FORMONT

Ah ! oui, ce cher Dirval?... mais quoi ? bientôt, peut-être, Nous allons le revoir.

MADAME EULER

Oh I s'il peut reparaître, Quel bonheur pour nous tous !

FORMONT

Au moins qu'à son retoru De sa femme il retrouve et le cœur et l'amour.

MADAME EULER

Je l'espère : Sophie a l'âme honnête et pure ; Elle aime son mari.

FORMONT

J'en accepte l'augure.

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