‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 435 sur 474 · ACTE I, SCENE XIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE XIII

J'en suis sûr. Si cette dame Armand, Qu'elle a nommée, était .. sa mère, seulement?

M. SAINT-FIRMIN

'ncor? quel homme!

RAYMOND

Et vous? oui, dans ce stratagème Vous trempiez donc aussi?

M. SAINT-FIRMIN

J'en suis l'autetir, moi-mC'me.

Comment?

M. SATNT-F[RMIN.

Oui, cher Raimond, vous sachant simple et franc, Mais doué d'un cœur droit, d'un esprit pénétrant. Tel qu'il me le fallait, j'ai cru, vous l'avouerai-je? Pouvoir, sans nul scrupule, ici vous tendre un piège, Ou plutôt à nos gens, qui, n'ayant nul soupçon, Recevraient de vous-même une bonne leçon. Raimond, dans tous les cas, connaît mon caractère. Et sent bien que je l'eusse averti du mystère.

RAIMOND

J'entends : contre moi donc ils ont tous conspiré ? VAï bien ! je les attends, et je me défendrai.

M. SAINÏ-FIRMIN.

Vous ferez bien ; surtout, moi, je vous recommande Certain monsieur Gélon, le pire de la bande. Il va se costumer... je ne sais pas comment : Vous le reconnaîtrez au travestissement.

11 fait le brave ; au fond, je le crois un peu lâche.

RAIMOND

Lâche ou non, je m'en charge.

M. SAINT-FIRMIN

Oui! bon. Ce qui me fâche, <"/est qu'il ait de son fiel aigri ma pauvre sœur, Tout naturellement portée à la douceur; Dont l'esprit, entre nous, n'est pas très fort, qui même Sur sa santé nous montre une faiblesse extrême.

RAIMOND

Écoutez donc. En tôte il me vient un dessein : Pour la guérir, je vais me faire médecin.

M. SAINT-FIRMIN

Bien. Corrigez aussi ma nièce, autre railleuse. Railleuse impitoyable, et de plus envieuse, '1 Monsieur mon neveu, cet enfant gâté.

RAIMOND

Bon.

Le frère aura son fait, et malheur à Marton !

M. SAINT-FIRMIN

A propos de Marton : et votre domestique, Le préviendrez-vous ?

R A IMOND.

Non; quoiqu'avec l'air rustique, 11 se défendra bien ; allez, son gros bon sens Saura déconcerter tous ces mauvais plaisants.

M. SAINT-FIRMIN

A la bonne heure. Allons...

(il veut emmener Raimond.) RAIMOND, le retenant.

Un mot, je vous supplie :

La jeune personne...

M. SAINT-FIRMirs, souriant.

Ah!

RAIMOXD.

Si douce, sijohe!

M. SAINT-FIRMIN

Hé bien ?

RAIMOND

Elle n'est pas de la famille ?

M. SAINT-FIRMIN

Non; Mais c'est une orpheline : Eusébie est son nom.

RAIMOND

Dites-moi, jouera-t-elle un rôle dans la pièce ?

M. SAlNT-FIRMIN.

Par pure complaisance, oui, celui de ma nièce, D'Élise... un rôle, oh! mais... tendre et sentimental! - Je vous préviens, de peur que vous n'en jugiez mal. Mais rentrons, car je crains....

RAIMOND, d'une voix forte.

Ah ! malins que vous êtes Et voilà donc chez vous l'accueil que vous me faites ! Oh! bien, dans ce jeu-là je puis vous défier ; Et c'est moi qui prétends vous bien mystifier.

(il rentre avec M. Saint-Firmin.)

FIN DU PREMIER ACTE

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