‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 438 sur 474 · LU B I N · texte numérisé non relu

LU B I N

Sans doute; il ne s'attendait pas A la voir ce qu'elle est : on nous disait, là-bas, Que cette demoiselle était capricieuse, Babillarde, étourdie, et surtout très railleuse...

MADEMOISELLE DOLBAN, cachant avec peine son dépit.

Quoi ! l'on vous avait dit?...

LUBIN

Vraiment; aussi, Dieu sait Comme, avant de la voir, Monsieur la haïssait !

MADEMOISELLE DOLBAN.

Me... la haïssait?

LUDIN.

Oui.

MADEMOISELLE DOLBAN.

Lubin juge, raisonne !

LUBIN

C'est notre droit, à nous : par exemple, friponne ! Votre joli minois...

MADEMOISELLE DOLBAN.

Soyez moins familier.

Hé bien donc, votre maître?...

LUBIN

Ah! j'allais l'oublier, Mon maître; car Marton sait si bien me distraire !

MADEMOISELLE DOLBAN.

Ne vous dérangez pas.

LUBIN

Ça m'arrange, au contraire.

Comme mon maître, ici, je suis tout près d'aimer.

MADEMOISELLE DOLBAN.

Soit; mais je ne suis pas si prompte à m'enflammer Que ma maîtresse, moi.

LUBIN

Bah! ton charmant visage

Dit...

MADEMOISELLE DOLBAN.

Déjà tutoyer !

LUBIN

C'est assez mon usage :

Puis, cela va tout seul de Lubin à Marton.

MADEMOISELLE DOLBAN.

Finissez donc; car moi je n'aime pas ce ton.

LUBIN

Quel œil sévère ! allons I la paix, et je donne, Moi, pour gage, un baiser.

(il l'embrasse en effet.) MADEMOISELLE DOLBAN.

Insolent!

LUBIN

Ah! pardonne; Mais ton minois, Marton, semblait demander ça,

MADEMOISELLE DOLBAN, élevant la \oix.

Comment ! ici, quelqu'un.

Page 1