‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 91 sur 474 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

ANGÉLIQUE

Je le crains, monsieur. Votre écolière Aurait encor besoin de vos leçons, je croi.

M. BELFORT

Monsieur de Morinval sait l'anglais mieux que moi, Et...

ANGÉLIQUE

Je ne doute point du tout de sa science ; Mais je doute qu'il ait autant de patience.

Croyez qu'auprès de vous on n'en a pas besoin. Sans doute avec plaisir il va prendre ce soin ; Puis il parle la langue, il arrive de Londre ; El c'est un avantage...

ANGÉLIQUE

Oh! je puis vous répondre Que je n'apprendrai point à prononcer l'anglais ; L'entendre bien, voilà tout ce que je voulais.

M. BELFORT

Mais vous en êtes là; car enfin il me semble Que vous l'entendez...

ANGÉLIQUE

Oui, quand nous lisons ensemble, (iràces à vous, monsieur, je suis prompte à saisir; Vous enseignez si bien!

M. BELFORT

J'enseigne avec plaisir.

Du moins : il est aisé d'instruire une personne Qui profite si bien des leçons qu'on lui donne !

ANGÉLIQUE

Vous trouvez donc, vraiment, que je fais des progrès?

M. BELFORT

Ah! beaucoup.

ANGÉLIQUE

Cette étude a pour moi des attraits.

Monsieur : j'ai tout de suite aimé la langue anglaise.

M. BELFORT

Je ne suis point du tout surpris qu'elle vous plaise,

Mademoiselle : il est des Anglaises à vous

Un tel rapport d'humeur, de sentiments, de goûts!

ANGÉLIQUE

Vous croyez?...

M. BELFORT

Vous avez beaucoup de leurs manières.

KUes sont nobles, môme ollos sont un peu fiéres;

Elles parlent très peu, mais parlent à propos, iNe médisent jamais; et dans leurs moindres mots On voit régner toujours une sage réserve. Voilà leur caractère; et, plus je vous observe, Plus je crois qu'au vôtre il ressemble en tout point.

ANGÉLIQUE

Je le souhaite, mais je ne m'en tlatte point.

M. BEL F OR T

Eh bien, je trouve encore une autre ressemblance : Oui, d'elles vous avez jusqu'à ritidifférence... Ah ! pardon, je n'ai pas dessein de vous blâmer : C'est sans doute un bonheur que de ne point aimer. Mais vous leur ressemblez en cela davantage. Car enfin chacun sait qu'elles ont en partage Un calme, une froideur... et peut-être un dédain Qui sait les préserver...

ANGÉLIQUE

Oui, d un penchant soudain.

Mais elles ne sont pas toujours aussi paisibles. Souvent ces dehors froids cachent des cœurs sensible; Où l'amour en effet entre d'un pas plus lent, Mais tôt ou tard allume un feu plus violent... Nous avons vu cela, monsieur, dans nos lectures.

M. BELFORT

Oui, nous en avons lu d'assez belles peintures : Mademoiselle lit avec goût, avec fruit.

Nous oublions, je crois, la leçon ; le temps fuit.

Page 1