‹ Œuvres de Collin d'Harleville, précédées d'un fragment sur sa vie, écrit par lui-mêmeChapitre 95 sur 474 · M. DE PLÏNV[LLE, ROSE · texte numérisé non relu

M. DE PLÏNV[LLE, ROSE

Le soleil reparaît. L'herbe est déjà plus verte ; Chaque fleur se ranime, et la terre entr'ouverte Exhale un doux parfum. N'est-il pas vrai qu'on sent... Un calme... une fraîcheur.., un charme ravissant ? Car il en est de nous ainsi que d'une plante. Ohî que voilà, ma chère, une pluie excellente! Nous avions grand besoin de cet orage-ci.

ROSE

Mais la grange est détruite.

M. DE PLI N VILLE

Il est vrai, mais aussi J'ai sauvé l'écurie : elle était presque neuve. Je le dois à Belfort. J'avais plus d'une preuve He son bon cœur ; mais quoi! c'est un brave, vraiment. vs-tu vu comme il s'est exposé hardiment?

ROSE

Je le crois bien. Aussi s'est-il blessé.

M. DE PLINVILLE.

Quoi ! Rose ?

ROSE

Il s'est brûlé la main.

M. DE PLINVILLE.

Je sais, c'est peu de chose.

ROSE

Peu de chose ?

M. DE PLINVILLE.

Il m'a dit que cela n'était rien.

Il un- la dit aussi ; mais moi je voyais bien (Ju'il souffrait, et beaucoup; car, à celte nouvelle, l'étais vile accourue avec mademoiselle.

Nous le voyons auprès de monsieur Morinval.

Il ne s'occupait pas seulement de son mal.

« Sur voire main, monsieur, lui dis-je, il faudrait mettre

Quelque chose : je vais, si vous voulez permettre...

Hien obligé, dit-il, il n'en est pas besoin.

Oh! dis-je, avec plaisir je vais prendre ce soin. »

Il me donne sa main ; ma maîtresse déchire

Un mouchoir en tremblant ; lui, paraissait sourire,

Regardait tour à tour mademoiselle et moi :

J'en suis encore énme, et je ne sais pourquoi.

M. DE PLI N VILLE

Tu m'enchantes : l'aimable et douce créature!

ROSE

Il se faut entr' aider; c'est là loi de nature. Dans La Fontaine hier je lisais ce vers-là.

M. DE PLINVILLE.

Vous lisez La Fontaine ?

ROSE

Eh oui, je sais déjà Douze fables au moins : cela s'apprend sans peine. J'ai mon livre à la main lorsque je me promène.

M. DE PLINVILLE.

Bien.

C'est monsieur Belfort qui m'en a fait présent. 11 me fait réciter : il est si complaisant!

M. DE PLINVILLE.

D'avoir un pareil maître Angélique est charmée?

ROSE

Oh ! oui. C'est bien dommage : on est accoutumée... Ce mariage-là va nous contrarier.

M. DE PLINVILLE.

Que veux-tu, mon enfant? il faut se marier. SCENE II

M. DE PLLNVILLE, MADAME DE PLINVILLE, ROSE.

MADAME DE PLINVILLE.

A quoi s'amuse-t-elle? à babiller!

ROSE

J'arrive.

MADAME DE PLINVILLE.

Parlez, nllrz ranorcr, Surlout sovez moins vive.

ACTK m, SCKNE m. ^ 93

Pardon.

MADAME DE PL INVILLE

Uiraltendez-vous ? parlez donc.

ROSE

Je m'en vais.

Mademoiselle au moins ne me gronde jamais.

(Elle sort.)

SGÉNt: m

M. DE PLINVILLE, MADAME DE PLINVILLE.

M. DE PLINVILLE.

Je suis vraiment fâché quand je vois qu'on la gronde ; Car je l'aime beaucoup.

MADAME DE PLINVILLE.

Vous aimez tout le monde.

M. DE PLINVILLE.

Rien n'est plus naturel. Eh bien, parlons du feu. 11 est éteint.

MADAME DE PLINVILLE.

Enfin !

«I. DE PLINVILLE.

En peu de temps, parbleu !

Un s en csl rendu maîlrc. Il n'a duré qu'une heure. On l'a mené... î

MADAME DE PLINVILLE.

Riez!

Voulez-vous que je pleure ?

MADAME DE PLINVILLE.

• sais bien que jamais vous n'avez de chagrin.

M. DE PLINVILLE.

Eh ! tant mieux.

MADAME DE PLINVILLK.

A lui voir ce visage serein On croirait qu'il s'agit de la grange d'un autre !

M . DE PLINVILLE.

J'aime mieux que le feu soit tombé sur la nôtre. Pour tout autre ce coup eût été plus fatal : Nous sommes en état de supporter le mal.

MADAME DE PLINVILLE.

Vous êtes, sans mentir, un homme bien étrange!

M. DE PLINVILLE.

Ehl de quoi s'agit-il, après tout? d'une grange. Eh bien, ma chère amie, on la rebâtira. J'ai du bois en réserve, et l'on s'en servira. Je n'ai pas fait bâtir depuis longtemps, je pense.

MADAME DE PLINVILLE.

Vous ne cherchez qu'à faire ici de la dépense.

M. DE PLINVILLE.

Les pauvres ouvriers y gagneront. Enfin

Sans de tels accidents beaucoup mourraient de faim.

Eh! ne faut- il donc pas que tout le monde vive?

MADAME DE PLINVILLE.

Oui, mais, en nourrissant les autres, il arrive Qu'on se ruine.

M. DE PLINVILLE.

Bon! l'on a toujours assez.

Et les cent mille écus qu'à Paris j'ai laissés?

MADAME DE PLINVILLE.

Vous avez mal choisi votre dépositaire.

Que ne les placiez-vous plutôt chez un notaire?

M. DE PLINVILLE.

Un notaire, crois-moi, ne vaut pas un ami. Dorval assurément ne s'est point endormi. Il devait me placer comme il faut cette somme.

MADAME DE PLINVILLE.

Mais êtes-vous bien sûr qu'il soit un honnête homme?

M. DE PLINVILLE.

Honnête homme? Dorval!...

MADAME DE PLINVILLE.

Je sais qu'il joue.

M. DE PLINVILLE.

Un peu.

MADAME DE PLINVILLE.

Beaucoup ; c'est un joueur.

Il est heureux au jeu.

MADAME DE PLINVILLE.

La rente cependant ne vient point.

M. DE PLINVILLE.

Oh! j'espère...

MADAME DE PLINVILLE.

Vous espérez toujours!

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