‹ Œuvres de Condorcet (volume 2)Chapitre 112 sur 205 · A CONDORCET · texte numérisé non relu

A CONDORCET

A la Roche- Guyon [1), le 3 1 mai 1^76;

Madame d'Enville, Monsieur, m'a montré votre

(i) U s'a|;it de récrit Sur l'abolition des corvées (t. XI, p. 87}, poursuivi par M. Séguier et supprimé au mois de décembre 1 775, sur ta délation de d'Éprémesnîl. Voyez plus haut» p. 88, la lettre 46, de Coodorcet à Voltaire ; v^yez aussi p. 94 » note 3 ; p. 106 , note I ; et p. 109.

(a) Terre de la duchesse d*En ville.

a6a coRRKSPON d^nce

lettre. Vous êtes bien aimable de venir voir les gens disgraciés (i), et plus aimable encore d'avoir pensé à leur faire voir la lumière des étoiles divisée en sept couleurs et réunie. Nous n'avons ici qu'un grand télescope de réflexion, et j'ai peur qu*il ne perde trop de lumière, et de grands télescopes à Tan* tique très-difficiles à mouvoir. Peut-être vaudrait-il mieux apporter la lunette même dont se sert M. l'abbé Rochon. J'ai bien de petites lunettes de poche de Dollond y avec lesquelles on voit les satellites de Jupiter, et dont l'une a quatre oculaires de forces différentes. Si elles pouvaient suffire, M. Desnaux pourrait vous les remettre.

J'ai vu dans la Gazette des Deux-Ponts l'annonce d'une édition des Pensées de Pascal (a), qui doit être intéressante. Je vous serai obligé de vous informer si on peut l'avoir.

Adieu , Monsieur ; vous connaissez mon inviolable amitié. Mille tendres compliments à M. D'Alembert.

Ce ai juin 1776.

L'éloge que M. de La Harpe a fait des édits (3) n a point fait l'impression que j'en espérais. C'est un peu

(i) Turgot venait de quitter le ministère des finances, où il eut pour successeurs d'abord M. de Clugny, et bientôt après M. Necker.

(2) De Condorcet lui-même, qui n'y mit pas son nom.

(3) Dans son discours de réception à FAcadémic, le ao juin

ENTRE TURGOT ET GONDORCET. a63

la faute de l'éloge qui n'était qu'agréablement tourné, maisqui manquait de physionomie. Marmontel a fait, en lui répondant, un portrait intéressant de Taméiiité, de la douceur de mœurs, de la modestie de Colardeau (1)9 et puis : voilàj Monsieur, un caractère bien intéressant dans un homme de lettres ^ et un grand silence. Aussitôt le public en a fait l'application au récipiendiaire et a battu des mains un quart d'heure. Marmontel a repris par l'élogedu courage de La Harpe, en observant que ce courage avait été pris pour de loi^ueil, et sur-le-^rhamp nouvel applaudissement. Ensuite il a parlé des critiques de M. de La Harpe qu'on avait accusé de manquer de modération , et on a encore battu des mains. Le récipiendiaire et le directeur étaient dans un égal embarras. Enfin Mar» mon tel a fini par dire que la philosophie n'avait que deux ennemis, le fanatisme et la tyrannie, et de là est venu l'éloge du roi et de la liberté de la presse dont nous avons le bonheur de jouir. La Harpe a lu alors un chant de sa traduction de Lucain. Il n'y avait plus là de compliments pour les rois. M. D'Alembert termina la séance par l'éloge de Sacy , traducteur des lettres de Pline, et auteur d'un traité de Tamitié, inséré dans les œuvres de madame de Lambert; elle était son amie, et elle lui a survécu de quelques années. Cette circonstance fournit à M. D'Aleml^ert un morceau sur l'amitié, qui a fait un plaisir

(i) Nommé à la place du duc de vSaint-Aîgnan , et mort afant sa réi:eption. La Harpe le remplaçait, et Marmontel , répondant à La Harpe , fit l éloge de ses deux prédécesseurs.

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d'autant plus grand , qu'il avait un rapport avec sa situation actuelle (i).

Adieu , je vous embrasse de tout mon cœur. J'écrirai demain à madame d'Enville.

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