Chapitre VIII. Que les lois qui paraissent les mêmes n'ont pas
toujours eu le même motif.
La liberté de faire des substitutions dérive, dans les lois romaines comme dans les nôtres, du principe que le droit de propriété s'étend jusqu'à la dis-
368 OBSERVATIONS DE GOADORCET
position des biens après la mort. Ce principe est assez généralement établi, parceque , presque partout, ce sont les possesseurs actuels qui, dans Forigine, ont fait les lois. Si les Romains voulaient perpétuer certains sacrifices, comme nous voulons perpétuer certains titres, il est vraisemblable que la vanité eo était également le motif. C'était toujours un représentant qu'on se choisissait dans l'avenir.
Chapitre IX. Que les lois grecques et romaines eut puni llioiiiH eide de soi même , sans avoir le mémo motif.
Dans quel pays de la Grèce punissait-on le suicide, et quelle était la peine établie?
Montesquieu n'en dit rien : aussi trouve-t-on que Platon ne parle dans ce dialogue d'aucune loi établie, mais de celle qu'il faudrait établir. 11 veut, par exemple, qu'un esclave qui tuerait un homme libre en se défendant soit puni de mort, etc. Quant aux suicides, Platon conseille à leurs parents de les enterrer sans cérémonie, sans inscription, et de consulter dévotement les prêtres sur la forme des sacrifices eipiatoires.
£nBn ce mot, sera puni y n'est pas dans Platoo ;et voilà comment Montesquieu cite Platon , et oooh ment il prouve qu'en Grèce on punissait le suicide.
A Rome , si l'on se donnait la mort avant d'étrecondamné, on évitait la confiscation des biens, la privation delà sépulture, etc. Les empereurs déclarèrent donc que les accusés qui se tueraient pour prévenir la condamnation seraient traités comme
SUR LE XXIX^ LIVRE DE l'eSPRIT DES LOIS. 369
S ils avaient été condamnés. Les lois qui pronon^ çaient la confiscation après la condamnation étaient injustes; celles qui privent les condamnés de la sépulture peuvent être barbares; mais il ne s'agit pas dans tout cela de peine contre le suicide.
On fait grâce en Angleterre de certaines peines à ceux qui savent lire. Supposons qu'on eût fait une loi pour priver de cette grâce ceux qui apprennent à lire pendant le procès , dira-t-on qu'on a établi des peines en Angleterre contre ceux qui apprennent à lire?