A CONDORCET{i
5 décembre 1770.
Puisque M. le marquis de Condorcet tolère les vers, le roi de la Chine le prie de le tolérer (a). Il avait envoyé un exemplaire pour vous, Monsieur, et votre compagnon de voyage (3). Je ne sais si on oublie Pékin quand on est à Paris. Cet exemplaire français n'est imprimé que dans une sorte de caractères. Vous savez qu'à la Chine on en a employé soixante-quatre pour rendre l'impression et la lecture plus faciles. C'est de la pâture pour messieurs des inscriptions et belles-lettres. A.U reste, je ne doute pas que le roi de la Chine n'aime aussi les mathématiques. Pour moi, Monsieur, j'aime passionnément les deux mathématiciens qui ont autant de justesse que de grâce dans l'esprit.
(i) Voltaire, t. LXVJ, page 5o6.
(2) Épitre au roi de la Chine ^ tome XIII des œuvres de Voltaire.
(3) D'Alembert, qui avait accompagné Condorcet dans sa vi- j site à Ferney.
£NTRE VOLTAIRE ET CONDORGET. 3
Je suis très-malade, et tout de bon , quoique Thiver soit doux. La faculté digérante me quitte, et par conséquent la faculté pensante. Il me reste l'aimante; j'en ferai usage pour vous tant que je serai dans 1 état du président Hénault, dont j'approche fort (i); j'entends rétat où il était avant de finir : c'est peu de chose qu'un vieil académicien.
La faculté écrivante me quitte. Le vieil herraitevous assure de ses tendres respects.