‹ Œuvres de Condorcet (volume 4)Chapitre 3 sur 117 · DU CLERGE · texte numérisé non relu

DU CLERGE

va perdre avec ses richesses , et en faire, dans l'État, un corps à part pour le dédommager de n'être plus un corps de l'Etat.

Si on croit qu'un clergé peu riche ne puisse étie dangereux, on se trompe; les moines de l'Egypte étaient pauvres, quand ils excitaient tant de séditions sanglantes dans Alexandrie. Le clergé presbytérien était pauvre en Ecosse, et jamais l'intolérance et l'esprit de domination n'a été porté à un plus haut degré; le clergé de Genève était pauvre, quand il fit brûler Servet. Ce n'est point parce que le clergé était riche qu'il est devenu puissant , mais c'est parce qu'il était puissant qu'il est devenu riche.

Ainsi, point de synodes, point de séminaires, point d'invitation à la vie commune , point de condition inutile d'éligibilité. L'élection libre des citoyens peut se faire d'autant plus, qu'on peut les obliger à à choisir entre des candidats, et qu'on peut exiger une promesse d'accepter. Cette promesse n'est pas contraire à l'esprit ecclésiastique ; il est permis de promettre d'accepter, si on est élu , ce qu'il est permis d'accepter après l'avoir été.

Je sais qu'autrefois de saints personnages ont fiait de grandes difficultés pour se laisser élever à l'épiscopat; qu'un d'eux même, qui était gouverneur de sa ville, s'avisa, le jour de son élection, de faire donner la question à des accusés, et d'amener des courtisanes dans son palais, pour que le peuple, le croyant cruel et débauché , ne s'obstinât plus à le faire évêque; mais cette humilité n'est plus dans nos mœurs, et celui tpii refuserait de dire : J'accepterai

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