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la nécessité non moins pressante d'établir une constitution, et de céder la place à une nouvelle assemblée de représentants.
Un jour qu'on discutait celte question, Cromwell, qui sentait qu'elle allait bientôt se terminer, chassa ses collègues au nom de Dieu, et prit pour prétexte qu'ils voulaient se perpétuer, quoiqu'ils s'occupassent alors de se dissoudre. Le peuple le crut, parce que les lenteurs du parlement donnaient à ce mensonge une apparence de vérité. Ciomwell imagina de substituer aux représentants de la nation, des notables qu'il appela des diverses parties de l'Angleterre. Ces notables eurent encore la manie de faire une constitution, et de réformer la justice, ce qui valut à Cromwell l'appui des gens de loi. Alors il prit le parti de chasser cette nouvelle assemblée, que la nécessité de ne pas scandaliser le peuple par de trop mauvais choix, l'avait empêché de trop mal composer.
Ses partisans, après avoir écarté leurs collègues par la force, présentèrent une constitution à leur manière, qui faisait de Cromwell un roi sous le nom de Protecteur, et plaçait à côté de lui une représentation nationale. Le peuple avait besoin de ce fantôme, et il fallut bien le lui donner.
On avait pris toutes les précautions pour que mylord Protecteur eût le temps de bien préparei" les élections: le projet était adroitement combiné pour (|ue le peuple pût encore se croire libre, que la forme républicaine parût conservée, et que cependant tout le pouvoir résidât dans les mains de Cromwell.
UNE NOLVELLF. CONSTITUTION. 533
Les choix ne furent pas tels qu'on l'espérait, et le nouveau parlement s'occupa des moyens de restreindre dans de justes bornes la dictature protectorale. Cromwell soutint qu'on ne pouvait, sous peine de péché mortel, lui refuser des droits que le ciel lui avait donnés; que Dieu, qui avait évidemment voulu que Charles fût détrôné, s'était ensuite déclaré en faveur de la toute-puissance du Protecteur; et ce parlement fut encore chassé.
On est étonné de la patience avec laquelle les nombreux amis de la liberté, répandus dans les comtés et dans l'armée, souffraient toutes ces insultes. Mais ils n'avaient aucun point de ralliement; mais il aurait fallu faire une révolution nouvelle; et d'ailleurs, parmi ceux qui avaient fait la guerre contre les Stuarts, qui avaient contribué à la mort de Charles ou à sa détention, les hommes faibles voyaient avec plaisir le pouvoir royal placé, sous un autre titre, entre les mains d'un chef personnellement intéressé dans leur cause, et qui, eût-il même le nom de roi, ne pourrait jamais chercher à vengei' celui qu'il remplaçait.
Après quelques années, Cromwell, embarrassé des instruments de sa tyrannie, tourmenté du projet de rendre héréditaire dans sa famille le titre de Protecteur, et même d'y faire substituer celui de roi, eut besoin d'un parlement. Des commissaires qui, sous le nom de majors généraux, et sous prétexte de prévenir les conspirations des royalistes, avaient exercé dans tous les comtés un pouvoir arbitraire, dirigèrent toutes les élections. Cependant la liste des.
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membres du parlement effrayait encore le Protecteur; il eut l'audace de faire refuser l'entrée de la chambre à cent d'entre eux, que son conseil n'avait trouvés ni assez zélés patriotes, ni assez bons serviteurs de Dieu.
La bassesse, la corruption ou la peur des autres, alla jusqu'à justifier cet attentat contraire aux droits essentiels du peuple, et même à l'acte qui avait établi le protectorat. Soixante seulement refusèrent de siéger dans ce corps avili.
On trouva bientôt un homme assez lâche pour demander le rétablissement de la royauté; mais il eut encore la pudeur de laisser en blanc, dans sa pétition, le titre du chef unique qu'il fallait donner à la nation; et le parlement ne rougit pas de remplir ce blanc par le mot King.
Cromwell, qui avait eu la faiblesse de désirer ce titre, n'eut pas l'imprudence de l'accepter. Il craignit le soulèvement d'une partie de l'armée, l'abandon de ses amis fatigués de ne travailler que pour lui seul. On lui fit sentir que ce serait le trône de Charles Stuart, et non le sien, qu'il aurait préparé.
Alors il se borna modestement au titie de Protecteur, et au droit de nommer son successeur ; ce qui était pour lui le droit de faire espérer la préférence à ceux dont il croyait avoir besoin.
Empêcher l'établissement d'une constitution républicaine, avilir la représentation nationale, tels furent les moyens de Cromwell ; et le récit de ces faits, qui présentent des rapprochements singuliers, est la préface la plus utile qu'on puisse mettre à des
léflexions sui- ïn nécessité de donner bienlôt à la Fiance une constitution nouvelle.
I. On n'a vu aucun peuple subsister paisiblement en corps de nation, si ce n'est à l'abri d'institutions consacrées, soit par l'habitude, soit par la superstition, ou de lois difficilement révocables.
En effet, sans quelque fixité dans les lois, il ne peut y avoir ni égalité, ni liberté, ni prospérité publique, il ne peut y avoir d'égalité, parce qu'il faut plus ou moins de temps aux citoyens pour acquérir la connaissance des lois, et pour disposer leurs affaires ou leur manière de vivie d'après les moyens d'agir (jue ces lois leur donnent ou leur laissent.
Il n'y a point d'égalité, parce que celle de la loi ne devient réelle qu'après que les habitudes sociales ont eu le temps de se former d'après elle.
Il ne peut y avoir de liberté: un citoyen est libre sous la loi, parce qu'elle est une convention qu'il a volontairement formée, puisqu'il a consenti au mode suivant lequel cette loi est faite. Mais il a consenti à soumettre ses actions à une règle, parce qu'alors il peut les combiner de manièi e à rendre insensible ia gêne que cette règle lui impose; et il ne peut vouloir que cette règle, toujours changeante, lui impose chaque jour un joug dont ni l'habitude, ni une conduite dirigée par la raison, ne puisse alléger le poids.
Il ne peut y avoir de prospérité publique, parce qu'elle n'est que le résultat des efforts de chaque individu pour augmenter sa prospérité particulière; et ces efforts ne peuvent être que très-faibles, si des