‹ Œuvres de CoquillartChapitre 1 sur 167 · H. TERNAUX COMPANS · texte numérisé non relu

H. TERNAUX COMPANS

/ y avoit, au XVI Ile siècle , un homme spirituel qui étoit de l'Académie des Inscriptions — permettez -moi, Monsieur, 9 de commencer cette dédicace comme un conte de fées. — // avoit été poussé là, vous le pensez bien, par les Egyptiens, les Chinois et les Etrusques ; il ne tarda pas cependant à négliger ces protecteurs naturels de tout savant françois. Comme il possédoit un fonds d'audace chamarré de naïveté, il se promit d'apprendre à ses collègues l'histoire de la Littérature françoise, et il énonça sur ce sujet quelques vérités simples, naturelles, faciles à comprendre. Ses amis espérèrent qu'il ne s'en relèveroit pas. Mais les Etrusques commençoient à céder la place aux Indiens que nous voyons aujourd'hui; l'opinion publique ne s'alarma pas trop de leur délaissement. Notre académicien conquit donc la réputation d'homme à

idées , ce qui équivaut à peu près à ce que nous appelons maintenant homme à paradoxe; sa renommée s'en augmenta. Il se crut alors tout permis et fit un Mémoire pour prouver qu'il avoit existé une littérature en France avant Malherbe. Il assura que cette littérature n'étoitpas absolument sauvage, et qu'elle étoit arrivée à un certain degré de civilisation, puisqu'elle avoit connu plusieurs des genres poétiques recommandés par le législateur du Parnasse. Il ajouta timidement qu'elle avoit produit quelques morceaux qui n'étoient pas sans valeur. On railla dans les bons cercles ce Welche effronté, et, s'il n' avoit eu un cuisinier renommé et des laquais robustes, on l'eut envoyé tenir compagnie, dans les épigrammes philosophiques, aux Larcher, aux Nonotte, aux Freron. Il avoit, il est vrai, pris certaines précautions afin de ne point passer pour un esprit complètement foible : il avoit composé des contes grivois, et il ne défendoit pas les moines.

Il est aujourd'hui permis de ne pas réunir tant de qualités et de soutenir la même thèse que ce savant grand seigneur. Chacun des volumes de la Bibliothèque elzevirienne apporte des argumens indestructibles en faveur de ces idées. Le but du présent livre est plus hardi encore : il tend à démontrer que l'esprit françois ne date pas du siècle dernier.

Vous êtes, Monsieur, expert en toutes ces matières, et l'on peut vous parler des gens d'esprit du temps passé avec autant de confiance qu'on parloit de leurs ancêtres aux nobles de l'ancien régime. Je me suis

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