Le poète achève grotesquement le portrait de ces
Droits nouveaux. 157
Point ne sont contens de leur cas ; En effect tête mignons sont ceuix Qui dancent bien « Les trois Estatz. »
Iiz sont chappellains et prelatz , Hz sont les drois prestres Martin ', Hz chantent hault, respondent bas; Hz parlent François et latin.
Puis ilz s'abillent de satin, En gensd'armes et advocatz, En Escossois , en Biscain , A la mode de Carpentras'.
Or je demande icy ung cas :
Qui vouldroit, par bonne cautelle , Comprendre tous les trois estatz *
ridicules personnages : En résumé, après avoir remué ciel et terre, ils ont eu à la fois l'œuf et le poulet, c'est-àdire un œuf pourri... Ils ne sont point contents de leur succès.
1 . Prestre-Martin , celui qui remplit à la fois le rôle du prêtre et celui de Martin , de l'officiant et du clerc ; l'homme qui fait les questions et les réponses, les grands maistres Jehans, comme l'a déjà dit Coquillart.
2. La tradition sur cette ville est, comme on le voit, ancienne , précise et convaincante. Nous avons en vain cherché d'où pouvoit venir cette réputation de ridicule, aussi vénérable par son antiquité que par sa solidité. Peut-être aurions-nous dû interroger non les livres, mais les voyageurs.
$ . Coquillart prend ici les mots trois états dans un autre sens plus ordinaire; il entend la noblesse, le clergé, la marchandise.
Ij8 -COQUILLART.
En une robbe bien nouvelle , Quel robbe vous semblerait belle , Qui tous les trois estatz desine ' ?
Par Dieu je n'en sçay point de telle Que seroit une gavardine , Le bicoquet, la capeline 3 .
Qu'on notte vrays religieux) !
i . Qui pourrait représenter à la fois les trots états.
2. Nous adoptons cette ponctuation, contrairement à celle qui a été admise par nos devanciers , et qui nous a paru plus difficile à comprendre que le texte, un peu obscur pourtant, de Coquillart. La capeline étoit un casque en fer, appelé plus tard secrette ou testiêre, et qui étoit rond , plat , à bords étroits. Les bergers , laquais , messagers du XVIe siècle, portoient une coiffure de cette forme, et il est vraisemblable qu'à la fin du XVe siècle un couvrechef semblable fut porté par les soldats, puis eh habit de ville par les nobles et ceux qui les singeoient. Le bicoquet, dont nous trouvons le nom dans les chroniqueurs de la fin du XVe siècle, seroit aussi une coiffure militaire , dont je ne saurais donner aucune description. Peut-être ce nom vient-il de cocquct (bis cocquet) , qui indiquoit et le coq d'un clocher, et une toute petite na-.. celle ; peut-être de bicoque : ce seroit donc une coiffure», légère comparée à un casque; et elle seroit entrée en mode pour les mêmes taisons que la capeline. Jehan de Troyes parle, à la date du 22 août 1465, d'un Breton, archer de monseigneur de Berry, qui estoit habillé d'une, brigandine, et qui portoit sur sa tête un bicoquet garni de bouillons d'argent dorés. Nous savons ce qu'est une gaivardine, et le poète dit que ce caban, porté avec une capeline pour coiffure , est bien le symbole des trois états.