‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 102 sur 157 · ACTE V, SCÈNE VII. i5i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII. i5i

Lie cîel me le promet , la coupe en est le gnge ; Et je meun.

\ ATHÉE

A ce prix j'accepte lejirësagc : \ Ta main, en t*immolant, a comble mes souhaits ; £t je jonis enfin du fruit de mes forfaits.

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ELECTRE

TRAGÉDIE

UEPiiszuTÉE pour la première fois It i4

décembre 1708.

Ï^RÉFACE.

Ox loaer ou se plaindre du publie , stjle ordinaire des préfaces. Jamais auteur dramatique n'eut une plus belle occasion de suirre un usage que la vanité de ses confrères a consacre dès long-temps. En e£fet^ je sais peu de pièces dont. on ait parlé plus diversement que de celle-ci; et il n'j en a peut-être point qui ait mieux mérité tout le bien et tout le mal qu'on en a dit. Mes amis d'une part, les critiques de l'autre , ont outré la matière sur cet article. C'est donc aux gens indifférents que ceci s'adresse, puisque ce sont ceux qui doivent être précisément à notre égard ce qu'on appelle public. On me reprocbe des longueurs dans mes deux premiers actes , trop de complication dans le sujet. Je passe condamnation. La sortie d'Electre de dessus la scène , dans le preinier acte , j laisse un vide qui le fait languir dans, tout le reste. Une bonne partie du second tient plus du poème épique que du tra> gique : en un mot , les descriptions j sont trop fré> quentes. Trop de complication ? A cela je n'ai qu'une chose k répondre : le su^et d'ÉLECTRE est si simple de lui-même, que je ne crois pas qu'on puisse le traiter avec quelque espérance de.succèsi

l5d FftÉFACE.

en le dénuant d'épisodes. Il s'agit de faire périr les meurtriers d'Agamemnon : on n'attend pour cela que le retour d'Oreste. Oreste arrivé, sa reconnoissance faite arec sa sœur , voilà la pièce à son dénouement. Quelque peine qu'ait l'action à être une parmi tant d'intérêts divers, j'aime mieux encore avoir chargé mon sujet d'épisodes , que de déclamations. D'ailleurs , notre théâtre soutient malaisément cette simplicité si chérie des anciens : non qu'elle ne soit bonne , mais on n'est pas toujona sûr de plaire en s'jr attachant exactement. Potu l'anachronisme qu'on m'impute sur l'âge d'Oreste, ce seroit faire injure à ceux qui ont fait cette en* tique, que d'jr répondre. Il faut ne pas entendre le théâtre, pour ne pas savoir quels sont nos droits' ^ur lei époques. Je renvoie là-dessus à Xipharès,! dans MiTHRiDATE ; à Narcisse , dans BaiTANNica' Faire naître Oreste avant ou après le siège de Troici n'est pas un point qui doive être litigieux dans un poëme. J'ai bien un autre procès à sonteoir contre les zélateurs de l'antiquité,' plus^considé* rable selon eux, pli^ léger encore selon*; moi i que le précédent : c'est 1,'amour d'Electre iLc'<>j l'audace que j'ai eue de lui donner ^des^ sentie mentsque Sophocle s'est bien gardé de lui doft*. ner. 'Il est. vrai qu'ils n'étoient point en*asagÉ sur la scène de son temps ; que',* s'il eût vécu dil nôtre 7 il eût peut-être fait comme moi.^ Cela M

laisse pas d'être an attentat jusque-là inoui, qui a souleyé contre un moderne inconsidéré toute cette région idolâtre où il ne manque plus au culte qu oiî y rend aux anciens , que des prêtres et des victimes. JEn vain quelques sages protestent contre cet abus: les préjugés prévalent; et la prévention va si loin, que tels qui ne connoissentles anciens que de nom, qui ne savent pas seulement si Sophocle étoit Grec ou François, sur la foi des dévots de l'antiquité ont prononcé hardiment contre moi. Ce n'est point la tragédie de Sophocle ni celle d'Euripide que je donne; c'est la mienne. Â-t-on fait le procès aux peintres qui depuis Apelles ont peint Alexandre au: trement que la foudre à la main X

Dttttcnt lei Greca cacor fondre sur un reb«IIey

je dirai que, si j'avois quelque chose à imiter de Sophocle, ce ne seroit assurément pas son Electre ; qu'aux beautés près, desquelles je ne fais aucune comparaison , il y a peut-être dans sa pièce bien autant de défauts que dans la çiienne. Loin qu9 cet amour dont on fait un monstre en soit un , je prétends qu'il donne encore plus de force au ca^ ractère d'Electre, qui a dans Sophocle plus de férocité' que de véritable grandeur : c'est moins la mort de son père qu'elle venge , que ses propres malheurs. Triste objet des fureurs d'Êgisthe et de

l58 9&ÉFACE.

Cly tcmnestre , D*y a-t-il pas bien à s'étonner qu'Electre ne soit occupée que de sa Tengeance ? 5c faire précisément que ce qu'on doit ', quand rien ne s'j oppose en seoret i n'est pas une verta ; mais vainére un penchant presque toujours insarinon' table dans le cœur bumain , pour faire son deroir, eu est une des plus grandes. , Une princesse dans un état aussi cruel que celui où se trouve Electre; dira-t-on , être amoureuse ! Oui, amoureuse. Quels cœurs sont inaccessibles à l'amour ? Quelles situations dans la vie peuvent nous mettre à l'abri d'une passion si involontaire? Plus on est malheureux, plus on a le cœur aisé à attendrir. €e n'est pefac un grand fonds de vertu qui nous garantit de l'amour; il nous empêche seulement d'j succomber. Il j a bien de la différence , d'ailleurs , de la sensibilité d'Electre à une intrigue amoureuse. Les soins de son amour ne sont pas de ces soins ordinaires qui font toute la matière de nos romans : c'est pour se punir de la foiblesse qu'elle a d'aimer le fils du meurtrier de son père, qu'elle veut précipiter les moments de sa vengeance, sans attendri le retour de son firère. Enfin , selon le sjstème de mes censeurs ; il ne s'agit que de rendre Electre tout'k-fait à plaindre : je crois y avoir mieux réussi que Sophocle , Euripide , Eschjle , et tous ceux qui ont traité le même sujet. €'est ajouter à l'horreur du sort de cette princesse , que d'j joindre

vr£facs* x£»9

une passion dont la contrainte et les remords ne font pas toujours les pins grands malheurs. Le seul défaut de l'amour d'Electre , si j'en crois mes amis qui me flattent le moins , c'est qu'il ne produit pas assez d'événements dans toute la piè.ce ; et c'est en effet tout ce qu'on peut raisonnablement me repropher sur ce chapitre. ^

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