‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 30 sur 157 · ACTE ni, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE V

IDAMANTE.

ITaccablez point, eei^eur , an fils infortune,

A des maux infinis par Tamour condamne.

Puisqa*enfin votre cœur s'en est laisse' surprendre.

Jugez si d'Érixfcore on pouvoit se défendra.

Ilélas ! je ne craignois, adorant ses appas,

Gtne d'aimer un objet qui ne tous platroit pas ; /

Et mon cœur, trop épris d'une odieuse chaîne,

Oublioit son devoir dans les yeux d'Érixène.

Mais si Tcimer , seigneur « est un si grand forfait ,

L'Amour m'en punit bien par les maux qu'il me fait

inoM^KéE.

Voilà Tunique fruit qu'il en f&lloit attendre. D'un amour criminel qu'odez-vous donc prétendre ? Et quel ëtoit l'espoir de yos coupables feux , Quand chaque jour le crime augmentoit avec eux 7 Qu'Érixène à mes yeux fÙi odieuse ou chère , Vos feux paiement oflènsoient votre père.

Je veux bien cependant, juge mo!m rigoureux , Vous en accorder , prince , un pardon g^néreui , Mais pourvu que votre ame, h mes d'isirs soumii^e , Renonce à tout l'amour dont je la vois cpi ise. *

IDAWAHTE.

Ah ! quand même mon cœur oseroit le vpuloir , Aimer, ou n'aimei; païf^ est-il en mon pouvoir? Je combattrois ^ vain une ardéiîf t^mdrairc ;. L'Amour m'en a Tendu le crinie nécessaire.

Malgiirë moi de œ feu je vis |&o|i cœur atteint : Pent-étCQ ypalgcé moi je l'y vençis^ éteint

44 IDOMCKÉE.

Mais ce cœur, à l'amour que ]e u'ai pu soustraire» Dans le rival du moins aime toujours un père. Par un nom si sacië tout autre' suspendu. . . .

IDOMÉNÉE

Dans le nom de rival tout nom est confonchi.

Vous n'êtes plus mon fils; ou , peu digne de Tétre, Je vois que tout mou sang n'en a formé qu'un traître:

IDAMAITTE. 1

OÙ fuirai-je ? grands dieux ! De quels noms ennemis Accablez- vous, seigneur, votre mailieureux fils ! AH ! quels noms odieux me faites- vous entendre l Quelle horreur pour un fils respectueux et tendre ! ^ Songez- vous que ce 61& est encor devant vbus, Ce fils. long- temps l'objet de sentiments plus deux ? Brûlant d'un feu cruel que je ne puis e'teindre , Vous me devez^j seigneur, moins haïr que me plaindre; Et si ma flamme enfin est un crime si noir , Vous êtes bien vengé par mon seul désespoir.

Cessez de m'envier une importune flamme :

Odieux à l'objet qui sait charmer mon ame ^ Abhorré d un rival que j'aimerai toujours, Seigneur, voilli le fruit de mes tristes amours. Mais, puisque de ce fen qui tous deux nous anime Sur mon cœur trop épris est tombé tout le crime, Je saurai m'en pimir; et je sens que ce cœur Vous craint déjà bien motnâ qu9 êa propre fureur, •Désormais tout en proie au transport qui me guidfe, Je vous délivrerai de m fils si perfide.

Si mon coupable cœur vous trahit malgré moi, Mon bras plus innocent saura ven^f r mon roi.

ACTEIII, SCÈNE V. 45

Ce n*est pas d'aujourd'hui qull sert votre vengeance, Et je vais en punir ce cœur qui vous ofi*ense. ^ Il tire son épée. )

Soyez donc satisfait . . .

ÏBOUltvtZj l'arrctAiit.

Arrêtez, furieux. . . .

IDAMASTE.

Laissez couler le sang d'un rival odieux.

IDOMÉNKE.

Mon fils I . . .

IDAMANTZ.

D'un nom si cher m'honorez- vous encore ?

Laissez-moi me punir d'un feu qui me dëvore.

inOMENEE.

Ma vertu jusque-là ne sauroit se trahir.

Va, fils infortuné. ... je ne te puis haïr.

IDAMANTE.

Ah seigneur ! . • .

ID0M:é5£E.

Laissez-moi, fuyez ma triste vue; !?e renouvelons plus un discours qui me tue.

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