‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 54 sur 157 · ACTE r, se EN JE II J · texte numérisé non relu

ACTE r, se EN JE II J

Songez que rien ne peut mieux remplir votre envie Que le barbare soin de prolonger sa. vie.

Accablé des malbeurs qu*il éprouve aujourd'hui,

Le laisser vivre encor, c'est se venger de lui.

Que je l'épargne y moi ! lassé de le poursuivre.

Pour me venger de lui que je le jaisse vivre !

Ab ! quels que soient les maux que Thyeste ait soufTertf g

11 n'aura contre moi d'asile qu aux enfers :

Mon implacable cœur l'y poursuivront encore.

S'il pouvpit s'y venger d'un traître que j'abborre.

'Après l'indigne auront que m'a fait son amour,

Je serai sans Ib^onheur' tant qii^il verra lé' jour.

Un ennemi qui peut* ji^ardônner une ofiensë, ' '

Ou manque de courage, ou manque de puissance.

Rien ne peut arrêter mes transports fiu-ieux : '

Je vondrois me venger, fût-ce même des dieux. '

Du plus puissant de tous j'ai reçu la naissance j

Je le sens au plaisir que me fait là vengeance.

Enfin mon cœur se plaît dans ceRe i^pnitié;

Et s'il a des vertus, ce n'est pas la pitié.

Ne m'oppose donc plus un' s^ig que je déteste ;

Ma raison m'abandonne , au seul nom de Tbyeste ;

Instruit par ses fureurs & ne rien mi^nager,

Dans les flots de ssn sang je voudroLs le plonger.

Ctu'il n'accuse que liii du mal&eur qui l'accable;

Le sang qui nous unit me rend-il seul coupable ?

D'un criminel amour le perfide enivré

A-f-H eu quelque égard pour un nœud si sacr^?

tS ATBfeE ^T TliVÉSTE.

Mon oœar, qai saps pitie lui déclare Ta guerrç, Vt cherche, à le punu- qa au àérnît da tonnëire*

FURIATHE'NE.

Depuis vingt ans éntfers ôe oourrotii: affoifin' ' Sexnbloit partant bûsaer Th jatte dans ToubU.

Dis plutôt qp.*lk punir mon ame ingénieuse

Mëditoit dès ce temps une vengeance afireuse : .

Je n'ëpargnois llngrat que pour mieux raccàbler :'

CTest un projet enfin à te faire trembler.

Instruit des noirs transports où toon ame est livrée ,

Lis mieux dans le secret et dans le cœur d Atrëe :

Je ne veux découvrir Tim et l'autre qu'à toi:

Et )e te les cachois , sans soupçonner ta foi.

Écoute, n te souvient de ce triste liyménëe

Qui d'^rope à mon sort unit la destinée :

Cet hymen jx» mettoit^u comUe de mes vœux ;

Mais à peine aux autels j'en eus torztié les nœuds ,

Qu'à ces mêmes -autels, ,èt parla main. d'un frère ,

Je me vis àdever'une épouse si chère.

Tes yeux forent témoins des transports de m^u cœur :

A peine mon qmour egaloit ma fureur ;

Jamais amant trahi ne l'a plus signalée.

Myoènes, tu le sais, sans pitié désolée.

Par le fer et le feu vit déchirer son sein ;

Bfon amiQur outragé me reiadit inhumain.

Enfin , par ma valeur ^rope recouvrée ,

Après un an , revint entre les mains d'Atrée;

Quo'iqtte 4éjà l'hymen , ou plutôt le à£;pit.

Eussent de|^is C9 te&ips mis une autlre en no^ Ih,

AÇT^l, ççïiii^ III. JI7

Malgré tous les ?tpPBs d'une ëpouse nouvelle ^ iErope à mes resards n'en parut que plus J^lle. Mais en vain mon afoour brûbit 4ç nouyeaiu; fçij^,, Elle avoit à Tb jfiiite qig»{^ Uij^ si^ Tgeux ;, Et liée à l'ingrat d'w»e f fscrM)^ cjtvi!9f?r . £rope, le dirniri^ ? eia «MK,pi9W Ifi^t S^^K^n^

Dieux ! qu'est-ce que j'entends J Quoi i Plisthène, seieneur Reconnu dans Argos peur votre successeur , Pour Totre fik, enfin?

• ATlis. ..,

Cest lui-même, Eutisdilne:

C'est €36 mÂBie guerrïef , c'est ce môme Pfistliine Que ma cour anjoùrdliui crtit encor ; sons ée nom. Frère de Mënëlas, frère d'Agamemnon.

Tu sais » pour me venger dé sa pèrfids mère,

A quel excès fetal me porta ma colère:

Henrenx , si le poison qui servit ma fttnHir ^

De mon indigne amour eût étovdSPi Tardeur !

Celui de l'infidèle ëdatoit pour T liyeste

An milieu des horreuvs du sort le phis funeste;

Je ne puis sans fi>ëmir y penser aujourd'hui :

£rope , en expirant , brûloît encor pour kii ;

Voilà ce qu'en ua mot surprit ma vigilance

A oenz qui de Tingrate avoient la eonfideBee*

( Il lui AOBtre mie lettre d'£rope. }

Lettre d'jErop^,

c D'Atrée en ce moment j'éprouve le courroux 1

88 aTrè^ et thyïste.

Cher Thyeste , et je meure sans regretter la vie .

Puisque je ne raimois que pour vivre avec vous,

Je ne murmure point qu'eUe'me soif l'aviè. *" ' '

Plisthène fut te fruit de nos tristes amours:

S'il passe jusqu'à vous , prenez soin de ses jours ;

Qu'fl fasse quelquefois lessottrenit son père

Du malheureux amoiy qn'ayoît pour lui sa mère. »

Juge de quels succès ses soins furent suivis :

Je retins à la'fois son billet et son fils.

Je voulus ëtoufièr ce monstre en sa naissance ,

Mais mon cœur plus prudent l'adopta par vengeance ;

Et , mutant dès-lors le plus'aflreux projet ,

Je le fis au palais apporter en secret. .

Un fils veooÂt de naître à ^nouvelle reifie ;

Pour remplir Aies projets , je le nommai Plisthène »

Et mis le f3s d'<£rope au berceau de çc fila>

Dont depuis m'ont prive les destins epnemis.

C'est sous un nom si cher qu'Argoç l'a vu paroitre.

Je fis périr tous ceux qui pouyoient le connottre j

Et y laissant ce sccce^ entre les dieux et moi ,

Je ne l'ai jusqu'ici confié qu'à ta foi, , . . ,

Après ce que tu sais , sans que je te l'apprejçs^

Tu vois à quel dessein j'ai conservé Plisthène,

Et , puisque la pitié n'a point sauvé ses }om%.$ .

A quel usager enfin j'en destine le cours.

EVRISTHÈSE.

Quoi ! seigneur , sans frémir du transport qui vous guide , Vous pourriez réserver Plisthène au parricide ?

Page 1