ACTE I, scène
T^é de ce sang fatal à la déesse en proie , J'avois eucor sur moi la querelle de Troie :
Juge de la'vezigçance, h. ce titre odieux.
Ce fut peu de sa haine, elle artûa tous les dieux. La Crète paroisaoit) tout flattott mon envie ; Je disting* ois di^jà le port de Cydonie :
Maïs le ciel ne m'ofiroit.ces objets ravissants Que pour rendce toujoun mes désirs plus pressants^ Une eirroydl>le nuit sur les eaux répandue IVroba tout-&-coup jces objets h ma vue ; La mort seule y parut.. Le vaste sein des mers Noos entr 'ouvrit cent fois la route des enfers. Par des venta opposas les -v^i^aes ramassées , De t'abîme profond jusques au ciel poussées , Dans les airs embrasés agitoient m^ vaisseaux , Aussi près d'y périr qu'à fondre sous les eaux. D'un déluge de feux l'onde comi&e allumée Sembloit rouler sur nous une mer enflammée ; Et Neptune en courroux à tant de malheureux N'ofiroit pour tout salut qvut des rediers affreux: Que te dirai- je enfin ? Dan» ce péril extrême , Je tremblai , Sophronyme , et tremblai pour moi-même. Pour appaiser les dieux je priai. ... je promis. . . . Non, je ne promis rien : dieux cruels ! j'en frëmis. y . ^'ept^ne , l'instrument d'une indigne foiblesse , S'empara de mon cœur, et dicta la promesse :
S'il n'en eût inspifë le barbare dessein, Non , je n*aui:<ois jamais promis de sang liumain; « Sauve des malheureux si voisins du naufrage , Dieu puissant, m'écriai-je, et rends-nous au rivage :
8 TdOMÉNÉB.
Le premier cfes sujets rencontré par son roi
J^ ^Neptune immole satisfera pour moi. ...»
Mon sacrilège voeu rendit le ctUme à l'onde :
Mais rien ne put le rendre à ma doideur profonde "l
Et, l'efiroi auccëdant à mes premi<!n transports^
Je me sentis glacer en revoyant ces borck^ •
Je les trouvai déserts , tout avoit fui l'orage i ■
Un seul ]K>imne alanné parcouroit le rivage ^
U semUoit de ses pleurs mouiller queliq^es dâ>ris:
J'en approche en tremblant.... hélas ! c'étoit mon fils.
A ce récit latal tu devines le reste.
Je demeurai sans force à cet objet fimeste ^
Et mon malheureux fils eut le temps de voler
Dans les bra& du cruel <{ui devoit Tinmioler.
SOPBRONTME.
Ai- je bien entendu ? QueHe horrible promesse ! > Ah père inCortuné !
IDOMEKléE.
K«belle k ma tendresse^ Je fus près d'obéir : mais Idamante enfin • I\Ut mon ame au dessus des dieux et du destin \, Je n'envisageai plus le vosu ni la tempête ; Je Ija^nai de mes pleurs une si chère tête.
liC ciel voulut en vain me rendre farieox ; ' • La nature à son tour fy taire tous les dieuxi . Sophronyme , qui veut peut braver leuc pitfisancei Mais ne peut pas qyii veut éviter leur vengeMK^ie,. A peine de la Crète eus^je touché les bord»»:. €lue je la vis remplir de mourants et de ntorîii;
A C T E l ; s C È lî E 1 1. 9
En yain j'adresse au ciel une plainte importune ; J'ai trouve tous les dieux du parti de^Neptune.
SOPHROBYME.
Qu'espérez- vous des dieux en leur manquant de foi ?
IDOMEBEE.
Que du moins leur courroux n'accablera que moi ;
Que le ciel, fatigué d'une injuste vengeance,
Plus équitable enfin , punira qui l'offense ; . "''^ — w' *,
Que je ne verrai point la colère des dieux > > ^- \
S'immoler par mes mains un sang si prcciepx.
SOPHRONYME
Seigneur , à ce dessein vous mettez im obstac Pourquoi par Égésippe interroger l'oracle ?
Vos peuples , iufonnés du sort de votre fils , Voudront de leur salut que son sang soit le prix;
IDOM^NÏE.
Que le ciel, que la Crète à l'envi le demandent ,
7^ attends point que mes mains à leur gré le répandent.
J'interroge les dieux ! ce n'est pas sans frayeur :
L'oracle est trop écrit dans le fond de mon rœiir.
J'interroge les dieux ! que yeux- tu que je fasse ?
Pouvois-je à mes sujets refuser cette grâce ?
Un peuple infortuné m'en presse par ses cris :
J'ai résisté long- temps, à la fin j'y souscris.
Tu vois trop à quel prix il faut le satisfaire.
Ne puis-je être son roi qu'en cessant d'être père ?
Mais pourquoi m'alarmer? Les dieux pourroienf parte
Non , les dieux sur ce point n ont rien k révéler.
Que le ciel parle ou non sur ce cruel mystère ,
Ne puis-je pas forcer Égésippe à se taire ?
10 ï DO MENÉE.
SOPHBOHTME.
n se tairoit en vam : par le ciel irrite
Son silence , seigneur , sera-t-il imité ?
A se taire long temps pourrez- vous le contraindre?
Que je prévois de maux ! que vous êtes à plaindre !
IDOM^ITEE.
Tu me plains : mais, malgré ta sincère amitié, Tu n'auras pas toujours cette mcme pitié , Quand tu sauras les maux dont le destin m*accable , Et que l'amour a part h mon sort déplorable. ... Je vois , h ce nom seiil, ta vertu s'alarmer j Et la mienne a long-temps craint de t'en infonner. Tu sais que Mérion , h jaou retour d'Asie , De son sang criminel paya sa perfidie :
Lorsque je refusois une victime aux dieux , J çsai bien m'immoler ce prince ambitieux.
Qu'il m'en coûte ! Sa fille, eu ces lieux amenée» Érixène a comblé les maux d'Idoménée.
Croirois-tu que mon cœur, nourri dans les hasards, N'a pu de deux beaux yeux soutenir les regards ; Et que j'adore enfin , trop facile et trop tendre , Les restes de ce sang que je viens de répandre ?
SOPHRONYME
Quoi I seigneur, vous aimez ! et parmi tant de maux....
IDOMENIÊE.
Cet amour dans mon cceur s'est formé dès Samos* Mérion, incertain du succès de ses armes, Y crut mettre sa fiUe à l'abri des alarmes.
Je la vis, je l'aimai; conduite par Arcas, Je la fis dans ces lieux amener sur mes pas.
ACTEI, SCÈNEII. n
Il semble qu'une fille à mes regards si chère Beroît me dérober la tête de son père; Uûs Yénus, attentive à se venger de moi| Ht bientôt dans mon cœur céder l'amant au roi. . Jlnunolai Mérîon , et ma naissante flamme Eu vain en sa faveur combattit dans mon ame; Vénus, qui me gardoit de sinistres amours, De ce prince odieux me fît trancher les jours.' Que dis-je? dans le sang du père d'Érixène J'espérois étouffer mon amour et ma haine :
Je m'abusois; mon cœur, par un triste retour, Défait de son courroux, n'en eut que plus d'amour. Si depuh mes malheurs je ne l'ai pas vu naîb'e. En dois-je moins rougir d'ayoir pu le connoitre l
SOPHRONYME
Menacé chaque jour du sort le plus affreux, Nourrissez- vous, seigneur, un amour dangereux?.
IDOMENéE.
Je ne le nourris point, puisque je .le déteste : C'ëtoit des dieux vengeurs le coup le plus funeste; Que n'a point fait mon cœur pour afibihlir le trait !.