‹ Œuvres de CrébillonChapitre 117 sur 502 · TH Y E ST E · texte numérisé non relu

TH Y E ST E

Tu t'en flattes en vain, et la main de Thyeste Saura bien te priver d'un plaisir si funeste.

{i/ se tue.)

THÉonAMIE.

Ah ciel 1

THYESTE

Consolez-vous, ma fille; et de ces lieux Fujez, et remettez voire vengeance aux dieux. Ojntente, par vos pleurs , dimphjrer leur justice Allez loin de ce traître attendre son supplice. Les dieux, que ce parjure a fait pâlir deffroi , Le rendront quelque jour pins malheureux que moi; Le ciel me le promet, la coupe en est le gage ; Et je meurs.

A ce prix, j'accepte le présage :

Ta main , en t'immolant , a comblé mes souhaits , Et je jouis enfin du fruit de mes forfaits.

ELECTRE

TRAGEDIE

EN CINQ ACTES

Représentée, pour la première fois, , le 14 décembre 1708.

CHiBILLOK. X, ï^

Oe louer ou se plaindre du public, style ordinaire des préfaces. Jamais auteur dramatiqae n'eut une plus belle occasion de suivre uu usage que la vanité de ses con/reres a consacré dés long- temps. En effet je sais peu de pièces dont on ait parlé plus diversement que de celle-ci; çt il n'y en a peutêtre point qui ait mieux mérité tout le bien et tout le mal qu'on en a dit.31èi amis d'une part, les critiques de l'autre , ont outré la matière sur cet article. C'est doDRe aux gêna indifférents que ceci s'adresse , puisque ce sont ceux, qui doivent être précisément à notre égard ce qu'on appelle public. On me reproche des longueurs dans mes deux premiers actes, trop de complication dans le sujet. Je passe condamnation. La sortie d'Electre de dessus la scène , daus le premier acte, y laisse un vide qui le fait languir dans tout le reste. Lue bonne partie du second tient plus du poëme épique que du tragique: en un mot, les descriptions y sont trop fréquentes. Trop de complication.'' A cela je n'ai qu'une chose à répondre : le sujet d'Electre est si simple de lui-même, que je ne crois pas qu'on puisse le traiter avec quelque espérance de succès en le dénuant dépisodes. IJ s'agit de faire périr les meurtriers d'Agamemnon ; on n'attend pour cela que le retour d'Oreste. Oreste arrivé, sa reconnois- »ance faite avec sa soeur, voilà la pièce à sou dénouement. Quelque peine qu'ait l'action à être une

PRÉFACE. i5f)

parmi tant d'intérêts divers, j'aime mieux encoie avoir chargé mqn sujet d'épisodes q.ne de déclamations. D'ailleurs notre théâtre soutient mal^aisément cette simplicité si chéjçie des anciens, n^u qu'elle ne soit bonne, mais on n'est pas toujours sur de plaire en s'v attachant exactement. Pour l'anachronisme qu'on m'impute sur l'âge d'Oreste, ce seroit faire injure à ceux qui ont fait cette critique que d'y répondre, il faut ne pas entendre le théâtre, pour ne pas savoir quels sont nos droits sur le« époques. Je renvoie là-dessus à Xipharès , dans Mithridate, à Varcisse, dans Britannicus. l'aire naitre Oreste avant ou après le siège de Troie n'est pas un point qui doive être litiçienx dans un poème.. .Tai bien un autre procès à soutenir conêre les zélateurs de l'antiquité, pln& considérable iselon eux, plus légec ejûGOre selon moi que le précédent ; c'est l'amour d'Electre; c'est l'audace que j'ai eue de lui donner des senti m.eulsr|ue Sophocle s est bien gardé de lui donner. Il est vrai qu'ils n'étoient point ea usage sur la scène de son temps , que, s'il eût vécu du nôtre, il eût peut-être fait comme moi. Cela ne laisse pas d'être un atteotat jusque-là inoui, qui a soulevé contre un moderne inconsidéré toute cette région idolâtre , où il ne manque plus au culte qu'on y rend aux anciens que des prêtres et des victimes. En vain quelques sages protestent contre cet abus, les préjugés prévalent, et la prévention va si loin, que tels qui ne connoisseut les anciens que de nom , qui ne savent pas seulement si Sophocle étoit Grec ou François, sur la loi des dévots de l'antiquité , ont prononcé hardiment

i6o PREFACE,

contre moi. Ce n'est point la tragédie de Sophocle, ni celle d'Euripide que je donne: c'est la mienne. A-t-on fait le procès aux peintres qui depuis Apelle ont peint Alexandre autrement que le foudre à la main.^

Dussent les Grecs encor fondre sur un rebelle,

je dirai que si j'avois quelque chose à imiter de Sophocle ce ne seroit assurément pas son Electre; qu'aux beautés près, desquelles je ne lais aucune comparaison, il y a peut-être dans sa pièce autant de défauts que dans la mienne. Loin que cet amour, dont on fait un monstre, en soit un, je prétends qu'il donne encore plus de force au caractère d'Electre, qui a dans Sophocle plus de férocité que de véritable grandeur: c'est moins la mort de sou père qu'elle venge que ses propres malheurs. Triste objet des fureurs d'Egisthe et de Clytemnestre, n'y a-t-il pas bien à s'étonner qu'Electre ne soit occupée que de sa vengeance? !Me faire précisément que ce qu'on doit, quand rien ne s'y oppose en secret, n'est pas une vertu ; mais vaincre un penchant presque toujours insurmontable dans le cœur humain, pour faire son devoir, en est une des plus grandes. Une princesse , dans un état aussi cruel que celui où se trouve Electre, dira-t-on, être amoureuse ! Oui, amoureuse. Quels coeurs sont inaccessibles à l'amour? quelles situations dans la vie peuvent nous mettre à l'abri d'une passion si involontaire? Plus on est malheureux, plus on a le cœur aisé à attendrir. Ce n'est point un grand fonds de vertu qui

PRÉFACE. i6i

nous garantit de laniour; il nons em|»(*cLe seulement d'y succomber. Il y a bien de la diiTérencd'ailleurs de la sensibilité d'Electre à une intrigue amoureuse. Les soins de son amour ne sont pas de ces soins ordinaires qui font toute la niaiiere de nos romans; c'est pour se punir de la foiblesse quelle a d'aimer le fils du meurtrier de son père qu'elle veut précipiter les moments de sa vengeance, sans attendre le retour de son frère. Enfin , selon le système de mes censeurs, il ne s'agit que de rendre Electre tout-à-fait à plaindre: je crois y avoir mieux réussi que Sophocle, Euripide, Eschyle, et tous ceux qui ont traité le même sujet. C'est ajouter à l'horreur du sort de cette princesse que d'y joindre une passion dont la contrainte et les remords ne font pas toujours les plus grande malheurs. Le seul défaut de l'amour d'Electre, si j'en crois mes amis qui me flattent le moins, c'est qu'il ne produit pas assez d'événements dans toute la pièce : et c'est en effet tout ce qu'on peut raisonnablement me reprocher sur ce chapitre.

ACTEURS

Clytemwestre, veuve d' Agamemnon , et femme

dÉgisthe.

Or ESTE, fîls d' Agamemnon et de Clytemnestre,

roi de Myceues, élevé sous le nom de Tydée. Electre, sœur d'Oreste.

Égisthe, fîls de Ihyeste, meurtrier d'Agamcmnon, Itys, fils d'Egisthe, mais d'une autre mère que

Clytemnestre.

Iphianasse, sœur d'Itys.

Palamede, gouverneur d'Oreste. Arc AS, ancien officier d'Agamemnon.

Antéxor, confident d'Oreste.

M ÉLITE, coufideate d'Iphianasse.

Gardes.

La scène e^t à Mycenes , dans le palais de ses rois.

ELECTRE

TRAGEDIE

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