ACTE I, SCENE V
J'ai cru que cette nuit alloit venger mon père, Et que le juste ciel, de sa mort irrité, N'en verroit point le crime avec impunité. D'un courroux légitime inutile espérance ! Avec trop de lenteur le ciel sert ma vengeance. Eu vain, pour vous punir, il remplit tout d'horreurs, Puisqu'il peut de mes maux épargner les auteurs.
J'ignore auprès des dieux ce qui nous rend coupables ; J'iguore quel forfait les rend inexorables; Mais je sais que le sang qui fait couler vos pleurs N'a point sur nous, madame, attiré ces malheurs. Avant qu'un sang si cher eût arrosé la terre, Le ciel avoit déjà fait gronder son tonnerre. Ainsi , pour vous venger, n'attendez rien des dieax , Si ce n'est de l'Amour , qui peut tout par vos yeux. Que le courroux du ciel de cent villes fameuses Fasse de long déserts, des retraites affreuses; Que les ombres du Styx habitent ce séjour, Tout vous vengera moins qu'un téméraire amour. Seul il a pu remplir vos vœux et votre attente : Je défis votre père ; il vous livre Idamante. Lorsque vous imploriez les traits d'un dieu vengeur, Tous les traits de l'Amour vous vengeoient dans mou cœur.
ÉRIXE WE.
Quoi ! seigneur, vous m'aimez.^
IDAMANTE.
Jamais l'amour , madame , Dans le cœur des humains n'alluma plus de flamme : Sans espoir, dans vos fers toujours plus engagé...