ACTE î, SCENE III. i
ELECTRE
Dans Tetat où je suis, toujours triste, quels charmes Peuvent avoir des yeux presque cteiuts dans les
armes
Fils du tyrau cruel qui fait tons mes malheuis, Porte ailleurs ton amour, et respecte mes pleurs.
I T YS
Ah ! ne m'enviez pas cet amour, inhumaine ! Ma tendresse ne sert que trop bien votre haine. Si l'amour cependant pent désarmer un coeur. Quel amour fut jamais moins digne de rigueur? A peine je vous vis que mon arae éperdue Se livra sans réserve au poison qui me tue. Depuis dix ans entiers que je brùlc pour vous , Qn'ai-je fait qui n'ait dû déchir votre courroux? De votre illustre sang conservant ce qui reste , J'ai de mille complots sauvé les jours d'Oresfe. Moins attentif au soin de veiller sur ses jours. Déjà plus d'une main en eût tranche le cours ; Plus accable que vous du sort qui vous opprime. Mon amour malheureux fait encor tout mon crime. Enlin , pour tous forcer à vous donner à moi , Tous savez si jamais j'exigeai rien du roi. Il prétend qu'avec vous un nœud sacré m'unisse ; ^e m'en imputez point la cruelle injustice : Au prix de tout mon sang je voudrois être à vous, Si c'étoit votre aveu qui me fit votre époux. Ah ! par pitié pour vous , princesse infortunée , Payez l'amour d'itys par un tendre hvménéé. Puisqu'il laut l'achever, ou descendre au tombeau, Laissez-en L mes feux, allumer le iiambeau. Régnez donc avec Dûoi ; c'est trop vous en défendre ; C'est un sceptre qu'un jour Egisthe veut vous rendre.
- ELECTRE
Ce sceptre est-il à moi, pour me le destiner? Ce sceptre est-il à lui, pour te l'oser donner?
i6« ELECTRE.
C'est en rain qu'en esclave il traite nne princesse, Jnsqn'à le redouter que le traître m'abaisse ; Qu'il fasse que ces fers, dont il s'est tant promis, Soient moins hontenx pour moi que l'hymen de son
fils.
Cesse de te flatter d'une espérance vaine ; Ta vertu ne te sert qu'à redoubler ma haine. Égisthe ne prétend te faire mon époux, Que pour mettre sa tète à couvert de mes coups. Mais sais-tu que l'hymen dont la pompe s'apprêt» Ne se peut achever qu'aux dépens de sa tète? A ces conditions je souscris à tes voeux; Ma main sera le prix d'un coup si généreux. Electre n'attend point cet effort de la tienne: Je connois ta vertu; rends justice à la mienne. Crois-moi , loin d'écouter ta tendresse pour moi , De Clytemuestre ici crains l'exemple pour toi. Romps toi-même nn hymen où l'on veut me contraindre; Les femmes de mon sang ne sont que trop à craindre. Malheureux ! de tes voeux quel peut être l'espoir? Hélas I quand jepourrois, rebelle à mon devoir, Brûler un jour pour toi de feux illégitimes, Ma vertu t'en feroit bientôt les plus grands crimes. Je te haïrai moins, iils d'un prince odieux; Ne soi» point, s'il se peut, plus coupableàmesyeuxj Ne me peins plus l'ardeur dont ton ame est éprise. Que peux-tu souhaiter.^ Itys, qu'il te suffise Qu'Electre , tout entière à son inimitié , Ne fait point tes malheurs sans en avoir pitié. Mais Clytemuestre vient. Cjel ! quel dessein l'amené? Te sers-tu contre moi du pouvoir de la reine .''
CLYTEMNESÏRE, ÉLECTP^E, 11 YS, gardes.
CLYTEMNESTRE
Dieux puissants, dissipez mon trouLle et mon effroi, Et chassez ces horreurs loin d'Egisthe et de moi !
Q uelle crainte est la votre? où courez-vous, madaiiu'? Vous vous plaignez; quel trouble a pu saisir votre a me?
CLYTEMNESTRE
Prince, jamais effroi ne fut égal au mien : Mais ce récit demande un secret entretien. Jamais sort ne parut plus à craindre et plus triste.
( a ses gardes. ) Qu'on sache, en ce moment, si je puis voir Égisthe.